(Londres) Sans public ni vedette au premier rang : Burberry a lancé jeudi la Fashion Week de Londres avec un défilé filmé en forêt, à l’image d’un rendez-vous réinventé pour s’adapter au contexte sanitaire.

Pauline FROISSART
Agence France-Presse

D’habitude les marques rivalisent d’ingéniosité pour dénicher les lieux les plus extravagants. Les VIP s’y pressent tandis que les influenceurs se font photographier dans les rues adjacentes.

Mais en ces temps de restrictions imposées par la pandémie de nouveau coronavirus, qui a fait plus de 41 600 morts au Royaume-Uni, la semaine de la mode se déroule dans un cadre plus intime et se déplace sur l’internet.

Burberry a donné le coup d’envoi à la mi-journée avec un défilé aux allures de performance, filmé en pleine forêt et réalisé en collaboration avec l’artiste contemporaine allemande Anne Imhof.

Première pour une marque de luxe, l’évènement était retransmis en direct sur Twitch, une plateforme de streaming qui a popularisé la diffusion de jeux vidéo en offrant aux spectateurs la possibilité de commenter en direct. Pendant 30 minutes, dans une discussion sur Twitch, les artistes Erykah Badu, Rosalia, Steve Lacy et la mannequin vedette Bella Hadid ont attisé la curiosité des utilisateurs. Ils ont été plus de 40 000 à voir le défilé, qu’ils pouvaient observer sous différents points de vue.

> Regardez le défilé

Pour sa collection printemps/été 2021 baptisée In Bloom, le créateur italien Riccardo Tisci continue de revisiter le trench emblématique de la marque britannique fondée en 1856. Inspiré par l’été et la mer, il mêle au beige classique du trench le bleu du denim, rappelant le sable et l’eau et pioche dans la garde-robe des marins pêcheurs.

PHOTO TIRÉE D’UNE VIDÉO

Pour sa collection printemps/été 2021 baptisée In Bloom, le créateur italien Riccardo Tisci continue de revisiter le trench emblématique de la marque britannique Burberry.

Comme d’autres groupes de luxe, Burberry a souffert des conséquences de la pandémie, accusant une chute de 45 % de ses ventes sur un an à 257 millions de livres entre avril et juin.

Malgré un contexte difficile, le groupe a ouvert fin juillet une boutique à Shenzen, en Chine, opérée par Tencent et mêlant expérience en magasin et interactions sur les réseaux sociaux.

Peu de défilés

Comme Burberry, une poignée de designers ont maintenu des défilés « physiques » tandis que 80 designers présenteront leurs collections jusqu’à mardi, certains sur rendez-vous uniquement et la majeure partie à travers des vidéos en ligne.

La Fashion week « s’adapte à une nouvelle réalité », avec des défilés et présentations organisés « à beaucoup plus petite échelle », a expliqué à l’AFP Stephanie Phair, présidente du British Fashion Council (BFC), organisme chargé de la promotion de la mode britannique.

Parmi les créateurs qui osent le défilé avec public, distanciation physique à la clé, le Turc installé à Londres Bora Aksu, l’as du tricot de luxe Mark Fast et la marque chinoise PRONOUNCE.

Ces évènements seront diffusés en direct, un « outil essentiel », a expliqué Mark Fast dans Vogue business. « La diffusion en streaming d’un défilé va toucher des dizaines de milliers de personnes sur la journée, et des centaines de milliers sinon plus tout au long de la saison. »

Parmi les autres points forts de la semaine, les collections de l’ex-Spice Girl reconvertie designer Victoria Beckham, du Sud-Coréen installé à Londres Eudon Choi et de la Britannique Molly Goddard.

Le secteur de la mode, qui emploie plus de 890 000 personnes, a contribué en 2019 à hauteur de 35 milliards de livres au PIB du Royaume-Uni. Mais cette industrie « est confrontée à d’énormes défis en raison de l’impact de la COVID-19 », avertit le BFC qui a mis en place un fonds d’urgence d’un million de livres pour aider les designers.

« Bien que cela ait été vraiment difficile pour les designers, et pour l’industrie dans son ensemble, c’est aussi l’occasion pour l’industrie de réfléchir aux bases sur lesquelles elle veut se reconstruire », a dit à l’AFP Stephanie Phair, évoquant notamment le « développement durable » et la « diversité ».

Traditionnellement consacrée à la mode féminine, cette Fashion Week de septembre sera « gender neutral » (sans distinction de sexe), mettant en avant à la fois des collections hommes, femmes ou mixtes. Toutes les prochaines Semaines de la mode de Londres suivront le même modèle.