L’été est souvent synonyme de vacances et de nouvelles expériences. Pour certains, c’est aussi une source de remise en question et de transformation. La Presse a discuté avec cinq personnes dont la vie a pris une nouvelle direction au cours de la belle saison.

Samuel Larochelle
Samuel Larochelle Collaboration spéciale

Pour une semaine… ou pour la vie

PHOTO FOURNIE PAR MARIE LYONNAIS

Jean-François Belzile et Marie Lyonnais sont tombés amoureux de la rivière Saint-Maurice.

Au départ, cela ne devait durer qu’une semaine. En août 2020, Marie Lyonnais et Jean-François Belzile ont eu envie de découvrir le parc national de la Mauricie, une région qu’ils ne connaissaient pas. « On voulait passer quelques jours à faire de la randonnée et du vélo, se souvient Mme Lyonnais. C’était sur le bord de la rivière Saint-Maurice. On trouvait ça magnifique. » Peu après, ils ont fait une visite historique de Shawinigan en autobus et une autre sur un ponton, avant de rouler dans les rues de la municipalité. « Sur la grande promenade au bord de la rivière, on a vu une maison à vendre. Tout de suite, on a cherché les coordonnées du vendeur et on a pris rendez-vous pour le lendemain. » Entre-temps, ils ont continué leur randonnée dans un parc et ils sont tombés sur un concert d’instruments à cordes face à la rivière. « C’était d’une telle beauté ! » Vous imaginez bien la suite : ils y sont déménagés. « Ce n’était pas prévu du tout. On pensait quitter la ville à la retraite, dans environ six ans. Mais on a eu le coup de foudre pour la région et la maison. On n’a qu’à traverser la rue et à descendre un escalier pour avoir accès à l’eau. Il y a plein de petits restos à quelques minutes. On a le meilleur des deux mondes. »

Se trouver… à l’étranger

PHOTO FOURNIE PAR MARIE-MILLIE DESSUREAULT

Marie-Millie Dessureault a vécu un séjour qui l'a marquée au Mexique.

Se décrivant comme une adolescente affirmée mais coincée, Marie-Millie Dessureault a profité d’un séjour linguistique au Mexique, à l’été 2008, pour laisser éclore son identité, au début de la vingtaine. Pourtant, rien ne le laissait présager. « La veille du départ, je trouvais que c’était la pire idée du monde. En arrivant là-bas, la chaleur m’a happée comme une porte de four et j’ai attrapé la tourista. » Les jours suivants, rien ne s’est amélioré. « Je me perdais partout. J’étais sur les nerfs pendant une semaine. Puis, j’ai commencé à trouver mes repères. » Elle a surtout commencé... à danser. « Je dansais la salsa plus de quatre heures par semaine. Je me suis laissée aller là-dedans ! » Elle a aussi dit adieu à sa montre. « Le temps n’était plus important. Je me fichais de ce que les autres pensaient. J’ai commencé à explorer et à débarquer de l’autobus n’importe où pour découvrir les endroits. J’étais juste bien. Je découvrais qui j’étais et je réalisais que je pouvais être le fun, seule et avec les gens. » Son voyage devait durer cinq semaines, elle en a ajouté quatre de plus. « J’avais tellement de plaisir à suivre mes envies. J’étais très proche de ma famille d’accueil : je les appelais mes parents, mon frère et ma sœur. Si l’université ne recommençait pas au Québec, je ne sais pas si je serais revenue. J’ai pleuré tout le long du vol de retour. Mais en rentrant, je me sentais moins plate. Moins straight qu’avant. »

Tout recommencer

PHOTO FOURNIE PAR GUILLAUME MOFFET

Guillaume Moffet a déménagé à Toronto... pour le mieux.

Une rupture, une perte d’emploi et un changement de province, le même été : c’est ce qu’a vécu Guillaume Moffet en 2012, lorsqu’il était rédacteur en chef du Voir Ottawa-Gatineau. Tout a commencé par la fermeture des Voir dans certaines régions du Québec, les licenciements à Ottawa et une transition en télétravail qui annonçait la fin. « En parallèle, mon premier amoureux est parti pour Vancouver. J’avais le cœur brisé. Je me suis retrouvé célibataire et sur le point de ne plus avoir de travail. » Étant donné que les emplois dans les médias étaient rares à Ottawa, il a postulé pour un travail à Toronto. « J’ai eu la chance de passer ma première entrevue et d’avoir la confirmation que j’avais l’emploi assez rapidement, mais j’ai quand même été plongé dans un branle-bas de combat. Je devais changer de vie. » Le 23 juillet, jour de son anniversaire, il a rempli sa voiture pour déménager dans la Ville Reine. « J’avais beaucoup d’excitation et d’appréhension. Je craignais que Toronto soit trop grand pour moi et j’avais peur d’échouer au travail et dans ma nouvelle vie. J’avais peur de me retrouver seul, sans repères et sans amis. » Finalement, le positif l’a emporté sur le négatif. « C’est libérateur de recommencer à zéro, de se recréer et de ne plus avoir d’attentes. »

Partir en famille

PHOTO FOURNIE PAR LAURA DAGENAIS

Laura Dagenais, Jonathan Déziel et leurs deux filles, Julianne et Lyvia, se sont créé une nouvelle vie à Cochrane, dans la grande région de Calgary.

Il y a trois ans, en plein été, Laura Dagenais et son mari, Jonathan Déziel, ont réalisé un vieux rêve en commençant une nouvelle vie dans l’Ouest canadien avec leurs deux filles. « Jonathan avait séjourné en Alberta en 2009 pour apprendre l’anglais et il était tombé amoureux du mode de vie des gens et des montagnes, explique Laura. Il a toujours voulu revenir. » Son souhait a été exaucé en 2018 lorsque son employeur québécois lui a offert un poste dans la grande région de Calgary. « Quand l’occasion professionnelle est apparue, on a décidé de se lancer. On voulait vivre l’aventure et permettre à nos enfants de développer leur bilinguisme. » Si la distance séparant le quatuor de leurs familles et de leurs amis continue d’être un défi, son nouvel environnement de vie compense de plusieurs façons. « La nature est super proche de notre maison. Les montagnes sont à côté. Les gens adorent le plein air. On vit un grand bonheur de goûter à une vie plus calme et très axée sur la famille. » Établie dans la ville de Cochrane, la famille se mêle à d’autres personnes venues d’ailleurs. « Autour de nous, on trouve beaucoup de gens venus d’autres pays et d’autres provinces. Tout le monde a envie de se connaître, de se voisiner et de s’entraider. Il y a un bel esprit de communauté. On s’est créé une deuxième famille. »

Écouter son instinct

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Samuel Boulianne a vécu une belle expérience au Lac-Saint-Jean.

À l’été 2020, Samuel Boulianne est parti travailler à une ferme au Lac-Saint-Jean durant deux mois avec un garçon qu’il avait rencontré... trois semaines plus tôt. « Initialement, je n’avais personne dans ma vie. Puis, je l’ai rencontré. Il a offert de remplacer une employée de la ferme qui s’était blessée. J’ai hésité un moment : ça faisait quand même juste 21 jours qu’on se connaissait. » Et Samuel n’avait aucune expérience de cohabitation avec un conjoint. « Je n’avais jamais osé faire ça. Je pensais que ça menait inévitablement à la catastrophe. Pourtant, une petite voix m’a conseillé d’essayer et de voir qui j’étais dans un contexte de couple qui vit dans le même espace, 24 heures sur 24, et qui travaille ensemble. » S’il a aimé le travail sur la ferme et la proximité de la nature, il a surtout découvert un élément majeur à son sujet. « Je voulais tellement que ça fonctionne et j’avais si peur qu’on soit pris ensemble à se haïr que j’essayais d’arranger les choses rapidement, parfois aux dépens de mes croyances et de mes pensées. J’ai appris cet été-là que je n’exprimais pas assez mes limites. Je tends vers ça depuis. » La relation s’est terminée en décembre, mais pas ses apprentissages. « J’ai appris à ne pas minimiser les drapeaux rouges. Quand je les vois, je m’en occupe. J’essaie de faire confiance à mes perceptions et d’écouter mon instinct. »