Si, en début de pandémie, les adolescents ont fait le plein de sommeil en dormant plus tard le matin, ils sont toujours environ un tiers à dormir moins que les 8 à 10 heures recommandées par la Société canadienne de pédiatrie. À la veille du passage à l’heure avancée, faisons le point sur ce qui nuit à la qualité de leur sommeil.

maude Goyer
Collaboration spéciale

Selon l’Enquête québécoise des jeunes du secondaire de l’Institut de la statistique du Québec, dont les résultats ont été publiés il y a trois ans, le tiers des garçons et des filles âgés de 12 à 16 ans ne dormaient pas suffisamment.

Ce chiffre a peu bougé, selon le DRichard Bélanger, pédiatre et médecin de l’adolescence au CHU Québec-Université Laval. « En fait, en début de pandémie, c’est plutôt l’inverse qui s’est produit, les jeunes ont dormi davantage, dit-il. Ils n’avaient pas d’école ou faisaient l’école à la maison, et même s’ils se sont couchés plus tard, ils se sont aussi levés plus tard. »

Une étude du Centre de recherche Douglas de l’Université McGill réalisée en mai et juin 2020 démontre que les adolescents ont récupéré près de deux heures de sommeil par jour grâce à la flexibilité de leur horaire au début de la crise de la COVID-19.

Toutefois, chez les adolescents qui éprouvaient déjà, avant la pandémie, des difficultés à dormir, les problèmes se sont aggravés. « C’est un défi qui est plus présent puisqu’ils bénéficient de moins de structure, en général, dans leur vie », explique le DBélanger, qui rappelle que les ados doivent viser, grosso modo, des nuits de neuf heures.

C’est ce qui est arrivé à Justin, 15 ans, élève de troisième secondaire de Montréal atteint d’un trouble du déficit de l’attention. « Il a toujours eu de la difficulté à s’endormir en plus de faire de l’insomnie, raconte sa mère Mélanie*. Au début de la pandémie, il a été pris dans un cercle de dépendance aux réseaux sociaux... Il se réveillait la nuit pour consulter son téléphone ! Cela a évidemment empiré ses problèmes de sommeil. »

Même si cet épisode est maintenant derrière lui, Justin a encore des nuits courtes et interrompues, confie sa mère. « Nous avons consulté et pour le moment, il ne prend pas de médicament... mais nous ne l’excluons pas », avoue-t-elle.

Encadrer le sommeil de son ado

PHOTO LEAH NASH, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES

Les 6 à 17 ans passent 10 heures par semaine en moyenne sur le web, ce qui représente une hausse de 15 % en un an.

Anxiété, problème de concentration, perte de motivation, lassitude... L’état de fatigue chez les adolescents peut mener au décrochage scolaire, à une hausse des idées suicidaires et à la dépression. C’est ce qu’a étudié Nafissa Ismail, professeure agrégée à l’École de psychologie et titulaire de la Chaire de recherche de l’Université d’Ottawa sur le stress et la santé mentale dans une recherche dont les résultats viennent d’être publiés dans la revue Behavioral Brain Research.

« Nos résultats démontrent que les problèmes de sommeil, particulièrement les retards d’endormissement, peuvent augmenter le risque de dépression chez les garçons et chez les filles », souligne-t-elle en rappelant à quel point le sommeil est crucial pour ces jeunes dont le cerveau « est immature et se remodélise et se réorganise ».

À l’instar de Mélanie, les parents d’adolescents ont intérêt à encadrer le sommeil de leurs enfants, surtout en temps de pandémie, où l’utilisation des écrans a augmenté. Plusieurs études soulignent cette tendance, dont l’enquête de NETendances, qui a présenté ses résultats le mois dernier : 76 % des 6 à 17 ans consacrent plus d’heures à naviguer sur l’internet. Ces jeunes passent 10 heures par semaine en moyenne sur le web, ce qui représente une hausse de 15 % en un an.

L’un des éléments les plus importants, selon le DBélanger, est d’éviter l’exposition aux écrans une heure avant de s’endormir.

On le sait que la lumière bleue nuit à la production de la mélatonine. Je ne dis pas qu’il faut couper complètement les écrans : les enfants sont des bibittes sociales et ils ont besoin de leurs amis et d’interactions.

Le DRichard Bélanger

« Ça fait partie de leur développement. Nous sommes dans une période où il faut ménager la chèvre et le chou », ajoute-t-il.

L’importance de la routine

Parmi les autres éléments essentiels pour établir un cadre favorable au sommeil : une pièce où il ne fait pas trop chaud, sans trop de bruits ni de lumière. « Si le jeune passe sa journée sur son lit dans sa chambre à suivre ses cours en ligne ou à jouer à des jeux vidéo, il est possible que ça soit plus difficile de s’y endormir la nuit », précise le DBélanger.

Une routine constante, où les heures de lever et de coucher sont similaires d’un jour à l’autre, peut aussi favoriser un bon sommeil.

À quel moment faut-il s’inquiéter et penser à consulter ? Si notre jeune n’est pas en mesure d’exploiter ses capacités comme à l’habitude, avance le DBélanger. « S’il ne fonctionne pas, qu’il s’isole ou est irritable, si ses notes chutent ou qu’il est plus triste, déprimé ou anxieux, il faut en parler. Le sommeil est un élément, mais cela peut cacher autre chose. »

* Mélanie a demandé de taire son nom de famille et celui de son fils pour éviter qu’il soit stigmatisé.