Deux papas souhaitent colorer les allées des magasins de jouets avec des poupées à la peau foncée et aux cheveux bouclés.

Publié le 13 déc. 2021
Léa Carrier
Léa Carrier La Presse

Dans l’industrie du jouet, les poupées viennent principalement en une teinte : claire. Ymma est la réplique de Gaëtan Etoga et Yannick Nguepdjop, deux entrepreneurs qui font le pari d’apprendre la diversité aux enfants et de favoriser l’inclusion, une poupée à la fois.

L’un est ingénieur, l’autre mathématicien. Rien ne leur prédisait une carrière dans l’univers du jouet, hormis le fait qu’ils sont tous deux pères et rêvent d’un monde meilleur pour leurs enfants.

« J’ai deux garçons, et je ne veux pas qu’ils aient honte de leur identité. Je ne veux pas que mes enfants se sentent mal de qui ils sont et d’où ils viennent. J’aimerais qu’ils soient en paix avec ça », confie Gaëtan Etoga, rencontré dans sa maison de Saint-Jean-sur-Richelieu.

Ymma – qui signifie « femme forte » en Afrique de l’Est – n’a qu’une petite année de vie, mais elle mijotait dans la tête de ses concepteurs depuis belle lurette. Nés au Cameroun, Gaëtan et Yannick se sont suivis en France, puis au Québec.

Partout où leurs pérégrinations les amenaient, le même constat les taraudait : le manque de diversité sur les tablettes des magasins de jouets.

L’an dernier, les deux complices se sont finalement lancés en affaires.

On s’est dit que c’était le bon moment, parce que le mouvement Black Lives Matter avait beaucoup sensibilisé les gens à ces enjeux.

Gaëtan Etoga, fondateur d’Ymma

« Et avec la pandémie, on s’est retrouvés avec beaucoup de temps entre les mains. Tout était aligné pour qu’on puisse travailler là-dessus », raconte Gaëtan Etoga.

Les poupées d’Ymma sont ainsi nées. Elles ont le teint caramel ou plus foncé, sont habillées de tenues colorées et confectionnées à la main au Cameroun, et coiffées de soyeuses boucles noires. Début décembre, l’entreprise a dévoilé sa nouvelle collection nommée Bissa – qui veut dire « métier » en dialecte camerounais –, qui se décline en poupées médecin, avocate et patronne d’entreprise.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

À gauche et au centre, deux nouveaux modèles (la médecin et la patronne d’entreprise) de la collection Bissa. À droite, une poupée de la collection générale. Leurs vêtements sont fabriqués au Cameroun.

« Notre mission, c’est d’inspirer les enfants pour qu’ils rêvent grand. La société a tendance à faire croire aux enfants que telle chose est accessible pour eux et que telle chose ne l’est pas. On veut redistribuer les cartes et leur dire que tout est accessible, tant qu’on se donne les moyens d’atteindre son rêve », estime Gaëtan Etoga.

Le test de la poupée

Quoi de plus inoffensif qu’une poupée ? diront certains.

Dans les années 1940, les chercheurs américains Kenneth et Mamie Clark ont conduit une expérience visant à étudier la perception des enfants afro-américains sur leur couleur de peau à l’aide de poupées. Lorsqu’il leur était demandé quelle poupée était gentille, les enfants désignaient sans hésitation la poupée blanche. À l’inverse, laquelle était mauvaise ? Celle qui leur ressemblait.

« Personnellement, quand j’ai vu ça, ça m’a brisé le cœur », souffle Gaëtan Etoga.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Une poupée Ymma, ce qui signifie « femme forte ».

Bien sûr, les temps ont changé depuis l’expérience Clark, et l’industrie du jouet a entamé un virage vers la diversité. De petites entreprises comme Ymma comblent aussi les trous dans l’offre du marché. Mais il en faut davantage, croit Gaëtan Etoga.

« On pense que c’est important qu’il y ait d’autres entreprises – pas que nous – pour que les gens aient le choix et qu’on puisse concurrencer les grosses entreprises comme Mattel », affirme le cofondateur.

Une poupée à la fois

Car c’est le but, ultimement. Concurrencer les Mattel de l’industrie et leurs poupées blondes aux yeux clairs.

Pour l’heure, Ymma se concentre sur sa mission. Les affaires roulent bien. Les retours des clients sont encourageants – comme ces parents qui ont acheté des poupées pour apprendre la diversité à leurs enfants.

« Nous pensons que tous les enfants devraient avoir des poupées de la diversité. S’ils ont l’occasion d’y être exposés en bas âge, ils seront plus conscients, en grandissant, que les personnes viennent en différentes formes et en différentes couleurs […] Ces retours me font vraiment plaisir, ça montre qu’il y a un sens à ce qu’on fait et qu’on ne travaille pas pour rien. »

Consultez le site d’Ymma