Depuis près de deux ans, on a pris goût au confort. Plus que jamais, on aime nos chandails amples et nos joggers chics élastiques. Dans ce cas, notre garde-robe de vêtements prépandémique reflète-t-elle notre nouvelle vie ou est-elle complètement obsolète ?

Publié le 30 janvier
Olivia Lévy
Olivia Lévy La Presse

Selon une étude de consommation réalisée en novembre 2021 par CivicScience auprès de 4200 Américains, les trois quarts des personnes interrogées ont indiqué que leur garde-robe contenait de nombreux vêtements qu’ils ne remettront jamais. Seulement 15 % veulent garder leur garde-robe telle quelle. Est-ce normal ?

« Ça ne me surprend pas. Depuis deux ans, on a changé. Notre regard sur nous-mêmes et sur la société a changé, et nos vêtements doivent refléter ce que nous sommes devenus », observe la styliste Louise Labrecque, autrice de Vos vêtements parlent.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Louise Labrecque

Pour plusieurs personnes, la pandémie a aussi engendré des changements physiques. « Les gens ne rentrent plus dans leurs vêtements. C’est ce que je vois chez mes clients, beaucoup de gens ont pris du poids, d’autres en ont perdu ou alors ont changé de travail », analyse Marie-Claude Pelletier, présidente de l’agence de stylisme Les Effrontés.

Changement de matières

Les gens misent désormais sur le confort tout en restant soucieux de leur apparence. On porte des matières fluides, douces et déstructurées. « Toutes les femmes (les hommes aussi) veulent avoir une allure chic décontractée. Un look professionnel, certes, mais confortable. Les femmes n’ont plus envie d’être étriquées dans un tailleur ou une jupe droite, je vois un lien direct avec le rapport avec leur nouveau corps », estime Marie-Claude Pelletier.

PHOTO DARIANE SANCHE, FOURNIE PAR LES EFFRONTÉS

Marie-Claude Pelletier, présidente de l’agence de stylisme Les Effrontés

Léa Carle-Bachand, conseillère à la vente chez Belle+Rebelle, une boutique qui se spécialise dans les créateurs québécois, dit avoir reçu l’automne dernier une grande quantité de cotons ouatés. « On cherche vraiment le confort, il y a une différence avec les collections d’il y a deux ans. Les vêtements de détente [lounge wear] ont du succès, mais les coupes sont plus féminines, plus élégantes. On a beaucoup de robes tuniques, et les tissus sont très doux, comme la rayonne de bambou qui est très agréable à porter. »

La créatrice Melissa Nepton a laissé tomber les vestons dans ses collections, qui faisaient pourtant partie de ses meilleurs vendeurs avant la pandémie. « On a revu notre philosophie et on a fait un virage vers le confort. On habille pourtant toujours la même cliente », dit-elle. « L’allure des femmes a changé, la garde-robe est plus décontractée que structurée. On veut être belle et à son aise. Par exemple, on va porter une robe ample avec laquelle on aura de l’allure en Zoom, mais qui sera aussi pratique pour s’occuper de jeunes enfants ou aller faire l’épicerie. Elle peut être portée du matin au soir dans toutes les circonstances. »

  • Le pull ample à rayures, Simons, 69 $

    PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DE SIMONS

    Le pull ample à rayures, Simons, 69 $

  • Pull à capuchon, Tristan, 110 $

    PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DE TRISTAN

    Pull à capuchon, Tristan, 110 $

  • Pull Polo, Massimo Duti, 79,90 $

    PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DE MASSIMO DUTI

    Pull Polo, Massimo Duti, 79,90 $

  • Pull à rayures, Simons, 39,95 $

    PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DE SIMONS

    Pull à rayures, Simons, 39,95 $

  • Pull, col carré, RW & CO, 48,93 $

    PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DE RW & CO

    Pull, col carré, RW & CO, 48,93 $

  • Haut EAMES style tunique, Eve Gravel, 172,80 $

    PHOTO TIRÉE DU SITE WEB D’EVE GRAVEL

    Haut EAMES style tunique, Eve Gravel, 172,80 $

  • Chemise à petits motifs, Tristan, 95 $

    PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DE TRISTAN

    Chemise à petits motifs, Tristan, 95 $

  • Pull en coton recyclé, Simons, 39 $

    PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DE SIMONS

    Pull en coton recyclé, Simons, 39 $

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Les vêtements sont moins segmentés, estime Louise Labrecque. « On va les porter autant pour le travail (télétravail) que pour le soir et le week-end. Tout se mélange. »

En effet, la ligne est de plus en plus mince entre les différentes sphères de notre vie, et les entreprises revoyaient déjà leurs codes vestimentaires avant la pandémie. « Beaucoup d’entre elles me demandent de faire des présentations sur les nouveaux codes vestimentaires pour savoir ce qui est approprié et ce qui ne l’est pas. Tout dépend du milieu dans lequel on travaille. Une image soignée est importante dans les milieux d’affaires, la finance et le droit, autant pour les hommes que pour les femmes », explique Marie-Claude Pelletier.

Assez du mou !

La styliste Louise Labrecque observe que même si le style décontracté est omniprésent, beaucoup de gens en ont assez des vêtements trop « mous ». « On a envie de faire un effort, hommes et femmes, car c’est bon pour le moral, et surtout, on a envie de porter de la couleur, comme du bleu, du mauve, du rose. Quand on se regarde à l’écran dans les visioconférences, la couleur passe mieux que le beige. »

Un avis que partage Marie-Claude Pelletier. Elle pense qu’à long terme, le look mou ou pyjama est déprimant. « Quand tu passes devant le miroir, avec ton chemisier et ton bas de pyjama, ce n’est pas bon pour l’estime de soi, même si on habite seul. »

Elle comprend que les gens veulent changer de garde-robe, car très souvent, il n’y a que du gris, du noir et du blanc. « On est devenu ultra-conscient de notre image, car on se regarde une bonne partie de la journée en visioconférence ! On juge nos cheveux, notre teint, et beaucoup se sont dit : “Je suis tannée de me regarder, il faut que je me trouve de plus beaux looks.” Et ça passe notamment par la couleur. »

Plus que jamais, on souhaite se mettre en valeur à l’écran. « Quand on se sent bien, on va prendre de l’assurance et on va interagir différemment. On pense souvent que les vêtements, c’est superficiel. C’est faux, car il y a un vrai impact sur la confiance en soi, même en télétravail. »