(Milan) Milan présente les nouvelles collections de la mode masculine à partir de ce vendredi et pour quatre jours dans le cadre d’une fashion week qui sera « phygitale » (physique et digitale), en raison de la crise sanitaire.

Isabelle SCIAMMA
Agence France-Presse

Un néologisme qui résume bien le nouveau modèle adopté par l’industrie de la mode face à la pandémie qui sévit à travers le monde.

Le calendrier est donc désormais ponctué de vrais défilés avec mannequins, podiums et mises en scène habituelles, mais sans public et diffusés en direct sur la plateforme dédiée de la Camera della Moda italiana (la Chambre de la Mode italienne) ou les canaux de communication des grandes marques.

Ce sera le cas de Fendi, Etro et Kway, attendus pendant le weekend. Les trente-six autres maisons font le choix de diffuser des présentations enregistrées, des courts métrages ou des projets parfois plus artistiques. Ermenegildo Zegna, Tod’s, Prada et Church’s sont notamment au programme.

Si certaines maisons brillaient déjà par leur absence, comme Gucci ou Armani, qui ont décidé de suivre leur propre rythme de présentations des collections, certaines marques pourtant initialement annoncées ont finalement déclaré forfait.

Dolce & Gabbana, habitué des défilés spectaculaires et dont le défilé en présence devait avoir lieu samedi, a annoncé lundi que « les conditions indispensables » à la réalisation de leur défilé n’étaient pas réunies. Pour l’instant, aucune présentation numérique n’est prévue pour cette collection, qui était belle et bien prête à défiler.

La Lombardie, dont Milan est la capitale, fait partie des cinq régions de la Péninsule classées orange par le gouvernement italien, ce qui signifie que seuls les commerces essentiels sont ouverts ainsi que les écoles maternelles et élémentaires. Un couvre-feu est en vigueur à partir de 22 h jusqu’à 5 h du matin. La région risque en outre de repasser dès le 16 janvier au « rouge », ce qui implique davantage de restrictions.

En chute libre

Dans ce contexte, les répercussions de la crise engendrée par la pandémie sont sans précédent pour le secteur de la mode masculine. Selon un récent rapport de Cofindustria Moda, une association professionnelle regroupant des industriels du secteur, le prêt-à-porter italien a terminé l’année 2020 avec une perte de 18,6 % de son chiffre d’affaires annuel, soit une baisse de deux milliards d’euros.

La pandémie a bloqué la tendance positive des exportations, qui ont ralenti en 2020 de 16,7 % à 5,9 milliards d’euros. La bouffée d’air frais pourrait venir des marchés asiatiques, qui donnent des signes de reprise dès ce premier trimestre, mais les experts du secteur ne prévoient pas une remontée de la pente avant 2023.

Seule note positive dans ce sombre tableau : la tendance à la relocalisation. Les entreprises du secteur ont vu leur filière d’approvisionnement et de production considérablement perturbée lors du premier confinement, avec des fournisseurs délocalisés à l’arrêt et des difficultés d’acheminement.

Certaines maisons ont donc rapatrié ces activités pour éviter de se retrouver dans une telle situation.

Une opportunité pour l’emploi en Italie, illustrée lors du dernier Milano Global Fashion Summit de novembre, qui a néanmoins souligné la nécessité d’accompagner ce mouvement par la formation des jeunes et les investissements technologiques.