Les refuges pour animaux voient transiter des centaines de cas à longueur d’année, et certains de ces hôtes les ont marqués de leur patte. Nous vous présentons quelques histoires touchantes racontées par le personnel de ces institutions.

Publié le 28 déc. 2021
Sylvain Sarrazin
Sylvain Sarrazin La Presse

Le proverbe dit que les chiens ne font pas des chats. Peut-on pour autant en conclure que les chats ne font pas des chiens ? L’histoire de Rasta et de Souky vous convaincra peut-être que, d’une certaine façon, c’est possible.

Il y a bien du remue-ménage, au refuge du Centre hospitalier universitaire vétérinaire (CHUV), à Saint-Hyacinthe : y défilent annuellement quelque 300 chats et 70 chiens. Mais s’il est un passage qui a marqué la mémoire du personnel, c’est bien celui de ces deux petites bêtes abandonnées chacune de leur côté, puis réunies par les aléas de la vie.

Commençons par Rasta, une chatte adulte errante secourue dans la rue en mars 2019, au pelage criblé de nœuds ; ce qui lui a valu son nom de baptême. Déposé au refuge, l’affectueux félin a eu droit à une tonte et à une séance de stérilisation, avant de s’avérer une bonne candidate pour l’adoption.

Dès le lendemain, des pensionnaires ont franchi avec fracas les portes de l’établissement : un trio de chiots nouveau-nés de 3 ou 4 jours, les yeux encore plissés, orphelins de leur mère probablement morte en mettant bas. C’est le branle-bas de biberons parmi les employés du refuge, qui se relayaient pour les nourrir toutes les deux heures.

Mais un détail allait permettre d’envisager une nouvelle stratégie : les vétérinaires avaient remarqué que la chatte Rasta présentait un léger engorgement mammaire, signe qu’elle avait donné naissance peu auparavant – les chatons n’avaient cependant pas été retrouvés à ses côtés quand elle avait été secourue. « On a eu l’idée de présenter les chiots à la chatte, voir si elle les accepterait », se rappelle Jeniffer Caballero Ramirez, superviseure des opérations hospitalières au CHUV et responsable du refuge. Un pari risqué, mais gagnant : « Elle n’a jamais craché ni rejeté les chiots, qu’elle a tout de suite adoptés. Elle s’est allongée et a commencé à les lécher. Comme elle n’avait pas beaucoup de lait, on a alterné avec les biberons », poursuit-elle.

Une première expérience

Avant de sauter au plafond en criant « alléluia ! », gardez quand même des mouchoirs sous la main, car s’amorce ici la portion triste du récit. Deux des petits rescapés ont quand même succombé, sans doute en raison d’une séparation de leur mère trop prolongée.

Mais dans les jours suivants, Rasta a eu une montée de lait et l’unique chiot survivant a pu s’accrocher à ses mamelles, sous l’étroite surveillance du personnel. Rapidement, sous les coups de langue de sa mère adoptive, celui qui a été baptisé Souky a pris du poil de la bête et s’en est tiré sain et sauf. « C’est la première fois que l’on tentait ce genre d’expérience. Ça nous a beaucoup touchés », dit la superviseure.

La générosité de Rasta ne s’est pas arrêtée là : quelques jours plus tard, un nouveau trio d’orphelins est débarqué au refuge ; des petits chatons, cette fois-ci. Assoiffés, ils ont eux aussi été installés auprès de la chatte, qui les a acceptés à leur tour. Mais attention : les petits félins avaient tendance à écarter Souky du ventre maternel pour pouvoir mieux s’y abreuver. « En journée, on laissait le chiot seul avec la chatte, et on donnait des cannes aux chatons, qui étaient un peu plus gros. La nuit, on les réunissait tous ensemble », explique Mme Caballero Ramirez.

Ce lien improbable entre cette mère et son petit adoptif s’est étiré pendant plus de deux mois. Et il n’y avait pas que du lait au menu. Des leçons de conduite étaient aussi incluses, ce qui a mené à des scènes plutôt cocasses. « Souky avait commencé à adopter les habitudes d’un chat, il allait faire ses besoins dans la litière ! Il imitait sa mère et se léchait beaucoup plus qu’un chien ne le ferait normalement. On le laissait dans la chatterie avec les autres chats, habitués à lui. Il devait penser qu’il était lui-même un chat ! », rit la superviseure.

PHOTO FOURNIE PAR LE REFUGE DU CHUV

Souky, une fois adulte, dans son nouveau foyer

Quand Souky a grandi et a été sevré de sa mère adoptive, le refuge a cherché à le placer dans une famille d’adoptants temporaire pour être davantage éduqué comme un chien. Deux semaines après son arrivée dans son nouveau foyer, ses hôtes ont décidé de le garder définitivement. Il y a bien un vieux chat sur place, mais Souky n’arrivera jamais à s’acoquiner avec ce vieux matou craintif (lequel n’a sûrement jamais voulu gober les élucubrations de ce chien qui se prétendait félin). Plus tard, Souky a toutefois pu s’épanouir aux côtés de deux autres canidés, également adoptés au refuge du CHUV. D’après nos informations, il aurait perdu son habitude d’aller faire ses besoins dans une litière… Et Rasta dans tout ça ? Elle a également été adoptée de son côté, quelques semaines plus tard. Pour tous, une croisée des chemins qui finit bien, et la preuve que l’instinct maternel peut transcender les espèces.