Des dizaines et des dizaines de médailles sont pendues à des crochets. Une sorte de courtepointe, composée de chandails souvenirs, est accrochée au mur d’une petite pièce où l’on retrouve également quelques trophées d’une grande valeur sentimentale.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

Il ne faut pas plus de 15 secondes dans la maison de Donald et Marion Landry pour comprendre que la course à pied est plus qu’une passion. C’est ici un mode de vie, une religion.

« C’est comme un autel [shrine], lance d’ailleurs l’homme de 74 ans en nous accueillant. Il y en a partout dans la maison, surtout à l’étage. Là, ce sont peut-être les médailles des deux ou trois dernières années. »

Dimanche, d’autres souvenirs s’ajouteront à cette collection qui a démarré il y a 27 ans. À Montréal, Marion participera à sa 455e épreuve, toutes distances confondues, du petit 5 km aux grosses courses à étapes. Donald, lui, est un peu en avance. « 474 », dit-il avant de se faire corriger par son épouse âgée de 75 ans.

Le véritable chiffre est 473. « Ce n’est pas si mal », ajoute-t-elle, rieuse.

Peu importe son exactitude, le chiffre est impressionnant pour ce couple qui sillonne essentiellement les États-Unis en quête d’épreuves en tout genre. Mais c’est bien ici, lors du marathon de Montréal, que tout a commencé. En 1992, inspiré par le slogan « Just do it » d’un célèbre équipementier et voulant perdre un peu de poids (NDLR : il pointe son ventre aujourd’hui plat), Donald se lance à l’assaut des 42,195 km.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

« Je l’ai fait avec mon fils, alors que Marion et nos deux filles étaient inscrites au relais. Et j’ai battu mon garçon, dit-il, pas peu fier. On devait le faire ensemble, mais il a décidé d’accélérer après quelques kilomètres. Moi, j’ai gardé mon rythme. Au trentième kilomètre, je l’ai rattrapé, mais je ne l’ai pas attendu. J’ai fini bien avant lui. »

Pas sportif pour un sou avant ce marathon, ce comptable agréé à la retraite ne s’est pas arrêté en si bon chemin. Il y a eu un deuxième marathon à Ottawa, puis des centaines d’autres. Marion l’a rejoint peu après sur la distance.

Après avoir fait un demi-marathon à Massey [Ontario] et remporté ma catégorie d’âge, j’ai demandé à mon mari si je pouvais faire un marathon cette année-là. Il m’a dit de m’enregistrer pour New York. C’était mon premier, mais ç’a été un moment très emballant.

Marion Landry

Elle se souvient par cœur du temps : 4 h 41 min 20 s.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Et que dire de sa deuxième épreuve, à Paris, l’année suivante ? Alors qu’elle souhaitait simplement battre le record personnel d’Oprah Winfrey, établi en 1994, elle a été la Canadienne la plus rapide de la compétition. Elle montre le trophée commémoratif qui trône au-dessus d’une armoire.

Dimanche, il n’est plus question de records personnels ou de trophées, mais simplement de compléter le parcours avant la limite des six heures. Elle n’en est pas si loin avec, comme récentes références, des temps de 6 h 10 min/6 h 15 min

La chasse aux records

Dans le salon, de petites plaques sont posées sur une table. Elles sont en fait la preuve que le couple a couru un marathon dans chacun des États américains. Ils ne sont plus qu’à une dizaine d’épreuves d’y parvenir pour la… cinquième fois.

À plusieurs reprises, ils ont participé à des blocs de six ou huit marathons courus consécutivement. « On faisait un marathon dans un État différent chaque jour. Tu cours, tu vas dans la voiture, tu trouves un motel et tu te reposes un peu avant de recommencer le lendemain à six heures », détaille Donald.

Ils ont aussi couru dans quelques grandes capitales européennes et foulé chacune des provinces et chacun des territoires du Canada. Au moment de citer ses épreuves préférées, Marion nous emmène d’ailleurs à des latitudes frisquettes.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Des dizaines et des dizaines de médailles sont pendues à des crochets chez Donald et Marion Landry.

Le plus extravagant et le plus exotique que l’on ait fait est à Nanisivik, sur l’île de Baffin. Ils offraient un ultra, mais ce n’était pas encore notre truc à l’époque. Maintenant, on le regrette parce que c’était d’une beauté incroyable.

Marion Landry

« J’aime le calme qui accompagne ce type d’environnement, poursuit-elle, même si New York est aussi plaisant à cause de l’effervescence, de la foule et du bruit. C’est comme une fête. »

En 2019, le couple devrait totaliser une vingtaine d’épreuves. En première moitié d’année, il y a eu quelques ultramarathons, dont un 50 km accompli dans le cadre du Runamuck, au Vermont. « C’était des côtes et il y avait beaucoup de boue, mais on n’a pas été derniers », précise Donald.

Ils ont aussi mis le cap vers l’État de New York, où Marion a remporté la victoire dans la catégorie des super vétérans (plus de 60 ans) du Mind the Ducks, une épreuve de 12 heures.

Si le programme est moins chargé, c’est que Marion est partie à la chasse aux records canadiens dans sa nouvelle catégorie d’âge (75-79 ans). Au début du mois, dans l’Ohio, elle en a battu cinq : sur 50 kilomètres, 12 heures, 50 milles, 100 kilomètres et 24 heures.

L’an prochain, le couple fêtera ses 50 ans de mariage. Pour des noces d’or, prévoient-ils une course en or ?

« On essaie de faire une course pour notre anniversaire, surtout si ça tombe la journée exacte, répond Donald. On en a fait en Jamaïque, à la Barbade, dans le désert californien et à Las Vegas, où on a renouvelé nos vœux. »

Le temps presse. Donald et Marion sont en bonne santé, ont été épargnés par les blessures sérieuses, mais ils ne savent pas combien de temps encore ils pourront conserver ce rythme entre les mois de mars et novembre.

« On essaie de faire des courses différentes maintenant, parce qu’on ne sait jamais quelle course sera la dernière, dit Donald. C’est pour ça que je lui ai dit de ne pas attendre avant de battre les records et de le faire juste après sa fête. »