Faire du cyclotourisme demande beaucoup de logistique, surtout lorsqu’on fait aussi du camping. Certains ajoutent à tout cela un bagage de taille, avec tous les défis et les joies que cela implique : leur chien ! Témoignages.

Catherine Handfield Catherine Handfield
La Presse

Dans le salon de cet appartement de Longueuil, une demi-douzaine de bacs de plastique jonchent le sol. À l’intérieur, on y trouve toutes sortes d’équipement pour le vélo et le camping.

Xavier Bélisle, 27 ans, est en train de remplir ses sacoches de vélo. Le soir même, il entreprend un voyage de 850 km sur 7 jours, une grande boucle passant par North Hatley, en Estrie, Québec et Shawinigan, en Mauricie.

Laïka, shetland mélangé avec du berger australien, renifle les bacs en secouant la queue. La chienne de 14 mois l’accompagnera dans son voyage.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE

Xavier Bélisle et Laïka

« À l’origine, raconte Xavier, je pensais faire de l’agilité avec elle, mais j’ai remarqué qu’elle avait un talent pour les sports. Elle comprend le concept de mener une expédition. »

Ça tombe bien, car c’est aussi pour l’accompagner dans ses passions (randonnée, camping sauvage, vélo) que Xavier a adopté Laïka.

J’ai toujours eu tendance à être solitaire, à faire ces sports seul. Mais c’est dull, tout seul. Je voulais un compagnon de vie.

Xavier Bélisle, technicien en système de sécurité

Après avoir appris à Laïka quelques commandes simples (stop, go, gauche, droite) lors de sorties en ski de fond, l’hiver dernier, Xavier s’est équipé pour faire du vélo avec elle lorsqu’elle aurait 1 an – l’âge minimum recommandé. Une laisse spéciale, qui tient Laïka à l’écart du vélo, et une remorque, où elle peut être transportée.

Courir à côté du vélo ? Laïka a adoré. Se reposer dans la remorque ? « Au début, elle haïssait ça pour mourir ! résume Xavier. Elle hurlait. Elle voulait courir avec moi. »

Mais de sortie en sortie, Laïka, qui est attachée dans la remorque, s’est habituée. « Elle aime quand on croise du monde sur la piste cyclable », raconte Xavier, en nous montrant une vidéo de Laïka dans la remorque.

En juin, le duo a fait un premier long voyage de cinq jours au Vermont, suivi de quatre jours dans les Laurentides. Quand la surface le permettait (l’asphalte est trop dur pour les coussinets), Laïka courait d’une heure à une heure et demie le matin et d’une heure à une heure et demie le soir. Quand elle court, c’est elle, toujours, qui donne le rythme (en moyenne 12 km/h).

Le soir, après avoir bien mangé et bien hydraté les coussinets de Laïka avec de la crème, le duo tombait de fatigue sous la bâche que Xavier installe pour dormir.

« Ça a beaucoup resserré notre lien, confie-t-il. C’est comme si elle me faisait plus confiance maintenant. »

Le chien... pour se ralentir

Si Julie Gouin a elle aussi voyagé à vélo avec son chien, c’est pour une tout autre raison. Elle souhaitait faire du cyclotourisme avec son amoureux. Elle avait beaucoup d’expérience en la matière, mais Jean-François, moins.

PHOTO FOURNIE PAR JULIE GOUIN

Julie Gouin à vélo avec son chien, Jack

« J’ai dit à mon chum : “Regarde, je vais traîner le chien, comme ça, ça va me ralentir” », dit en riant la conseillère d’orientation de 33 ans.

C’est donc avec Jack, 60 lb, que le couple a fait un voyage de vélo d’un mois aux États-Unis et au Canada, l’été dernier. Un parcours de 2000 km, de la Caroline du Nord à Pittsburgh, puis de Pittsburgh jusqu’à la maison, à Québec.

Ce n’était pas le bon moment de l’année pour aller en Caroline du Nord ! Autant moi que le chien, on était pas mal déshydratés, la première journée !

Julie Gouin

Il faisait si chaud que Jack n’a pratiquement pas couru avant la dernière étape du voyage, au Canada. Dès lors, il courait 5 km à la fois, pour un maximum de 20 km par jour. Jack a particulièrement apprécié les baignades dans le lac Ontario : « Une bonne façon de le brûler pour qu’il soit plus calme le soir ! »

Raison de plus pour qu'il dorme bien: « La première fois qu’on a campé, on l’a fait dormir dehors, mais il s’est fait piquer par des fourmis, raconte Julie. On s’est résigné à dormir avec lui dans la tente! Et il nous poussait avec ses pieds... »

« Les gens me demandent : “Le referais-tu ?” Je ne suis pas certaine qu’on referait un long voyage en le traînant. Parce que c’est lourd, et tu peux aller moins loin », dit Julie, qui en garde tout de même un bon souvenir.

Pour sa part, Xavier a de grands projets avec Laïka : il caresse le rêve de prendre une année sabbatique avec elle, dans quelques années, pour traverser les Amériques à vélo.

Avant de se lancer…

Voyager à vélo avec son chien demande planification et prévention, avertit la vétérinaire Claudia Gilbert, qui souligne l’importance d’en parler d’abord avec son vétérinaire. Les distances qu’un chien peut parcourir varient selon son état de santé, son âge, sa physionomie, ses capacités physiques, la température, l’humidité… « Il faut être à l’écoute des signes de fatigue de l’animal », dit-elle, tout en rappelant la nécessité de commencer de façon graduelle. Le chien, qui ne transpire pas, est moins résistant à la chaleur que nous, ajoute la vétérinaire. On évite de le faire courir quand il fait trop chaud, et on lui offre de l’eau fréquemment. Enfin, il faut planifier son itinéraire et le protéger contre les parasites.