C’est l’une des morsures douloureuses de la vie : la perte d’un animal de compagnie peut engendrer une grande tristesse, voire de la détresse pour ceux qui l’ont côtoyé. Deux autrices qui ont fait face à cette épreuve publient, chacune de leur côté et à leur manière, des ouvrages où elles colligent une foule d’outils pour passer le cap, documentés et illustrés de touchants témoignages.

Sylvain Sarrazin Sylvain Sarrazin
La Presse

Ce fut d’abord Boris. Puis Muscade. En peu de temps, les fidèles chiens de Stéphanie Bérubé ont chacun trottiné un dernier tour de piste avant d’accéder au paradis des quatre-pattes. L’image est belle, mais la réalité, elle, fut bien plus difficile à vivre. Et ce, même si les signes avant-coureurs d’un départ imminent semblaient évidents.

Cette triste histoire constitue le point de départ de La vie sans Boris, où la journaliste et cadre à La Presse, passionnée des animaux, cosigne avec le vétérinaire Joël Bergeron un essai empreint de délicatesse, émaillé d’une foule de réponses aux questions que se poseront, tôt ou tard, ceux qui ont ouvert leurs portes à un compagnon de route : comment se préparer pour le jour fatidique ? Quand est-il temps d’invoquer l’aiguille ? Comment surmonter le deuil et gérer celui des enfants ? Quelles options pour la dépouille ?

En 160 pages, un large spectre de sujets est abordé avec son lot de solutions, précises et concrètes. « J’ai pensé à ce livre-là quand mes chiens ont commencé à vieillir. Je me suis dit que ça allait créer un vide immense », raconte Stéphanie Bérubé.

Ce n’est pas un livre qui est dur, il se veut pratique, simple et on y donne un éventail d’options, des références ou des podcasts, en respectant les différentes sensibilités.

Stéphanie Bérubé

« Par exemple, j’aime bien l’idée de se retrouver en famille et de partager ses souvenirs avec l’animal. On peut faire des dessins, des poèmes, se créer des rituels si c’est important pour soi », ajoute-t-elle.

Elle présente également des pistes en tous genres, même les plus osées, sans jugement : l’enterrement avec son animal, le clonage, les cimetières virtuels, la confection de vêtements avec la fourrure du disparu, etc.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Pour mieux vivre le deuil animalier, l’autrice suggère de s’y préparer tôt. En attendant, le jeune Léo a de belles années devant lui.

Les chapitres sont doublement illustrés, d’une part au moyen de témoignages poignants recueillis par l’autrice, d’autre part avec les délicats coups de crayon de la journaliste et bédéreporter Judith Lachapelle.

Stéphanie Bérubé souhaitait également contrebalancer le côté sensible avec un avis professionnel. Un rôle parfait pour Joël Bergeron qui apporte sur chaque thème (les soins de fin de vie, l’euthanasie, la gestion du deuil, etc.) les éclairages d’une très longue expérience en la matière – et pas seulement celle acquise auprès de sa clientèle, lui-même ayant perdu son chien Jack pendant l’écriture de l’ouvrage. « On voulait un mélange de témoignages, pour que les gens se rendent compte qu’ils ne sont pas seuls à vivre ça, et un regard scientifique. Joël Bergeron était tout désigné pour nous l’apporter, puisqu’il est très professionnel, mais aussi hyper empathique », rapporte la journaliste.

Parmi la kyrielle de conseils recensés, cette dernière ne saurait trop insister sur la préparation au jour des adieux. « J’étais prête quand je l’ai vécu et ça a fait une énorme différence, surtout après avoir accompagné des personnes qui ne l’étaient pas. Plus tu y penses, mieux tu vis avec le deuil », conclut-elle.

IMAGE FOURNIE PAR LES ÉDITIONS LA PRESSE

La vie sans Boris

La vie sans Boris – Essai sur le deuil animalier à l’intention de ceux qui aiment les animaux
Stéphanie Bérubé et Joël Bergeron
Les Éditions La Presse
168 pages

Une culpabilité toxique

PHOTO FOURNIE PAR LES ÉDITIONS DE L’HOMME

Florence Meney publie La dernière promenade, où elle touche à de nombreux aspects de la question.

Nom d’un chien, le parallèle est saisissant : Florence Meney, une autre journaliste d’expérience et aujourd’hui cadre en relations publiques, grande amie des animaux ayant souffert de la disparition rapprochée de deux canidés, s’est également attaquée au thème du deuil.

Elle livre le fruit de recherches touffues au cours de La dernière promenade, qui nous mène sur les sentiers de la gestion du deuil, la décision d’euthanasier, mais en explorant également ces questions dans des contextes spécifiques : institutions zoologiques, zoothérapeutes, adolescents, personnes âgées, vétérinaires… En résulte un travail journalistique des plus sérieux et fort bien documenté, avec une réflexion sur la place de nos compagnons dans la société.

« Je me suis beaucoup appuyée sur diverses expertises, telles que celles de France Carlos, spécialiste du deuil animalier, celles de la SPCA ou encore d’Annie Ross, une conférencière qui forme les jeunes vétérinaires à cette question. Il y a aussi un volet personnel. J’ai fait appel à de nombreux témoignages », résume celle qui dit avoir été frappée par les vagues de tristesse et de demande de soutien inondant ses réseaux.

Mme Meney n’hésite pas à dresser des parallèles avec le deuil humain… en précisant que la société s’avère bien moins tolérante vis-à-vis de l’affliction causée par la perte d’un animal. Pourtant, un tel évènement peut être difficilement vécu par certaines catégories de la population, comme les personnes esseulées ou les adolescents, ayant grandi avec leur toutou ou leur matou, qui fut parfois leur confident.

À son sens, l’un des aspects cruciaux pour mieux traverser l’épreuve consiste à se départir des hantises de la culpabilité. « Elle est vraiment nocive et nous empêche de continuer à vivre. Comme l’animal dépend uniquement de nous, quand il part, on se dit que l’on n’a pas fait son job ou pas donné les bons soins. Mais si vous êtes triste, c’est que vous avez été un bon humain pour lui ! », rappelle-t-elle, recommandant aussi de nouer un dialogue et d’évoquer des souvenirs avec les proches ayant côtoyé l’animal. « Mais si l’on sent que l’on n’arrive pas à décoller du deuil, il ne faut pas avoir peur de consulter, que ce soit un psy classique ou un spécialiste en deuil animalier. »

IMAGE FOURNIE PAR LES ÉDITIONS DE L’HOMME

La dernière promenade

La dernière promenade – Faire le deuil de son animal de compagnie
Florence Meney
Les Éditions de l’Homme
176 pages