Les journées de canicule, bien des citadins rêvent de se rafraîchir dans une eau turquoise ou de se prélasser au bord d’une piscine. À Montréal, ce fantasme est plus réaliste dans certains quartiers que dans d’autres.

Clara Gepner
Clara Gepner La Presse
Khaoula Chehbouni
Khaoula Chehbouni La Presse

Selon l’analyse de La Presse, la ville de Montréal est dotée de 372 piscines (intérieures et extérieures), pataugeoires et jeux d’eau, mais ces installations ne sont pas réparties également entre les arrondissements. Anjou remporte la médaille d’or du classement des arrondissements avec 4,2 piscines, pataugeoires et jeux d’eau par tranche de 10 000 habitants. Saint-Laurent et Verdun suivent avec 3,6 installations par 10 000 habitants. En dernières places se trouvent les arrondissements de Pierrefonds-Roxboro et de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, avec 1,3 installation par 10 000 habitants.

La piscine permet de s’amuser malgré la COVID-19, croient les parents de Faten Benyahia et d’Adam Ahammad, des enfants de 8 et 11 ans qui profitaient de la piscine Chénier à Anjou, la semaine dernière.

« C’est un moyen de distraction pour les enfants. On n’est pas partis en vacances, mais au moins, ma fille peut s’amuser avec ses amis », raconte Mouna Benyahia. Entre deux sauts dans l’eau, Mohamad Ahammad explique que « c’est un loisir pour les enfants, surtout en cette période de coronavirus ». « On voulait louer un chalet à l’extérieur, mais on a eu des difficultés, donc la seule issue pour nous, c’est les piscines de quartier. »

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Mouna Benyahia et sa fille Faten, à la piscine du parc Chénier à Anjou

Comment expliquer la disparité entre les arrondissements ? D’abord, par la densité de la population. Les quartiers les plus denses, comme Le Plateau-Mont-Royal, ont moins d’installations par 10 000 habitants que ceux qui le sont moins, comme Anjou. Il est vrai qu’avant de creuser une piscine, il faut s’assurer d’avoir un espace vacant.

Autre exemple, Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce a une forte densité de population et se trouve en avant-dernière place pour les taux d’installations par 10 000 habitants. « L’arrondissement a pris la décision de maximiser ses efforts dans la mise en place de jeux d’eau, indique Sophie Paquet, chargée de communication à Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce. Ceux-ci ne nécessitent pas de personnel, ce qui nous permet de les laisser ouverts plus tard, surtout quand il y a de grandes chaleurs. »

Pierrefonds-Roxboro, un des quartiers les moins denses de Montréal – et néanmoins le moins choyé en installations d’eau –, se distingue de cette tendance. Selon Marie-Pier Cloutier, chargée de communication à Pierrefonds-Roxboro, cet arrondissement a récemment « déployé énormément d’efforts et de ressources afin de bonifier ses services à la population ».

« Les piscines et les pataugeoires de Pierrefonds-Roxboro étaient principalement communautaires » et non municipales dans le passé, mais l’arrondissement a repris deux piscines en moins de 10 ans, selon Marie-Pier Cloutier. Bonne nouvelle pour les amateurs de baignade : Pierrefonds-Roxboro prévoit ajouter des installations telles qu’un nouveau complexe aquatique et des jeux d’eau au cours des prochaines années.

Effet de refroidissement

Dans un contexte de changements climatiques et de vagues de chaleur plus nombreuses, l’importance des points de rafraîchissement tels que les piscines, pataugeoires et jeux d’eau grandit.

La plupart des gens dans les quartiers centraux de Montréal n’ont pas de piscine ni de cour arrière, donc l’accès à l’eau est important en période estivale pour avoir un répit de la chaleur.

David Kaiser, chef médical à la Direction régionale la santé publique de Montréal

« Nous vivons une chaleur sans précédent dans les villes. Les changements climatiques créent des conditions insalubres qui peuvent avoir un impact sur la qualité de vie et peuvent même provoquer la mort », indique Luna Khirfan, professeure d’urbanisme à l’Université de Waterloo. « Avoir des éléments aquatiques dans les villes est donc très important pour leur effet de refroidissement. En combinaison avec des infrastructures vertes [les parcs], ils créent des microclimats plus doux et très agréables. »

À Anjou, les piscines et pataugeoires sont une priorité pour cette raison. « Il y a de plus en plus de canicules, donc les familles ont besoin de se rafraîchir », fait valoir Chantal Massy, agente de développement à Anjou. « Les piscines sont très utilisées par tous nos citoyens. Ils sont très avantagés et nous avons la capacité idéale pour eux. »

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

La jeune Faten Benyahia fréquente la piscine du parc Chénier à Anjou.

De son côté, David Kaiser explique que la pandémie a montré que « quand les gens restent à Montréal, on peut arriver au bout de nos capacités actuelles dans les parcs et les piscines ». « Je pense que dans une perspective d’adaptation aux changements climatiques, on doit réfléchir à la capacité » de celles-ci.

La pandémie a aussi mis en lumière l’importance des piscines pour le moral de la population. « On sait que l’accès aux parcs est important pour la santé mentale, donc on pourrait penser que l’accès à l’eau serait aussi important », avance David Kaiser.

L’importance de savoir nager

Selon Marie-Pier Cloutier, Pierrefonds-Roxboro privilégie le développement des jeux d’eau parce que ceux-ci peuvent rester ouverts plus longtemps « en temps de canicule » et « ne nécessitent pas une surveillance comme les pataugeoires ».

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

La petite Sarah Girardet profite des jeux d’eau du parc Gilles-Lefebvre, dans le Plateau-Mont-Royal.

Malgré les avantages des jeux d’eau, Raynald Hawkins, directeur général de la Société de sauvetage, pense qu’« il n’y a jamais assez de lieux de baignade où il est possible de nager, et d’apprendre à nager. Si l’ensemble des municipalités se limitait seulement aux jeux d’eau, juste pour atteindre leurs objectifs de zones de rafraîchissement, les enfants et adultes n’auraient pas de place pour apprendre à nager et on aurait des incidences sur le nombre de décès liés à l’eau ».

M. Hawkins fait aussi valoir que les bienfaits de la natation pour la santé physique sont multiples.

On est dans la mouvance du retour de la mise en forme des gens, et justement, le fait de pouvoir nager des longueurs a des bienfaits sur la santé physique.

Raynald Hawkins, directeur général de la Société de sauvetage

Selon Luna Khirfan, les installations d’eau sont essentielles pour la santé publique parce qu’elles refroidissent la ville et « créent un microclimat très confortable pour le corps humain. Nous voulons que les gens sortent, donc nous devons concevoir des espaces urbains confortables ».

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Laurie Paré se rafraîchit au parc du Quai-de-la-Tortue, à Verdun.

Elle fait aussi valoir que celles-ci sont importantes pour réduire l’impact des vagues de chaleur, « mais nous devons être attentifs à ce qu’elles soient dans les quartiers qui en ont le plus besoin ». Selon Luna Khirfan, « les quartiers aisés où les gens ont leur propre climatisation ou leurs propres piscines » ont moins besoin d’installations publiques que d’autres zones prioritaires. « Nous avons certainement besoin de plus de points d’eau, mais nous devons faire des études sur l’endroit où nous devrions les mettre. »