Votre jeune retourne ces jours-ci sur les bancs d’école avec la mine basse, peu d’entrain et un manque d’intérêt ? Alors que la pandémie a fait des ravages du côté de la motivation des élèves, le décrochage scolaire est toujours lié à un ensemble de facteurs. Il est possible de les identifier, voire de les prévenir, croient des experts.

Maude Goyer
Maude Goyer Collaboration spéciale

Même si aucun chiffre officiel n’a été annoncé par le ministère de l’Éducation au sujet du nombre de décrocheurs depuis le début de la pandémie, tous les experts s’entendent pour dire qu’il sera à la hausse. « La pandémie a entraîné toutes sortes de problématiques psychosociales comme l’anxiété, l’isolement, la baisse d’estime de soi, et cela peut s’être ajouté à d’autres facteurs et avoir poussé le jeune à décrocher », explique Andrée Mayer-Périard, directrice générale du Réseau réussite Montréal.

Les plus récentes statistiques montrent que 17,8 % des garçons et 10,7 % des filles ont lâché l’école avant la fin du secondaire, lors de l’année scolaire 2018-2019.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Andrée Mayer-Périard, directrice générale du Réseau réussite Montréal

La troisième année du secondaire serait particulièrement à risque de faire décrocher, souligne Mme Mayer-Périard. « Cela correspond au milieu de l’adolescence. Mais il y a d’autres moments à risque, comme la fin des vacances estivales, le congé de Noël et de la relâche qui constituent des interruptions de cours. La remise des bulletins est également un moment à risque, surtout le deuxième bulletin. Si l’enfant est en situation d’échec, il peut penser que peu importe les efforts consentis, il ne passera pas. »

Un évènement ponctuel

Mauvaises notes, difficultés d’apprentissage, intimidation, problèmes de santé mentale… Ce sont tous des éléments qui peuvent s’accumuler ou s’étirer dans le temps, et pousser le jeune à décrocher. Mais c’est souvent un évènement ponctuel qui vient précipiter la décision.

C’est ce qu’a observé la chercheuse Véronique Dupéré, professeure à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal, dans une récente étude. Cela peut être une peine d’amour, l’exclusion à un programme, l’isolement dû à une chicane entre amis, un déménagement, un changement d’école, des problèmes de santé ou une expulsion.

Chez les filles, c’est plus souvent causé par une détérioration des relations sociales et chez les garçons, par des conflits d’autorité, comme une dispute avec un professeur.

Véronique Dupéré, professeure à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal

Certains signes peuvent être repérés par les parents : un taux d’absentéisme élevé, des retards répétés, un désengagement envers les travaux, des difficultés scolaires et une attitude négative face à l’école, indique Annie Grand-Mourcel, vice-présidente du Réseau québécois pour la réussite éducative et directrice générale de Partenaires pour la réussite éducative dans les Laurentides.

« On connaît nos enfants, glisse-t-elle, et je pense qu’il faut se faire confiance, comme parents. Si notre enfant se replie, ne veut plus partager ses journées à l’école, qu’il a des maux de ventre, des maux de tête, une perte d’appétit, il faut ouvrir le dialogue. Il ne faut pas les lâcher ! »

Mme Mayer-Périard souligne que chez les filles, « les signes sont souvent moins visibles » et qu’il peut s’agir de « repli sur soi », alors que chez les garçons, « les signes sont plus visibles » et tournent souvent autour de « troubles de comportement ». « Ce qu’il faut surveiller, c’est tout changement de comportement significatif chez notre enfant », dit-elle.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Éric Dion, professeur au département d’éducation et de formations spécialisées de l’Université du Québec à Montréal, et Véronique Dupéré, professeure à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal

Un soutien constant

Pour Éric Dion, professeur au département d’éducation et de formations spécialisées de l’Université du Québec à Montréal, rien n’est gagné jusqu’au jour… de la remise des diplômes ! « Pendant tout le parcours du jeune, toutes sortes d’évènements peuvent survenir qui pourraient l’amener à décrocher, note-t-il. Ce n’est pas parce que ça s’est bien passé au primaire que ça va bien se dérouler au secondaire. Et ce n’est pas parce que notre enfant est un grand lecteur qu’un jour il ne sera pas un décrocheur ! »

C’est un effort de tous les jours pour un parent de mener un enfant jusqu’au dernier jour de son secondaire 5. Ça demande un soutien constant.

Éric Dion, professeur au département d’éducation et de formations spécialisées de l’Université du Québec à Montréal

En tant que parent, voilà une déclaration-choc : la responsabilité et la tâche sont immenses… « Il faut tenter de savoir et de comprendre ce qui passe à l’école et dans la vie de notre jeune, résume-t-il, et essayer de créer un contexte pour que notre jeune ait envie de nous parler. Il faut lui dire : “Je suis là et je vais t’aider à passer au travers.’’ »

En ce sens, il ne croit pas que le concept de « supervision » soit une bonne stratégie parentale : l’idée est de maintenir les canaux ouverts et d’accompagner, précise M. Dion. « L’attitude du parent peut faire une grosse différence. Il ne faut pas oublier que la décision de décrocher est souvent causée par quelque chose qui est dramatique du point de vue de l’adolescent… Cela peut être inconcevable dans notre point de vue d’adulte ! Les jeunes ont une perspective immédiate sur ce qu’ils vivent, de là la nécessité de rester à l’affût et connecté à ce qu’ils vivent. »