La Presse décortique l’origine d’une tendance mode : d’où vient-elle et pourquoi émerge-t-elle ? Comment la porter ? Décryptage.

Maude Goyer
Collaboration spéciale

La tendance

La tendance aux imprimés floraux sombres est partout cet automne, que ce soit sur les podiums (Prada, Marc Jacobs, Paco Rabanne, Richard Quinn, Nadya Toto, entre autres), dans les vitrines des grands magasins (de H&M à Aritzia en passant par Tristan et Simons) et sur les réseaux sociaux. Elle est portée par les vedettes, les influenceurs, les artistes et les fashionistas, de la rue aux évènements mondains. « Cela fait quelques années qu’on voit du floral sombre dans les collections, mais nous sommes au top de la tendance cette saison-ci », confirme Isabelle Conan-Cormier, styliste pour Lili et Coco.

Certains imprimés présentent un motif de fleurs minuscules, d’autres, de fleurs énormes. Parfois, le motif est de couleur vive (rouge, rose, blanc), d’autres fois, il est plutôt sombre (ocre, émeraude, bourgogne, aubergine). Peu importe : toutes les variations sont en vogue cet automne. Une constante ? Le fond est sombre (noir, gris acier, bleu marine, brun).

D’où ça vient ?

Avec son look à la fois bohémien et vintage, qui emprunte à l’époque rococo, le look floral sombre est associé à l’Angleterre. Une grande partie des tissus à motifs fleuris qui se retrouvent sur le marché proviendrait de ce pays, selon la bible de la mode vogue.com. « Je l’associe aussi à l’Asie, si on pense par exemple aux kimonos brodés », dit Caroline Bécotte, enseignante en commercialisation et en design de mode au cégep Marie-Victorin. « On peut aussi penser aux costumes d’origine indienne et aux motifs des vêtements de style ankara d’Afrique. »

Les motifs de fleurs hibiscus, quant à eux, sont évidemment associés à Hawaii et à la culture du surf. « On ne les voit pas cet automne, précise Mme Conan-Cormier, mais on retrouve tous les autres types de fleurs, de la rose à la marguerite, et de toutes les grosseurs, sur diverses sortes de vêtements, même du côté des vêtements de sport. »

Pourquoi ?

Le floral sombre fait référence à la nature et à un retour aux sources. « Je ne peux m’empêcher de penser que cette tendance est là parce qu’on est nostalgique de la belle saison, souligne Isabelle Conan-Cormier. Les motifs fleuris sont beaucoup portés en été, surtout dans les teintes pastel comme le rose et le bleu glacé. On étire le concept en transposant les fleurs sur un fond foncé. Ça devient alors un classique, un intemporel, qui se porte pendant les quatre saisons. »

Caroline Bécotte rappelle que les tendances ne naissent pas par hasard : elles sont le fruit d’un long travail de recherche et d’analyse mené chaque saison par des entreprises spécialisées en mode, appelées des « bureaux de style » (comme Peclers Paris, Promostyl, Nelly Rodi, Fashion Snoops). « L’origine des tendances, comme le floral sombre, est une longue suite d’étapes qui consiste à analyser le pouls du marché, par exemple du côté des passerelles, des semaines de la mode de Londres, de Milan, de New York et de Paris, des grands designers et des designers moins connus, mais innovateurs. »

PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM DE ZARA

La tendance des imprimés floraux sombres est omniprésente cet automne ; 
même les vêtements pour enfants n’y échappent pas.

Tout est étudié, explique-t-elle : coupes, détails, ambiance, tissus, motifs, etc. Des planches thématiques sont ensuite créées par les bureaux de style… qui les vendent, à fort prix, aux acheteurs des grands détaillants. « Voilà pourquoi, tout à coup, les magasins sont remplis de floral sombre, tous en même temps ! », explique Mme Bécotte.

On l’essaie ?

On ose la robe longue entièrement fleurie : c’est LA façon de porter la tendance cet automne. Trop intense ? On y va avec parcimonie : un chemisier porté avec un pantalon ou un jeans fait l’affaire. « On peut ajouter un veston uni et neutre, conseille Isabelle Conan-Cormier. Ou on porte le chemisier fleuri sur une jupe midi, qui est très féminine et très confortable. »

Autre tendance montante : la jupe à motifs fleuris portée sur des collants qui reprennent les mêmes motifs. « À mon avis, on n’a pas fini d’en voir ! » prédit Mme Bécotte. Aussi à suivre : les motifs animaliers ont la cote (léopard, serpent, zèbre), tout comme les motifs vichy et pied-de-poule.