On entend beaucoup parler des gens qui choisissent l’abstinence. Or, le Québec compte toujours autant de consommateurs d’alcool (84 % des 15 ans et plus). La bonne nouvelle, c’est qu’ils sont un peu plus raisonnables qu’avant.

Catherine Handfield
Catherine Handfield La Presse

Les Québécois sont plus nombreux qu’il y a cinq ans à respecter les limites de consommation d’alcool recommandées, selon le sondage quinquennal mené par CROP pour Éduc’alcool, qui examine la relation des Québécois avec l’alcool sur différents plans.

Pour réduire le risque de « méfaits aigus liés à l’alcool », lors d’occasions spéciales, les hommes ne devraient pas boire plus de quatre verres et les femmes, trois. En 2017, 36 % des hommes et 45 % des femmes ont dit ne jamais dépasser cette limite. Aujourd’hui, cette proportion grimpe à 44 % chez les hommes et à 54 % chez les femmes, selon le sondage rendu public ce jeudi.

Cette augmentation de près de 10 % est « considérable », fait remarquer le directeur général d’Éduc’alcool, Hubert Sacy. Il l’attribue à différents facteurs, dont la tendance à alterner les boissons alcoolisées et non alcoolisées, l’augmentation de l’offre en matière de boissons sans alcool et, surtout, une prise de conscience dans la société.

Il y a de plus en plus ce constat qu’on n’est pas obligé de boire de l’alcool tout le temps.

Hubert Sacy, directeur général d’Éduc’alcool

Évidemment, convient-il, la pandémie a aussi eu un impact sur la consommation d’alcool d’une partie de la population. Des Québécois ont dit avoir diminué leur consommation à cause du manque d’interactions sociales. D’autres affirment l’avoir au contraire augmentée en raison de l’ennui et du stress. « Avec la pandémie, vous avez 15 % des gens qui ont diminué leur consommation, 15 % qui l’ont augmentée et 70 % pour qui ça n’a rien changé », résume Hubert Sacy. L’avenir nous dira si cette diminution de la consommation excessive se maintiendra dans le temps, note-t-il.

« Maintenant, ça n’empêche pas que d’autres gens les ont dépassées, les limites, souligne Hubert Sacy. On ne peut pas dire que la vie est belle, que le ciel est bleu et que les oiseaux sont roses : on a encore des consommateurs excessifs. » Ce sont 6 % des femmes et 12 % des hommes qui boivent de façon excessive au moins une fois par semaine, montre le sondage. « C’est infiniment plus sain de boire un ou deux verres par jour, quatre à cinq jours par semaine, que de s’abstenir toute la semaine pour boire en malade le vendredi ou le samedi soir », rappelle-t-il.

Selon le sondage, 84 % des Québécois de 15 ans et plus consomment de l’alcool, un chiffre « qui ne bronche pas » depuis de nombreuses années, indique M. Sacy. Les Québécois boivent en moyenne 2,3 verres par occasion et 4,5 verres par semaine — des données stables comparativement à celles de 2017.

Les répondants qui affirment boire au moins une fois par semaine sont toutefois moins nombreux qu’il y a cinq ans (51 % en 2021 contre 62 % en 2017).

Le sondage montre aussi des prises de conscience, notamment sur le plan des risques et des conséquences de la consommation d’alcool durant la grossesse. D’autres résultats sont directement en lien avec la pandémie, comme une diminution de la consommation à l’extérieur de la maison et de la conduite automobile sous l’influence de l’alcool.

Les résultats du sondage de CROP reposent sur 1500 entrevues menées en ligne du 10 au 28 septembre 2021. Comme une partie des données de 2017 avaient été récoltées au téléphone, les résultats ont été « redressés » pour rendre les données comparables à celles de 2021.