En marche, les moteurs du tunnel à soufflerie vertical font recirculer un vent qui peut atteindre 300 km/h. À l’intérieur, les parachutistes retrouvent les mêmes sensations que lors d’une chute libre entre 13 500 et 3500 pi d’altitude.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

La chute libre intérieure, bodyflight en anglais, est aussi un sport dont les compétitions sont officiellement reconnues par la Fédération aéronautique internationale (FAI) depuis cinq ans. Les plus virtuoses, seuls ou en équipe, font des manœuvres debout, la tête en bas, sur le ventre ou sur le dos dans ce qui ressemble à un véritable ballet aérien.

« C’est très similaire au parachutisme en termes de technique de vol, de mouvements et de feeling, confirme Jean-Christophe Ouimet, instructeur de vol chez SkyVenture, à Laval, et parachutiste d’expérience. Les principales différences sont dans les références. On est un peu plus restreints avec, dans ce tunnel-ci, un espace de 14 pi de diamètre pour faire nos manœuvres. Mais c’est l’outil parfait pour s’entraîner. »

Ouimet est l’actuel champion canadien dans la discipline du Dynamic 2 Way, en compagnie de Coralie Boudreault. Associés depuis huit mois environ, les deux ont pris la 13e place lors des derniers Championnats du monde, au mois d’avril. 

« Le calibre était vraiment fort. Ceux qui avaient fini premiers lors de la dernière Coupe du monde ont terminé cinquièmes. La 13e place, ce n’est pas si mal si l’on considère le niveau. » — Coralie Boudreault, à propos des Championnats du monde qui ont eu lieu en avril

Dans cette catégorie, les équipes s’affrontent lors de rondes artistiques et de vitesse. Dans le premier cas, le duo doit créer une chorégraphie d’une minute qui est notée selon la technique, la fluidité, la synchronisation, la difficulté ou la présentation. « Les juges [NDLR : d’un à trois selon l’ampleur de la compétition] aiment le style dit dynamique avec beaucoup de mouvements et une utilisation à pleine capacité du tunnel, indique la jeune prodige de 16 ans. Ils veulent qu’on prenne beaucoup les espaces et de la hauteur si le tunnel le permet, comme lors des Mondiaux. Ils veulent voir des mouvements rapprochés et des mouvements reliés. »

Lors des manches de vitesse, le duo recrée une séquence dévoilée tout juste avant la compétition. Les équipes reçoivent des pénalités de temps si les trajectoires sont mal exécutées. « C’est toujours les mêmes transitions, les mêmes mouvements et les mêmes lignes. C’est juste l’ordre qui change », ajoute Coralie.

Des parcours bien différents

Ouimet et Boudreault n’ont ni la même expérience ni le même parcours. Le premier, âgé de 29 ans, est parachutiste depuis 2007 et travaille au SkyVenture depuis son ouverture en 2009. De 2012 à 2018, il a également fait partie de l’équipe nationale Evolution qui a décroché son lot de victoires et de podiums dans l’épreuve de vol en formation à quatre.

La seconde, qui a récemment démarré ses cours de parachutisme extérieur chez Voltige, a été très tôt initiée par ses parents. Elle fréquente les tunnels de manière assidue depuis l’âge de 11 ans et compte déjà 11 médailles d’or sur la scène nationale et internationale.

« En travaillant ici, je l’ai vue s’entraîner souvent. Quand son père [Jean-François] m’a approché pour faire équipe avec Coco, j’étais bien motivé, explique Ouimet. On ne se connaissait pas énormément, mais ça a super bien cliqué. Elle est super talentueuse. »

Ouimet et Boudreault s’entraînent ensemble depuis quelques mois seulement. Leur programme comporte deux volets avec des séances à l’extérieur et d’autres dans le tunnel. Car à l’image du patinage artistique ou de la natation artistique, il faut d’abord faire ses gammes sur la terre ferme.

« Quand on crée les routines ou que l’on commence à apprendre certains mouvements, on les visualise à l’extérieur pour ensuite les reproduire dans le tunnel. Par contre, le fait que l’on soit dans une position debout rend la préparation un peu plus difficile puisqu’il faut s’imaginer à l’envers, par exemple. » — Jean-Christophe Ouimet

Dans le tunnel, ils font des séances de 40 minutes avec des rotations de 4 minutes. « Ça peut être vraiment long pour quelqu’un qui commence. Quand tu n’es pas habitué à avoir ton corps dans le vent, tu peux avoir mal aux épaules, par exemple », souligne Boudreault.

Pour leur grande première, ils ont remporté les Championnats canadiens en Dynamic 2 Way et l’argent en Dynamic 4 Way en compagnie de Frédéric Livernois et Richard Guilbault. Les Mondiaux, en France, ont été l’occasion d’un « test » autant pour leur complicité que pour leur place sur l’échiquier mondial.

« Coralie et moi avions eu du succès à l’international par le passé. On ne pouvait pas faire autrement que de viser un podium même si on savait que la compétition était forte. C’était notre première compétition autre que les championnats canadiens. On est quand même contents, surtout si on regarde notre façon de voler. On a fait quelques petites erreurs, mais rien de majeur. »

Vers les Championnats canadiens et la Coupe du monde

L’adolescente a également participé à l’épreuve de Freestyle qu’elle a conclue au septième rang, un peu trop bas par rapport à ses attentes. Il faut dire qu’elle avait pris le troisième rang de la Coupe du monde à Bahreïn, l’an dernier. Là aussi, l’épreuve comporte des manches de figures imposées et des manches libres avec une trame sonore.

« Ça peut me prendre deux ou trois semaines, voire un mois, pour créer une bonne routine de compétition, souligne la vice-championne canadienne de Freestyle. Par contre, ça prend vraiment toute l’année pour travailler chaque mouvement et en trouver de nouveaux, améliorer ma technique ou inventer de nouvelles choses. »

La paire a maintenant un peu de temps devant elle pour peaufiner son association. Les prochains objectifs seront au printemps prochain avec les Championnats canadiens, puis la Coupe du monde en Belgique.

Mais la chute libre intérieure est plus qu’une passion ou un sport. C’est aussi un art pour Boudreault, qui fait désormais partie de la troupe MAD (Modern Aerial Dance). « On travaille avec des danseurs [à l’extérieur du tunnel], de la musique et de la lumière. On travaille fort pour l’amener en tournée en Europe et dans les pays du Moyen-Orient. »