Après la publication d’un dossier sur la lutte contre les changements climatiques, vous avez été nombreux à souhaiter lire et échanger des trucs concrets pour limiter les émissions de gaz à effet de serre de votre ménage. Chaque dimanche, nous vous en présentons un qui sera ensuite analysé par le Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG).

Publié le 2 janvier
Catherine Handfield
Catherine Handfield La Presse

Aujourd’hui, des trucs de notre lectrice Geneviève Demers sous la loupe de Catherine Houssard, coordinatrice scientifique et analyste au CIRAIG

Les trucs de Geneviève Demers

La famille de Geneviève Demers, à Gatineau, a graduellement revu ses habitudes liées à l’alimentation : groupe d’achat d’aliments biologiques en vrac, panier de légumes bios, réduction de l’emballage, achat de viande locale et écoresponsable, congélation de fruits et légumes locaux pour l’hiver... Elle veille aussi à éviter le gaspillage alimentaire et à réduire sa consommation de viande.

Les commentaires de Catherine Houssard

Privilégier l’achat d’aliments locaux, biologiques et en vrac est un choix qui semble aller de soi pour réduire son empreinte carbone, mais les « perceptions sont parfois trompeuses », indique d’emblée Catherine Houssard.

Il faut d’abord relativiser l’importance de l’emballage et du transport dans l’empreinte carbone de l’alimentation d’un Québécois : on parle de 10 % en moyenne, comparativement à 60 % pour la production et 25 % pour les pertes et le gaspillage, souligne Mme Houssard. « On note néanmoins de fortes variations d’un aliment à l’autre, et il est difficile de généraliser », explique-t-elle.

Si le suremballage est évidemment à éviter, l’élimination complète des emballages peut être contreproductive, prévient Catherine Houssard. Pourquoi ? « L’emballage protège les aliments sensibles aux chocs, à la température ou à l’oxydation, permettant ainsi de réduire le gaspillage alimentaire », explique-t-elle.

L’achat en vrac peut aussi s’avérer une « fausse bonne idée » s’il implique un voyage en voiture additionnel pour se procurer l’aliment.

« Plus que le fait qu’il soit local, c’est le mode de production agricole et les caractéristiques de la région où l’aliment est produit qui changent la donne, poursuit Catherine Houssard. La tomate de serre québécoise, par exemple, a une empreinte carbone plus élevée qu’une tomate mexicaine transportée sur plus de 4000 km lorsque la serre est chauffée aux énergies fossiles, mais le résultat s’inverse dès que la serre québécoise est chauffée aux énergies renouvelables. Le blé produit au Québec a une empreinte carbone plus élevée que celui des Prairies canadiennes en raison du climat plus humide, mais l’empreinte du lait du Québec est parmi les plus faibles au monde grâce à des rendements optimisés par le savoir-faire de nos producteurs. »

Enfin, contrairement aux croyances, l’empreinte carbone d’un aliment biologique est souvent plus élevée que celle d’un aliment conventionnel en raison de plus faibles rendements, indique Catherine Houssard. « En contrepartie, l’agriculture biologique a des effets bénéfiques sur la santé des sols, des agriculteurs et sur la biodiversité », nuance-t-elle.

Catherine Houssard en convient : pour le consommateur, il n’est pas simple de s’y retrouver. Notre lectrice Geneviève Demers a le bon réflexe en réduisant son gaspillage et sa consommation de protéines animales. « Pour améliorer l’empreinte carbone de son alimentation, c’est la meilleure façon de ne pas se tromper, croit Mme Houssard. Et c’est aussi bien moins compliqué que d’essayer de s’approvisionner 100 % local ou de devenir zéro déchet ! »