Un cas d’urgence pour un animal de compagnie n’a que faire du calendrier ou de l’heure de la journée : un accident ou une crise peuvent se présenter un dimanche soir ou à 2 h du matin. Stressantes, ces situations peuvent faire paniquer les propriétaires d’animaux ne sachant pas vers quelles ressources se tourner. En partant d’un cas au triste dénouement, voici quelques recommandations pour mieux les gérer.

Sylvain Sarrazin
Sylvain Sarrazin La Presse

Alors qu’il était en santé, suivi par un vétérinaire, et ne présentait aucun signe avant-coureur la veille du jour fatidique, Tiger a subitement été victime d’une grave crise. « Il poussait des miaulements comme jamais je n’en avais entendu », se souvient Carlos Carrión, propriétaire du chat âgé de quelques années, qui l’a ensuite vu s’écrouler sur un flanc, à l’agonie. Malheureusement, l’évènement s’est produit un dimanche matin.

Paniqué, M. Carrión s’est immédiatement rendu à sa clinique vétérinaire habituelle, à deux pas de son domicile, dans le Plateau Mont-Royal. Mais il s’est heurté à des portes closes, car l’établissement est fermé la fin de semaine. « Il n’y avait aucune signalisation d’un numéro d’urgence à appeler sur la porte », relate-t-il – une situation qui a été corrigée par la suite. Ne sachant vers qui se tourner, il contacte le 911, qui l’informe ne pas s’occuper des animaux ni avoir de contact. Il fouille alors le moteur de recherche de Google dans l’espoir de trouver une clinique ouverte, et trouve l’adresse de l’hôpital vétérinaire du Parc, ouvert le dimanche.

Arrivé sur place vers 10 h 45, il apprend que le vétérinaire ne commencera à travailler qu’à 13 h et que son agenda est déjà complet. « On m’a dit que je devais aller à la clinique DMV à Lachine », à une quinzaine de kilomètres de là, raconte M. Carrión, qui ne possède pas de véhicule. Alors qu’il s’apprête à héler un taxi, on lui annonce que Tiger a déjà rendu l’âme.

PHOTO FOURNIE PAR CARLOS CARRIÓN

Carlos Carrión raconte avoir vécu une expérience traumatisante en tentant de se rendre aux urgences vétérinaires alors que son chat Tiger était victime d’un grave problème de santé un dimanche matin. L’animal semble avoir succombé à une crise cardiaque.

Au-delà de la tristesse causée par la perte de son compagnon, le propriétaire du chat se dit consterné par la faible disponibilité et l’éloignement des services d’urgence en dehors des heures et jours courants, surtout pour une ville comme Montréal, ainsi que par les difficultés à trouver les bonnes ressources et informations. « C’était horrible, surtout de sentir que l’animal agonisait, tout en étant à la merci de Google », déplore M. Carrión. Il a appelé sa clinique vétérinaire habituelle le lendemain ; celle-ci lui a indiqué qu’il aurait dû tenter de la contacter, même si elle était fermée, une adresse pour les urgences étant précisée sur le répondeur.

« Ça prend une auto »

M. Carrión n’est pas le seul à critiquer le système des urgences : l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec (OMVQ) dit avoir enregistré depuis février 2020 une légère hausse des plaintes du public relatives à ce service, soit quelque 25 cas, dont certains impliquaient des morts d’animaux. « Ce n’est pas une hausse très marquée, mais c’est une problématique qui a été soulevée », indique Gaston Rioux, président et porte-parole de l’organisme, qui souligne que l’Ordre a fait des recommandations pour que les établissements s’entendent pour mieux se répartir les soirées de garde.

Concernant l’éloignement des urgences par rapport au centre-ville montréalais, notons que les hôpitaux vétérinaires ouverts 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 sont implantés à Lachine ou en banlieue, à Saint-Hubert et à Blainville.

Sans être ouvertes en permanence, certaines cliniques plus centrales ont allongé leurs heures et jours d’ouverture pour traiter les urgences.

À ce sujet, l’OMVQ et l’Association des médecins vétérinaires du Québec (AMVQ) parlent d’une même voix : les établissements 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 sont privés et ne peuvent être contraints à s’implanter dans des lieux précis.

« Ce sont de très gros hôpitaux, ils ne peuvent pas vraiment s’installer au centre-ville, où c’est inabordable, où on manque de stationnement. Ils s’implantent là où ils estiment qu’ils desserviront le plus grand territoire. Ils se mettent près des voies d’accès autoroutières, mais c’est sûr que ça prend une auto », note Michel Pepin, porte-parole de l’AMVQ, relevant que la situation est similaire en région.

Prévenir l’urgence

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Une intervention chirurgicale chez un chien dans un établissement de la région montréalaise

Puisqu’on ne peut avoir de contrôle sur les lieux et horaires des services d’urgence, et que ce genre de situation soumet un propriétaire à un stress important, mieux vaut être bien informé avant que les crises ou accidents ne surviennent. MM. Rioux et Pepin glissent quelques conseils pour tenter de les désamorcer.

Conseils

  • Avant d’adopter un animal, s’assurer de pouvoir ouvrir un dossier dans une clinique vétérinaire proche de chez soi. Depuis la pandémie, certaines cliniques ne prennent plus de nouveaux patients. « Cela fera une porte d’entrée et permettra d’avoir un vétérinaire de famille pour faire de la prévention », dit M. Pepin. En cas d’urgence, c’est vers cette clinique qu’il faudra se tourner en premier. D’après l’AMVQ et l’OMVQ, toute clinique a l’obligation de vous orienter vers un service d’urgence, même si elle est fermée (message sur répondeur, affichage, site web...). On peut aussi discuter avec son vétérinaire habituel pour se renseigner au préalable sur la marche à suivre, avant qu’une urgence ne se présente.
  • « Malheureusement, souvent, ce qu’on va considérer comme une urgence, c’est plus le fait d’avoir retardé un problème qui a dégénéré avec le temps », constate M. Pepin, qui incite à consulter de façon préventive et à ne pas attendre à la dernière minute si des symptômes apparaissent.
  • Se préparer, psychologiquement et financièrement, à absorber des coûts plus élevés par rapport à une consultation de routine. Par exemple, l’admission aux urgences des centres DMV, ouverts 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, est facturée en tout temps 188,50 $ + taxes (soit 216,73 $), ce qui comprend un examen physique et l’ouverture du dossier, somme à laquelle il faudra éventuellement ajouter des frais pour des tests, radiographies ou interventions, si nécessaire. « Avoir un médecin qui fait une chirurgie à 4 h un samedi, ça coûtera certainement plus cher que s’il le fait un lundi en journée », prévient le porte-parole de l’AMVQ, qui suggère de prévoir des budgets et de se renseigner sur les assurances animales. « Ce sera plus rapide, car on aura moins de souci financier », dit-il.
  • Bien se renseigner, auprès de son vétérinaire de famille, sur ce qu’est réellement une urgence. « On peut penser que c’est une urgence et se déplacer en pleine nuit, alors que ce n’est peut-être pas si urgent que ça », soulève M. Pepin
  • S’attendre à... attendre, même aux urgences. Le milieu, qui souffrait déjà d’une pénurie de personnel, a vu sa situation d’engorgement s’aggraver avec la pandémie. « C’est une situation qui n’est pas facile et qui a été exacerbée par la pandémie », rappelle M. Rioux. « Il faut donc vraiment que ce soit urgent », réitère M. Pepin.
  • Plus l’animal vadrouille à l’extérieur ou est laissé sans surveillance, plus il risque de présenter un jour un cas d’urgence.

Le saviez-vous ? Il existe des services ambulanciers privés pour les animaux, par exemple Animex ou Transport K-911.

Consultez le site d’Animex Consultez le site de Transport K-911 Consultez le site de l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec Consultez le site de l’Association des médecins vétérinaires du Québec