Ils sont suivis par des milliers d’abonnés et leurs modèles inspirent les tricoteurs de par le monde. Dans un milieu essentiellement féminin, Vincent Deslandes, Maxim Cyr et Jean-Philippe Cliche, trois Québécois, se démarquent par leur sens du style. Portrait.

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

Les chandails à la coupe mal ajustée, la laine qui pique et les motifs vieillots, c’était une autre époque. Poussé par une nouvelle génération qui a appris à bien manier les aiguilles, par des designers à l’affût des tendances et des teinturiers en quête de nouveaux coloris, le tricot est entré dans la modernité.

Vincent Deslandes, Maxim Cyr et Jean-Philippe Cliche font partie de cette mouvance. Tous trois sont designers de tricots. Vincent est également teinturier. Couple dans la vie, Maxim et Vincent ont lancé l’an dernier Les Garçons, une boutique en ligne consacrée au tricot où l’on retrouve leurs patrons (tuques, bas, cols, chandails), une gamme de fibres teintes à la main et des accessoires. Mais ne pensez pas y trouver des vêtements tricotés à la main.

On ne vend pas un produit fini. On vend juste une méthode, une façon de faire. Pour les gens qui ne sont pas dans le tricot, on vend un peu de l’air !

Maxim Cyr

Mais de l’air qui se vend bien. Maxim, illustrateur de livres jeunesse (il est derrière la série Les Dragouilles), et Vincent, traducteur, se consacrent dorénavant à temps plein à ce qui a commencé par un passe-temps il y a environ huit ans. Ils comptent respectivement près de 37 000 et 16 000 abonnés sur Instagram (@maxtheknitter et @by.delz), viennent de lancer un blogue vidéo et sont invités à participer à des évènements populaires dans le monde du tricot comme Virtual Knitting Live, organisé par le magazine Vogue Knitting, dans le cadre duquel Vincent a donné un cours virtuel le mois dernier. Ils estiment que le quart, seulement, de leurs ventes proviennent du Québec. Une grande partie de leur clientèle provient des États-Unis… et, allez savoir pourquoi, de l’Alberta.

  • Deux modèles de chandails créés respectivement par Maxim Cyr et Vincent Deslandes : For Fox Sake et The Montrealer

    PHOTO FOURNIE PAR MAXIM CYR

    Deux modèles de chandails créés respectivement par Maxim Cyr et Vincent Deslandes : For Fox Sake et The Montrealer

  • Le châle Partners in Crime, créé par Maxim Cyr et dont les couleurs sont inspirées de son chien Lola

    PHOTO FOURNIE PAR MAXIM CYR

    Le châle Partners in Crime, créé par Maxim Cyr et dont les couleurs sont inspirées de son chien Lola

  • Les bas The Atlantis Twins, par Vincent Deslandes

    PHOTO FOURNIE PAR MAXIM CYR

    Les bas The Atlantis Twins, par Vincent Deslandes

  • Le col The Snuggle is Real, par Maxim Cyr

    PHOTO FOURNIE PAR REMY SAVARD

    Le col The Snuggle is Real, par Maxim Cyr

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« On collabore aussi avec des teinturiers québécois et de partout dans le monde, souligne Vincent Deslandes. On se fait découvrir beaucoup à cause de ça. On fait découvrir de nouveaux talents aussi, d’ici ou d’ailleurs. »

Ils collaborent aussi avec Jean-Philippe Cliche, d’Atelier Cliché, un autre tricoteur et designer montréalais avec qui ils ont tissé un lien d’amitié. Enseignant en dessin industriel, Jean-Philippe Cliche a commencé à jouer sérieusement des aiguilles il y a 12 ans. Sa grand-mère lui avait bien appris les bases il y a longtemps, mais comme « Les Garçons », c’est à YouTube qu’il doit ses connaissances. Pendant plusieurs années, il a vendu ses créations (des accessoires en laine « chunky ») dans les salons d’artisans avant de se consacrer au design de tricots. Des modèles très graphiques, aux couleurs souvent contrastantes, qui sont en vente sur la plateforme Ravelry.

Maxim travaille pour sa part beaucoup le jacquard, au profit duquel il met ses habiletés d’illustrateur. « J’essaie de faire un mélange entre ce qui est moderne et ce qui a un petit look traditionnel », dit-il.

Être à la mode

S’ils ont commencé à dessiner leurs propres modèles, c’est avant tout parce qu’ils ne trouvaient pas ce qu’ils souhaitaient. « Sur Ravelry, la grande plateforme de tricot en ligne, il y a des patrons pour hommes, mais moins, parce qu’il y a moins de tricoteurs, observe Vincent. Il y en a beaucoup qui sont dessinés par des femmes. Ce n’est pas qu’elles sont moins bonnes designers, mais elles se basent souvent sur leur formule à elles et les corps ne sont pas faits pareil. Ou je trouvais de gros chandails avec des torsades qui faisaient un peu vieillots. Je voulais trouver des trucs plus modernes, du prêt-à-porter que tu peux mettre n’importe quand. »

  • Le pull Bernie, réalisé par Jean-Philippe Cliche en collaboration avec Amélie P. Bédard d’Émilia et Philomène

    PHOTO FOURNIE PAR AMÉLIE P. BÉDARD

    Le pull Bernie, réalisé par Jean-Philippe Cliche en collaboration avec Amélie P. Bédard d’Émilia et Philomène

  • Une autre collaboration d’Atelier Cliche et Émilia & Philomène : la tuque Bois-de-Coulonge

    PHOTO FOURNIE PAR JEAN-PHILIPPE CLICHE

    Une autre collaboration d’Atelier Cliche et Émilia & Philomène : la tuque Bois-de-Coulonge

  • Le col Horacio d’Atelier Cliche, tricoté avec la laine de Vincent Deslandes (Dyed by Delz)

    PHOTO FOURNIE PAR VINCENT DESLANDES

    Le col Horacio d’Atelier Cliche, tricoté avec la laine de Vincent Deslandes (Dyed by Delz)

  • La tuque Vold est le résultat d’une collaboration entre Atelier Cliche et Woolfolk Yarn.

    PHOTO FOURNIE PAR WOOLFOLK YARN

    La tuque Vold est le résultat d’une collaboration entre Atelier Cliche et Woolfolk Yarn.

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« Ce qu’il manque souvent dans ces patrons-là, ce sont des choses à la mode, poursuit Jean-Philippe Cliche. Je m’inspire souvent de la mode. Je regarde ce qui s’est fait, je regarde les designers, les défilés. Souvent, ce n’est pas le tricot qui m’inspire, mais les coupes, les tissus tissés, le colorblock [contraste de couleurs]. On est en 2021 et on veut quelque chose qui fait 2021 et non qui fait intemporel, donc qui aurait pu faire en 1980 ou en 1990. C’est souvent ça, les patrons pour hommes. Peut-être un peu trop ordinaires. »

Si leurs patrons sont d’abord conçus pour les hommes, ils peuvent très bien convenir aux femmes, soulignent-ils. À condition de savoir les adapter… ou non. Plusieurs modèles d’accessoires comme les tuques sont unisexes.

Y a-t-il plus de gars qui tricotent qu’on le pense ? Oui, répondent-ils d’emblée. « Ils sont silencieux, ajoute Maxim. On ne s’exprime pas beaucoup. On l’a découvert avec le temps, mais sur l’internet, on ne le voit pas du tout. » Ils font partie d’un groupe de tricoteurs qui se rencontrait une fois par mois avant la pandémie. Présentement, les rencontres ont lieu sur Zoom.

On les voit moins aussi à l’œuvre dans les endroits publics et les boutiques de laine. Vincent raconte qu’alors qu’il tricotait dans une boutique de laine avec des amies, il s’est fait prendre en photo par quelqu’un qui passait dans la rue. Influenceurs, oui, mais discrets aussi.

> Consultez le site de la boutique Les Garçons

> Consultez la page Facebook d’Atelier Cliché

Leurs coups de cœur québécois

De par leur tribune et leurs collaborations, Maxim Cyr, Vincent Deslandes et Jean-Philippe Cliche font rayonner divers acteurs et actrices du monde du tricot.

Les coups de cœur des Garçons :

Paule T. B. (@paule_tb) : une illustratrice mode et jeunesse qui est aussi designer de tricot et teinturière derrière l’entreprise Laines Urso Yarn Co (@ursoyarnco).

Genièvre Dugon (@genievre_des_bois) : une designer de tricot d’Abitibi-Témiscamingue, blogueuse derrière les chaînes Saison et Les brebis égarées, sur YouTube.

Christine Fiocco (@arts_textiles_du_temiscouata) : une teinturière du Témiscouata qui vend, sur Etsy, de la laine teinte à la main.

Les coups de cœur de Jean-Philippe :

Amélie P. Bédard (@emilia.philomene) : teinturière artisanale derrière la marque Émilia & Philomène, elle anime avec Jean-Philippe Cliche la balado Première impression.

Alec Lamb (@hautbeau) : tricoteur, il est aussi tisserand. Avec Haut Beau, il crée des tapis tissés sur commande.