Les célibataires sont encore nombreux à utiliser des applications de rencontre, mais depuis les huit derniers mois ils doivent faire preuve de créativité dans leurs fréquentations en raison de la pandémie. Les cafés et restaurants – lieux privilégiés des premières rencontres – étant fermés, ils optaient jusqu’à tout récemment pour les parcs. Mais la situation sanitaire qui se détériore et l’hiver qui s’amène auront-ils raison de ceux qui cherchent l’amour ?

Jessica Beauplat
La Presse Canadienne

« Pandémie ou non, le désir de trouver un partenaire demeure présent », répond la sexologue Laurence Desjardins. Elle explique qu’avec les occasions de socialiser qui se font plus rares, les gens n’ont plus autant de moyens de se distraire, ce qui pourrait expliquer l’angoisse que certains ressentent à l’idée de ne pas éventuellement se trouver un partenaire.

« Je ne m’empêcherais pas d’être en relation jusqu’en 2022 », confie Lucie qui préfère taire son nom de famille pour préserver son image publique. « J’ai 60 ans, à mon âge il y a une sorte d’urgence dans la mesure où je me dis que si je ne suis pas en couple là, je ne le serai probablement pas à 65 ans. »

Pour l’instant elle a délaissé les applications de rencontre, mais Elizabeth Massicolli, 29 ans, partage son avis. « Est-ce que je devrais m’empêcher d’être en relation pour les deux prochaines années ? Je ne pense pas, non », affirme-t-elle.

Mme Massicolli admet toutefois qu’il faut être prudent et qu’elle n’a eu que trois rendez-vous depuis le printemps.

La crise globale a changé la donne

Dominique Sacy, 27 ans, a connu une variété d’expériences plus ou moins fructueuses sur la plateforme Tinder.

S’il n’aime pas spécialement les applications en ligne c’est aussi parce qu’il trouve cela plus simple de rencontrer une personne, et d’apprendre à bien la connaître de façon naturelle, voire spontanée. Il avoue également qu’en temps de crise sanitaire, avoir un rendez-vous galant à l’extérieur quand le mercure chute : ça refroidit l’ambiance.

Même s’il a aussi choisi de s’éloigner des plateformes de rencontre pour le moment, a-t-il rencontré dans les semaines précédentes une fille qui a exigé un test de dépistage à la COVID-19 avant de le voir ? « Non, répond-il en riant. Les gens n’étaient pas nécessairement plus craintifs. C’est sûr qu’au début on respectait la distanciation physique. »

La crise globale a changé la donne, selon Mme Massicolli. L’avantage c’est que « la communication s’établit dès le début », dit-elle.

Puisque chaque contact peut avoir une incidence réelle dans la vie de l’autre personne, il faut être transparent et cela laisse place à des conversations plus humaines et plus profondes, explique la jeune femme.

« Tu dis des choses que tu ne dirais pas quand tu rencontres quelqu’un pour la première fois comme : j’ai vu ma mère il y a quatre jours », poursuit-elle.

Le sujet de l’exclusivité vient aussi plus rapidement sur la table, « c’est le genre de discussion que tu abordes normalement après deux ou trois mois », fait-elle remarquer.

M. Sacy estime que les applications de rencontre ont profondément transformé les relations sociales, mais se désole de ce qu’il appelle « l’effet Tinder ».

« Tu peut-être très intéressé au début, mais ce sentiment s’évapore rapidement », parce que l’application offre un vaste choix de candidats et candidates, explique-t-il.

En ce sens, faire des rencontres à l’ère de la pandémie pourrait avoir de bons côtés, explique la psychologue Jocelyne Bounader, « les gens se limitent et voient moins de personnes à la fois. Ils prennent davantage leur temps pour voir s’ils sont compatibles ».

Elle ajoute que cela peut amener les relations à gagner en qualité, plutôt que de miser sur le nombre de fréquentations potentielles.

Apprivoiser la vidéo

Une rencontre vidéo est un autre élément quasi incontournable. « C’est étrange au début, reconnaît Mme Massicolli, mais avec un verre de vin ça aide à briser la glace. »

« C’est vraiment spécial parce que quand ça clique, ça clique » écran interposé ou pas, ajoute-t-elle.

Elle croit que c’est une habitude qu’elle va garder parce que les conversations vidéo, surtout si elles s’échelonnent sur plusieurs semaines, permettent de bien cerner les gens.

C’est ce qui pourrait expliquer la hausse de 70 % qu’a connu la fonction d’appel vidéo de l’application Bumble de la mi-mars à la première semaine de mai, selon les chiffres qu’avance la directrice du marketing, Meredith Gillies.

Chose certaine, c’est une période « très difficile pour les célibataires » et le temps peut leur paraître plus long, affirme Mme Desjardins. Elle est d’avis que plusieurs utilisent les applications de rencontre pour tromper l’ennui ou comme moyen de créer des contacts humains, bien que virtuels.

La sexologue observe aussi que certaines personnes sont si préoccupées par tout ce qui se passe dans l’actualité qu’elles n’ont pas envie de faire des rencontres en ce moment.

D’autres se demandent s’ils devraient mettre leur vie amoureuse « sur pause » ou s’ils vont vraiment rencontrer quelqu’un. « Ce sont des questions qui n’ont pas de réponses toutes faites, reconnaît-elle, parce que la situation sanitaire évolue au quotidien et qu’il y a encore une part d’incertitude. »

Trouver l’amour (pour vrai) en pleine pandémie

Gabrielle Fyfe, 23 ans, a été plus chanceuse en ce qui concerne les applications mobiles. Depuis six mois elle fréquente un jeune homme qu’elle a rencontré en ligne, un ancien camarade que le hasard des algorithmes a mis sur son chemin.

Elle a commencé à échanger avec lui la première semaine d’avril. Elle préfère normalement rencontrer la personne rapidement pour se faire une idée, mais confinement oblige, elle a continué de lui écrire pendant plusieurs semaines.

Puis, ils écoutent la finale d’une télé-réalité ensemble sur FaceTime. Ils se plongent ensuite dans les cinq saisons de la série en rafale.

Tout ça ne serait jamais arrivé si Gabrielle avait jonglé avec ses études, un travail à temps partiel et ses activités à titre de présidente de son association universitaire comme elle le fait habituellement.

« J’ai une vie sociale active. C’était quelque chose que je me faisais reprocher dans mon ancienne relation », dit-elle.

Depuis les derniers mois, elle a plus de temps à investir dans son couple même si elle a repris ses études. Il faut dire que la province est encore au ralenti avec les mesures pour contenir le virus.