Il n’y a pas d’âge pour réaliser ses rêves, dit-on. Éric Gaudry, 72 ans, en est la preuve vivante. Attiré par la danse dès son plus jeune âge, il a récemment osé s’inscrire à des cours de ballet. Rencontre.

Publié le 22 déc. 2021
Véronique Larocque
Véronique Larocque La Presse

Dans un studio de danse du Mile End, Éric Gaudry effectue quelques mouvements à la barre.

« Si vous saviez le plaisir que j’ai à faire ça », lance-t-il, le sourire aux lèvres, alors que le photographe de La Presse prend son portrait. Camille Rouleau, fondatrice du studio Ballet Hop !, guide le débutant. Arabesque, pointe et plié se succèdent dans cette courte séance de danse improvisée. « On dirait que vous avez fait ça toute votre vie », laisse tomber l’instructrice. L’aisance de l’homme de 72 ans vient peut-être du fait qu’il a espéré ce moment une grande partie de sa vie…

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Camille Rouleau, fondatrice de Ballet Hop !, montre quelques mouvements à Éric Gaudry.

Le rêve d’un petit gars

Alors qu’il était enfant, dans les années 1950, Éric Gaudry n’aurait jamais eu l’audace de pratiquer le ballet.

J’étais à Québec. Je venais d’un petit milieu bourgeois. Il fallait devenir avocat, médecin, notaire ou ingénieur. […] Un petit gars qui faisait du ballet, c’était impensable.

Éric Gaudry

Plus tard, il est passé bien près de réaliser son rêve à la suite d’une audition, mais la vie a plutôt placé une autre forme d’art sur sa route. Paul Hébert, fondateur du théâtre du Trident à Québec, lui a proposé un rôle dans la pièce Charbonneau et le Chef. « Finalement, j’ai joué 360 fois avec Jean Duceppe », dit-il, tout bonnement.

Malgré le théâtre, puis la télévision et le doublage (il prête notamment sa voix à Samuel L. Jackson, Tommy Lee Jones et Liam Neeson), l’envie de faire du ballet n’est jamais disparue. « Ce que je trouvais le plus beau au monde, c’était le ballet », résume-t-il.

« Sans chichis »

Lorsqu’il a pris connaissance des cours offerts chez Ballet Hop !, il s’est senti interpellé. « Un cours qui s’appelle ‟Sans chichis”, c’était parfait pour moi, parce qu’à mon âge, j’ai un peu peur d’avoir l’air d’un éléphant », dit-il en riant.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Éric Gaudry, 72 ans

« On a des gens de tous les âges, de toutes les formes, de tous les niveaux d’expérience », explique Camille Rouleau, dont le studio offre des « entraînements bienveillants ».

On a vraiment une belle diversité [de clients] et c’est tant mieux, parce que c’est pour ça qu’on existe.

Camille Rouleau, fondatrice du studio Ballet Hop !

À 72 ans, Éric Gaudry constate qu’il est moins souple que lors de ses jeunes années. « Je mets beaucoup de Voltaren », confie-t-il à l’instructrice. « C’est correct, c’est le meilleur ami des danseurs », lui répond-elle.

Mais depuis qu’il a commencé les entraînements il y a moins de deux ans, Éric Gaudry a surtout remarqué des bienfaits sur sa santé physique et mentale. Adieu, douleur au genou ! « Je monte l’escalier en sautant », s’enthousiasme-t-il.

Une source d’inspiration

Comme s’il voulait rattraper le temps perdu, Éric Gaudry est inscrit à de nombreuses classes, chez Ballet Hop ! et dans d’autres studios. « J’ai un cours le lundi, le mardi, le jeudi et le samedi », énumère-t-il. Il remarque toutefois qu’il est souvent le seul homme.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Éric Gaudry, lors d’un cours au studio Ballet Hop ! donné par sa fondatrice, Camille Rouleau

Camille Rouleau estime que chez Ballet Hop !, les hommes représentent environ 1 % de la clientèle. « C’est ça, je suis toujours tout seul », constate Éric Gaudry.

« On essaie d’être le plus neutre et invitant possible pour tout le monde », explique la fondatrice du studio. Elle aimerait bien que l’histoire d’Éric Gaudry inspire d’autres hommes ou d’autres aînés à faire comme lui. « Nous, nous ne sommes vraiment pas orientés sur la performance. Nous sommes dans la bienveillance », rappelle-t-elle.

Cette vision du ballet, elle souhaite d’ailleurs la transmettre partout au Québec. Pour y arriver, elle est en train de mettre en place un réseau de franchises grâce auquel elle aimerait permettre à des femmes de se lancer en affaires.

En entendant ce projet, Éric Gaudry dresse un parallèle avec sa propre histoire. « C’est comme le petit gars, en 1950, qui pense qu’il ne peut pas faire de ballet… » « Il y a peut-être des femmes, en 2021, qui pensent qu’elles ne peuvent pas se lancer en affaires, complète Camille Rouleau. Regardez comme le lien est beau. On brise des mythes des deux côtés. Éric, vous allez devenir notre ambassadeur. »