Amélie Picher-Plante n’était pas une spectatrice comme les autres lors des compétitions de dynamophilie, également appelée powerlifting. Oui, elle surveillait les performances de son copain, Gabriel, mais une petite voix grandissait en elle à chaque évènement.

Pascal Milano
Pascal Milano La Presse

« Je me sentais comme si j’étais sur la plateforme en train d’en faire. Je voulais essayer », se souvient-elle.

C’était il y a deux ans. Au début de la vingtaine, tous les rêves, même les plus inattendus, sont permis. Elle, l’ancienne gymnaste et cheerleader qui ne dépassait pas les 100 livres (45,3 kilos) sur le pèse-personne, se voyait au sommet de la discipline avant même d’avoir effectué ses premières levées.

« La première chose que j’ai dite à mon copain, c’est que j’allais me rendre aux Mondiaux. C’était une blague, mais pas tant que ça. J’avais commencé à regarder les données et les records. J’étais quand même loin, mais je m’imaginais y arriver. » — Amélie Picher-Plante

Après son titre de championne canadienne junior, acquis au mois de mars, la Montréalaise participera bel et bien aux Mondiaux de dynamophilie à Stockholm, en Suède, le 8 juin. Elle est la mieux classée parmi les 12 participantes dans sa catégorie junior des moins de 52 kilos. « Je veux y aller pour garder ma position ou, au moins, faire un top 3 », annonce-t-elle en toute confiance.

De manière simplifiée, la dynamophilie est considérée comme la cousine de l’haltérophilie. Selon la Fédération québécoise, elle s’en distingue par ses mouvements techniquement plus basiques, avec des charges plus lourdes et une amplitude plus réduite. On retrouve trois types de levées : la flexion sur jambes (squat), le développement couché (bench press) et le soulevé de terre (deadlift).

Rencontrée au Complexe sportif Marie-Victorin, où elle fait une partie de son entraînement, Picher-Plante reconnaît qu’il lui arrive parfois de soulever des charges plus lourdes que celles de certains hommes. Pour y arriver, elle n’a pas ménagé ses heures à prendre soin de son corps et à répéter inlassablement les mêmes gestes.

« J’ai commencé à m’entraîner une fois par semaine avec Gabriel pour qu’il me montre comment faire et qu’il corrige mes techniques. Après ça, j’ai graduellement augmenté jusqu’à m’entraîner six fois par semaine maintenant. Je suis une personne ambitieuse et persévérante. Avec le powerlifting, j’aime l’idée de me dépasser. Il faut de la technique, de la force et aussi beaucoup de mental, notamment pour le squat. »

Au fil des mois, son « corps a changé » et les muscles « ont pris plus de place ». La suite est logique. Pour rêver des Mondiaux, il faut sortir du confort de son gymnase et participer à une première compétition. Elle se jette dans le bain lors de l’Open de la Capitale-Nationale, au cours duquel elle bat deux records provinciaux dans sa catégorie. « C’est comme si j’avais déjà fait ça », se rappelle-t-elle.

Depuis, elle a mis la main sur les quatre records de sa catégorie junior et trois autres dans la catégorie open. Et le 4 mars dernier, c’est elle qui a été sacrée championne canadienne devant six autres athlètes.

« Avant le championnat, j’avais une compétitrice dans l’œil. Je regardais ses résultats sur les réseaux sociaux, mais dans ma tête, il n’y avait pas d’autre option. J’y allais pour gagner et me qualifier pour les Mondiaux. Ç’a quand même été serré. J’étais deuxième après le squat et le bench, mais je l’ai dépassée au deadlift. J’ai fini avec 12 kilos d’avance au total. »

Le classement est établi en cumulant le meilleur des trois levées dans chacune des épreuves. À chaque essai réussi, les athlètes doivent augmenter la charge d’au moins 2,5 kilos.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Amélie Picher-Plante

Les records d’Amélie Picher-Plante Squat : 125 kilos, ou 276 livres Bench : 80 kilos, ou 176 livres Deadlift : 145 kilos, ou 319 livres Total : 350 kilos, ou 772 livres

Habituée à la discipline

Picher-Plante a pratiqué la gymnastique artistique de l’âge de 5 ans à 12 ans. Elle a également fait six années de cheerleading, participant même à deux Championnats du monde en Floride. La suite est une pause de quatre ans.

« Je voulais me détacher du monde de la gymnastique et du cheerleading, mais je ne trouvais pas le bon sport. Puis, j’ai trouvé le powerlifting, dont j’aime le côté individuel. J’aime faire mes propres affaires et ne pas dépendre des autres. Dans une équipe, s’il y a des personnes un peu moins bonnes ou qui ne veulent pas faire les efforts, tu dois compenser pour elles. »

Son passé de jeune sportive lui sert encore aujourd’hui. Elle a d’abord gardé la discipline qui lui permet de bien jongler entre ses études de graphisme, ses entraînements et les compétitions — six en une année. Elle a également conservé quelques astuces de cette époque.

« En cheerleading, on avait un préparateur mental, et je reprends un peu ce qu’il nous disait de faire avant les compétitions. Je fais beaucoup de méditation pour me calmer et réduire le stress. Je fais aussi de la visualisation. »

D’ici les Championnats du monde, elle suivra un régime sportif et alimentaire particulier. Dans le gymnase, elle augmentera la cadence, avec des petites séries et de grosses charges, avant de réduire les entraînements durant la dernière semaine. Puisque les compétitions se déroulent par catégorie de poids, elle doit aussi s’assurer de rester stable.

« Je ne peux pas être trop bas, sinon ça va affecter mes performances, indique la jeune femme qui pesait 53 kg au moment de l’entrevue. J’ai recommencé à regarder ce que je mange sans nécessairement calculer. Dans les semaines à venir, je vais me peser le matin, le midi et le soir pour voir où je me situe. Puis, les jours précédant la compétition, je pèse la nourriture pour m’assurer de respecter le poids le 8 juin. »

La spectatrice qu’elle était a décidément bien appris.