Alors que le festival Fierté Montréal bat son plein, des parents d’enfants qui s’identifient à la communauté LGBTQ+ s’ouvrent sur leur réalité. Chaque jour cette semaine, l’un d’eux raconte ce qu’il a appris du parcours de son enfant. Aujourd’hui, Mélissa Bourcier parle de sa fille transgenre, Leila.

Maude goyer collaboration spéciale

« Ce n’est pas que j’aime seulement les choses de fille ; je suis une fille. » Voilà ce qu’a déclaré Lucas à sa mère alors qu’il avait 7 ans. Même si elle n’a pas été surprise, Mélissa, technicienne en service de garde en milieu scolaire âgée de 39 ans, a encaissé un choc. « Elle est devenue Leila et en 24 heures, c’était réglé pour elle. Mais moi, dans ma tête, ça m’a pris un an pour faire le chemin. » Aujourd’hui âgée de 15 ans, Leila est une ado normale (qui utilise le pronom « elle »), avec un cercle d’amis, des projets et des rêves. Voici le regard que jette Mélissa sur son cheminement de parent d’une enfant transgenre.

Jugement

« Chaque parent a sa façon bien à lui de réagir. Il ne faut pas se juger. » De son propre aveu, Mélissa a pleuré « pendant un an » à la suite de l’annonce de sa fille. « Elle a fait sa transition sociale en un été, mais moi, j’ai fait un petit pas à la fois. J’ai évolué. Et j’ai décidé que ma réaction était valide. On peut se sentir frustré, comme parent, et c’est correct. On peut devenir super protecteur, et c’est correct. On peut faire de l’insomnie, et c’est correct aussi. Le cheminement est un tourbillon, et c’est normal de ressentir toutes sortes de choses. »

Attente

« Quand on est enceinte, on dit qu’on veut juste un bébé en santé, mais ce n’est pas tout à fait vrai… » Selon Mélissa, dès que l’on connaît le sexe du bébé, plein d’attentes liées au genre se mettent en place, chez les parents tout comme dans l’entourage. Et à travers ces attentes sont parfois véhiculés des stéréotypes ou des préjugés. « Par exemple, on s’attend à ce que notre garçon porte le nom de famille et assure la descendance. Ou encore, on demande aux enfants s’ils ont un ‟petit chum” ou une ‟petite blonde”, en assumant qu’ils sont hétérosexuels. J’ai eu une prise de conscience et désormais, je fais ma part pour faire preuve d’ouverture. »

Entourage

« Tous les parents d’enfants qui sont dans la diversité devraient être bien entourés. » Il y a bien sûr les amis et la famille… mais il y a aussi les groupes de parents sur Facebook et le soutien professionnel. Pour Mélissa, toutes ces ressources ont été cruciales. « Ce n’est pas le moment de googler des mots tout seul dans son salon ! À chaque moment de vie de ma fille, toutes ses premières fois en tant que fille, je pouvais en parler librement, sans me faire juger. J’allais valider mon parcours. Ça me faisait du bien de me faire dire : ‟Mélissa, tu es une bonne mère”… »

Courage

« Je suis fière de ma fille. Jamais je n’aurais pensé qu’une enfant pouvait avoir ce courage-là. » Mélissa devient très émue lorsqu’elle se met dans la peau de sa benjamine, et qu’elle réalise la somme de volonté et de force qu’elle a dû déployer pour devenir qui elle est. « Je la regarde et je vois qu’elle est bien. Elle s’accomplit et elle est épanouie. Et puis… je me dis que je lui ai donné cette place-là, pour avoir confiance en moi et en elle ! »