Audrey Leduc marchait dans la rue. Elle avait 9 ans. Un chien s’est approché. Elle a eu peur. Elle a couru. Très vite. Sans se retourner. Comme Forrest Gump, lorsque les petits morveux le poursuivent à vélo.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Dix ans plus tard, la sprinteuse québécoise en rit. « C’était sûrement juste un gros toutou qui voulait jouer. Mais, cette fois-là, ma mère a réalisé que je courais vraiment vite. Elle s’est dit qu’elle devait peut-être m’inscrire en athlétisme. »

Le sport occupait déjà une grande place dans sa famille. Ses parents ont joué au badminton au niveau national. Audrey Leduc en a fait un peu. Jamais en compétition. Elle préférait le soccer et le trampoline. « Après [l’histoire du chien], le centre de trampoline a été fermé pour des rénovations. C’est là que j’ai commencé l’athlétisme. »

PHOTO FOURNIE PAR PIERRE PARADIS

La sprinteuse québécoise Audrey Leduc, lors des Championnats canadiens seniors d’athlétisme, à Montréal

Le disque. Le poids. Le saut en hauteur. Elle a tout essayé. Elle a finalement arrêté son choix sur le 60 m.

Et le 100 m.

Et le 200 m.

Et le saut en longueur.

Une rare polyvalence en cette ère de surspécialisation. Audrey Leduc était d’ailleurs la seule athlète québécoise inscrite à trois épreuves aux Championnats canadiens seniors, ce week-end, à Montréal. Elle a retenu l’attention. Surtout vendredi.

Elle a entamé sa soirée à la finale du saut en longueur. Premier essai : 5,83 m. Sa meilleure marque de la saison. De quoi la satisfaire. Comme elle devait courir une demi-heure plus tard, elle a décidé de ne pas effectuer son cinquième essai. Elle est revenue pour la sixième et dernière tentative. Pourquoi ? « Ça m’a servi d’échauffement pour le 100 m, qui reste ma priorité. »

Audrey Leduc s’est ensuite présentée à la ligne de départ pour les qualifications du sprint. À 20 ans, elle était la plus jeune des athlètes inscrites. Son objectif : une place en finale. Elle y a accédé par la grande porte. En 11,48 secondes. Son record personnel. En fait, c’est l’un des meilleurs temps de l’histoire au Québec. Le cinquième au chapitre de la vitesse, selon les archives.

C’était vraiment le fun. Si on m’avait dit l’année dernière, après ma médaille d’or chez les juniors, que je serais en finale [ce week-end] avec un chrono de 11,48, j’aurais fait : “Pfff, ben non !” Imagine, chez les juniors, j’avais couru 12,01 pour gagner !

Audrey Leduc

En finale, elle a été un peu plus lente. En 11,71 secondes. Ça lui a assuré le septième rang. Mais ce que les gens ont retenu, c’est la demi-seconde retranchée en un an. Son nom est maintenant dans la conversation pour les Jeux de Tokyo, en 2020.

« Pas pour les épreuves individuelles. Mais le relais 4 x 100 m ? Ça reste possible. Je viens de battre le temps de Farah [Jacques], qui faisait partie de l’équipe à Rio [en 2016]. »

Audrey Leduc est revenue au complexe sportif Claude-Robillard hier midi pour sa troisième discipline, le 200 m. Elle n’avait pas d’attentes. Elle a bien couru. Pas assez vite toutefois pour atteindre une troisième finale en 24 heures. Pas grave. La Gatinoise était très satisfaite de ses premiers Championnats canadiens seniors.

Dans les prochaines semaines, Audrey Leduc amorcera des études en psychologie à l’Université Laval. Elle a songé à partir aux États-Unis. « Mais j’ai toujours été quelqu’un de proche de la maison. Déjà, Québec, c’est à cinq heures de route de chez moi. »

Je lui ai demandé si elle avait l’impression que tout se passait trop vite. Si elle pensait être passée à côté de son adolescence. « L’adolescence, c’est quoi ça ? », a-t-elle répondu à la blague. Même si, dans le fond, elle sait que sa vie n’a rien en commun avec celle des jeunes de son âge.

Je ne sais pas ce que c’est, l’adolescence normale. Cela dit, je ne pense pas avoir manqué des choses. J’en ai peut-être même vécu plus. Le sport m’a fait grandir.

Audrey Leduc

« Prends l’école : il y a des gens stressés avant une présentation orale. Pas moi. L’athlétisme m’a appris à gérer mon stress. Même pour les choses banales de la vie. 

— Alors, as-tu encore peur des chiens ?

— S’ils sont petits, c’est cute. Peut-être que, plus tard, j’en voudrais un grand. Mais je suis allergique, alors ça n’aide pas… »

Médaillée heureuse, papa fier

Katherine Surin a causé la surprise de la soirée, hier, en remportant le bronze au 400 m. Je n’ai pas vu de médaillée plus heureuse au complexe sportif Claude-Robillard cette semaine. Ni de papa plus fier.

Bruny Surin, détenteur du record canadien au 100 m, est venu rejoindre sa fille dans la zone mixte après la course. Lequel des deux était le plus nerveux ? « Je pense que c’est moi, a répondu Bruny. Ça m’a rappelé que ma mère ne m’a jamais vu courir. Maintenant, je comprends pourquoi ! »

Katherine Surin a réussi ses deux meilleurs chronos en carrière ce week-end : 53,12 en demi-finale, 52,43 en finale. « C’était malade, a réagi son père. J’essayais de filmer sa course. Le téléphone bougeait comme ça. […] On veut toujours que nos enfants réussissent. Avec la performance qu’elle a livrée ce soir, on va faire le party ! »

« En plus, c’est la fête de ma sœur », a ajouté Katherine Surin.

Ce podium lui ouvre la porte des Championnats du monde, cet automne, à Doha. Le Canada a de réelles chances de médaille au relais 4 x 400 m. Katherine Surin s’en est réjouie.

Ils ont dit qu’ils prendraient le classement des championnats canadiens pour faire l’équipe des Championnats du monde. J’ai prouvé que j’avais ma place.

Katherine Surin

À surveiller aujourd’hui

200 m femmes (12 h) : Les Québécoises Aiyanna Stiverne et Kimberly Hyacinthe pourraient monter sur le podium.

200 m hommes (12 h 10) : Aaron Brown tentera de réaliser le doublé 100/200.

1500 m hommes (12 h 55) : Le Britannique d’origine William Paulson, qui vient d’obtenir l’autorisation de courir pour le Canada, est le favori. Je vous reparle de lui dans l’édition de demain.

Les médaillés québécois d’hier

Patrick Hanna (triple saut, or)

Nathanael Ntonga (triple saut, argent)

Aiyanna Stiverne (400 m, argent)

Katherine Surin (400 m, bronze)

Laurence Côté (800 m, bronze)

Stefan Duvivier (hauteur, bronze)