Fin octobre, Seth Rogen et Evan Goldberg, deux figures bien connues du cinéma américain, ont rencontré virtuellement les médias canadiens afin de présenter les nouvelles boissons au cannabis de leur entreprise Houseplant, lancées au Québec il y a quelques mois. Est-ce que les consommateurs de cannabis adopteront cette nouvelle catégorie de produits encore méconnue ?

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

Depuis le printemps dernier, les boissons infusées au cannabis sont désormais légales sur le marché québécois et vendues à la Société québécoise du cannabis (SQDC). L’offre est encore assez restreinte. Certaines proposent une plus grande concentration en CBD, d’autres en THC, et se présentent généralement sous la forme d’eaux gazéifiées aromatisées, comme celles de Houseplant, mais aussi d’infusions.

Originaires de Vancouver, les deux amis se sont fait connaître avec des films comme Superbad, This the end ou Pineapple Express, une comédie devenue culte chez les amateurs d’herbe. Rogen n’a jamais caché son amour du cannabis. « La marijuana fait partie intégrante de notre vie quotidienne depuis 20 ans. J’ai toujours été très passionné par ce sujet et j’ai travaillé à faire disparaître la stigmatisation autour de cette substance. »

Le duo met beaucoup d’espoir dans le plus récent lancement de son entreprise Houseplant, des boissons pétillantes infusées de cannabis sativa, au parfum de pamplemousse ou de citron. « Les eaux gazeuses sont déjà un produit que les gens connaissent bien et apprécient. Nous voulons vraiment proposer des saveurs accessibles, que les gens connaissent », note Evan Goldberg.

Selon Haneen Davies, directrice commerciale pour Houseplant, leurs boissons sont leader dans leur catégorie au pays, avec environ 20 % des parts du marché. Si l’entreprise ne détient pas de chiffres spécifiques pour le marché québécois, cette dernière affirme que le produit a été accueilli chaleureusement depuis son arrivée à la SQDC. « Le Québec est un marché majeur pour nous, non seulement pour les boissons, mais également pour les fleurs séchées. »

Une catégorie encore marginale

PHOTO MARTIN OUELLET-DIOTTE, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Selon la SQDC, la fleur séchée est de loin la catégorie de produits la plus populaire, accaparant plus de 95 % des ventes.

Cette nouvelle catégorie de produits ne semble pas pour l’instant connaître une forte popularité auprès des consommateurs québécois. Si la SQDC refuse de fournir des chiffres exacts, Fabrice Giguère, porte-parole, a indiqué à La Presse que « la fleur séchée reste la catégorie de produits la plus populaire et que la section des dérivés, qui inclut les boissons prêtes à boire, représente environ moins de 5 % des ventes ».

Michael Armstrong, professeur associé en recherche opérationnelle à la Goodman School of Business de l’Université Brock, en Ontario, s’intéresse de près au marché du cannabis au Canada depuis la légalisation. Selon lui, ces nouveaux produits peuvent être intéressants, parce qu’ils sont « différents et que l’industrie n’a pas à être en compétition avec le marché noir pour ce qui est du prix ».

Par contre, il constate certains freins nuisant à l’adoption du produit : le fait, justement, que les consommateurs ne connaissent pas bien les boissons infusées au cannabis, mais aussi leur prix plus élevé. « C’est un produit transformé, donc il est nécessairement plus cher. Il est assez difficile à produire ; les compagnies doivent avoir recours à la nanotechnologie puisque le THC ne se dissout pas naturellement dans l’eau comme il le fait dans l’huile », détaille-t-il.

PHOTO FOURNIE PAR HOUSEPLANT

Un des deux parfums de boissons infusées au cannabis sativa de Houseplant

Cela dit, Houseplant croit fermement que ces boissons se tailleront une place de choix dans les habitudes des consommateurs. « Autant les gens très expérimentés avec le cannabis aiment le produit, car c’est une toute nouvelle façon de consommer, que ceux qui ont toujours voulu essayer, mais n’ont jamais trouvé un point d’entrée. C’est aussi un très bon produit pour ceux qui font attention à leur santé, car nos boissons ne contiennent pas de sucre, peu de calories et ne vous donneront jamais de gueule de bois », lance en riant Seth Rogen.

Des effets plus rapides ?

Les boissons infusées au cannabis auraient aussi l’avantage de faire effet plus rapidement, pouvant séduire ceux qui n’aiment pas inhaler de la fumée et qui ne sont pas friands des produits ingérés comme les huiles ou les capsules, réputés pour prendre davantage de temps à faire effet.

Professeure en génie des bioressources à la faculté des sciences de l’agriculture et de l’environnement de l’Université McGill, la docteure Valérie Orsat relève « qu’il est vrai que certaines molécules présentes dans le cannabis peuvent bien passer au travers de la paroi buccale et de ce fait même être rapidement absorbées », citant notamment une étude menée en Californie qui conclut que les extraits de cannabis administrés de façon buccale peuvent représenter une façon « efficace et sécuritaire » de consommer la substance.

Il y a quelques années, Karine Cyr a découvert l’huile de CBD, qui l’a énormément aidée avec son insomnie. Elle a lancé il y a deux ans une communauté autour du cannabis consacrée aux femmes, Des fleurs ma chère, afin de diffuser informations et impressions sur le cannabis. Environ 2000 personnes font partie du groupe privé sur Facebook.

Elle a elle-même testé plusieurs boissons infusées au cannabis — prévalentes en THC ou en CBD — depuis leur sortie sur le marché et se dit une utilisatrice assez régulière. Elle constate, ainsi que plusieurs membres de sa communauté qu’elle a sondés, que leurs effets sont plus rapides et durent généralement moins longtemps. « C’est plus facile à consommer et ça ajoute quelque chose de fun, mais j’avoue qu’il y a un côté festif à partager une boisson, ce qu’on ne peut pas expérimenter en ce moment », remarque-t-elle.

Cela dit, elle croit que ce type de produit s’adresse davantage aux nouveaux consommateurs ou aux gens qui, comme elle, ont une faible tolérance au THC. Effectivement, ajoute la Dre Orsat, la dose présente dans la boisson aura aussi de l’importance dans l’effet perçu par le consommateur. La plupart des boissons à base de THC offrent des doses de 2 mg ou 5 mg par portion, alors que la limite de la réglementation canadienne est de 10 mg.

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