C’est un scénario typique de film d’horreur. La fille qui sort dehors de chez elle la nuit… même si son voisin a tué 24 personnes. « Niaiseuse ! Mais pourquoi tu fais ça ? » Jamais le téléspectateur ne l’aurait faite, cette marche en pleine nuit, note Marie-France Marin, professeure en psychologie à l’UQAM.

Catherine Handfield Catherine Handfield
La Presse

C’est ce que les films d’horreur permettent : flirter avec le danger bien au chaud dans son salon, dans un contexte totalement sûr. « Et c’est une dichotomie intéressante pour le cerveau », note Marie-France Marin, qui s’intéresse au stress et à la peur dans ses recherches. Parce que c’est enivrant, dit-elle, flirter avec la peur.

Nous avons demandé à Marie-France Marin de nous parler des bienfaits et des méfaits des films d’horreur. Ceux qui s’attendent à lire que les films d’horreur rendent fous seront déçus : ce n’est pas le cas. Au contraire, ça peut même avoir du bon. Mais oui, convient Mme Marin, les films d’horreur peuvent aussi être du gaz pour les cerveaux anxieux, notamment ceux des jeunes.

Mais commençons par le positif.

Quand on regarde un film d’horreur, une réponse de peur est engendrée. Notre rythme cardiaque s’accélère, nos mains deviennent moites, on a une poussée d’adrénaline. Et quand le gros du suspense est terminé, que le héros est enfin en sécurité, une sensation de bien-être nous envahit. « Ces changements physiologiques, pour l’organisme, c’est comme un mécanisme de récompense », résume Marie-France Marin.

Les films d’horreur ont aussi l’avantage de capter toute l’attention du téléspectateur, ajoute-t-elle. Comme le cerveau perçoit une menace, il ne se laissera pas distraire par Candy Crush ou par cette liste d’épicerie qu’on doit faire.

PHOTO EMILIE TOURNEVACHE, FOURNIE PAR MARIE-FRANCE MARIN

Marie-France Marin, professeure au département de psychologie à l’UQAM et chercheuse au Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal

Je pense que c’est pour ça qu’il y a des gens qui aiment beaucoup les films d’horreur : ça leur permet d’être dans le ici et maintenant, de mettre le cerveau à off des autres soucis du quotidien.

Marie-France Marin, professeure au département de psychologie à l’UQAM

Les films d’horreur auront tendance à plaire aux gens à la recherche de sensations fortes, des gens que l’adrénaline ramène à des expériences positives, note Marie-France Marin. C’est souvent à l’adolescence, période où on aime tester les limites, que les gens accrochent à ce style cinématographique, souligne-t-elle. « Si le film d’horreur fait vivre à l’adolescent des sensations différentes et qu’il aime ça, pourquoi pas ? »

Films d’horreur et anxiété

Mais ressentir des montées d’adrénaline n’est pas plaisant pour tous. Chez les gens anxieux, ça peut les ramener à comment ils se sentent justement quand ils sont anxieux. « Le cœur qui débat, la respiration courte ; ils ne veulent pas retourner là-dedans », résume Marie-France Marin.

Est-ce qu’à long terme, ça peut engendrer des effets négatifs chez eux ? Difficile à dire, parce que les gens qui n’aiment pas les films d’horreur ne vont pas se forcer à en regarder, souligne-t-elle. Depuis que vous avez vu Psychose, vous avez peur de vous faire surprendre par un meurtrier sanguinaire chaque fois que vous allez dans la douche ? Vous ne regarderez plus ce genre de film et ça finit là.

Chez les jeunes, cependant, surtout s’ils ont un tempérament anxieux, les parents auraient avantage à être à l’écoute de leurs signaux. Dorment-ils bien ? Sursautent-ils facilement ? Les adolescents auront peut-être plus tendance à minimiser les répercussions des films d’horreur sur eux, note Marie-France Marin. Il faut aussi s’assurer, dit-elle, que les jeunes écoutent des films diversifiés (pas juste de l’horreur) et adaptés à leur âge. « Si on a un jeune très anxieux à la base, qui est stressé par la pandémie, ce n’est peut-être pas le bon moment de dire : “À l’Halloween, on va regarder un film d’horreur”. »

Il y a des jeunes qui se sentent détendus après avoir regardé un film d’horreur, note Sophie Leroux, psychologue au CHU Sainte-Justine et auteure du livre Aider l’enfant anxieux. L’adrénaline, dit-elle, peut être positive quand elle est suivie d’endorphines. Mais pour d’autres jeunes, les films d’horreur risquent au contraire de nourrir l’anxiété et les parents de ces derniers devraient être attentifs à cela, estime Mme Leroux, et encore plus dans des périodes propices à l’anxiété, comme celle que nous traversons avec la pandémie de la COVID-19.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Sophie Leroux, psychologue au CHU Sainte-Justine

Beaucoup de jeunes disent : “Non, mais j’adore ça [les films d’horreur], ça me fait du bien”. Mais moi, je les ai en thérapie, après. Et souvent, ils me disent qu’il est vrai qu’ils n’ont pas bien dormi après avoir regardé leur film, ou qu’ils ont eu des flash-back par la suite.

Sophie Leroux, psychologue au CHU Sainte-Justine

Sans être trop restrictif, tout en considérant le tempérament et l’âge de l’enfant, on peut leur permettre d’en regarder, mais avec un certain encadrement sur le type de film et la fréquence de visionnement, conseille Sophie Leroux. « Mais si le jeune ne le demande pas, ce n’est pas quelque chose que je proposerais, surtout pas chez les moins de 7 ans, parce qu’ils n’ont pas encore la capacité à bien distinguer le réel de la fiction », conclut-elle.