Dans la région de Chaudière-Appalaches, aux portes du Bas-Saint-Laurent, des élèves du primaire apprennent la science et discutent d’environnement, autour d’une parcelle de terre qui leur a été confiée. Participant à un nouveau programme pédagogique mis sur pied par la coopérative de solidarité Arbre-Évolution, ils vivront une expérience immersive sur trois ans visant à former des écocitoyens engagés.

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

Lorsqu’une coopérative locale l’a pressentie pour reprendre les activités d’un verger de petits fruits à vocation scientifique, Arbre-Évolution, qui est spécialisée en reboisement social et compensation de carbone, y a vu l’occasion d’en faire le cœur d’un programme écoéducatif. Un terrain de 14 hectares, situé à Sainte-Louise, près de Saint-Jean-Port-Joli, sur lequel on retrouve 2000 arbres fruitiers (sureaux, camérisiers, amélanchiers, etc.), avec vue sur le fleuve Saint-Laurent. Le Verger de l’Évolution sera la classe de six groupes d’élèves d’écoles de la Côte-du-Sud*, qui s’y rendront à six reprises dans les trois prochaines années. Neuf présentations en classe complètent le programme.

Comme un végétal qui grandit, ce n’est pas tout de suite que tu vas retirer le gain de ton travail. On est souvent dans un monde d’instantanéité. Je voulais miser sur quelque chose de plus immersif.

Simon Côté, coordonnateur général d’Arbre-Évolution et instigateur du projet

Lors de leur première visite, au cours des dernières semaines, les élèves se sont vu remettre une parcelle de 25 mètres carrés sur laquelle ils planteront une trentaine de végétaux : un arbre à fruits, quelques arbustes, des fines herbes et des couvre-sol. Des parcelles comme celles-là, Le Semoir, la branche de la coopérative qui chapeaute les activités écoéducatives, peut en aménager une centaine pour les cohortes à venir.

« On leur a dit [aux élèves] que c’était une sortie de science sur le terrain, pas une sortie récréative. Ils ont pris ça au sérieux, ils ont pris des notes, ils posaient des questions. Ma foi, je ne m’attendais pas à ça ! », lance Sylvain Caron, enseignant à l’école Aubert-De Gaspé, qui s’est rendu au Verger de l’Évolution avec sa classe le 25 septembre dernier.

PHOTO FOURNIE PAR SYLVAIN CARON

Les jeunes ont découvert la parcelle de 25 mètres carrés qu’ils auront à cultiver.

Pour inciter les écoles à participer, Le Semoir a construit son programme en fonction du cursus scolaire, en collaboration avec des enseignantes. Des éléments des cours de science et technologie et d’arts sont abordés. Les élèves sont évalués sur leurs apprentissages.

Simon Côté compare la progression du programme à une tête qui se lève. « La première année, la thématique, c’est la parcelle [attribuée]. On regarde nos pieds, ce qui pousse, la vie dans le sol, les différents organismes. On dessine notre projet, on l’implante. Ensuite, on lève la tête un peu plus : on est où ici ? Au Verger de l’Évolution. Il y a une érablière à flanc de falaise. Il y a des nichoirs à oiseaux, des nichoirs à chauve-souris. C’est un écosystème. La dernière année, on lève la tête encore plus haut et on regarde au loin : dans quel univers on est ? C’est quoi ma société ? Comment on fait pour protéger ça ? »

« [Sans ce programme], c’est une matière qu’on aurait vue de façon plus théorique, souligne Sylvain Caron. On n’a pas toujours de terrain disponible dans les écoles. Les élèves vont obtenir des connaissances plus concrètes avec le verger. Ils vont voir le résultat de leurs connaissances et l’impact qu’ils peuvent avoir éventuellement. »

Leur parcours se terminera en sixième année, avec la création d’un projet d’impact social, « très Greta Thunberg », précise Simon Côté. Selon lui, la connexion avec la nature est importante dans la compréhension des enjeux environnementaux.

Si les gens n’ont pas développé le sentiment et la capacité d’interagir positivement avec leur environnement, je pense qu’il leur manque un morceau du puzzle.

Simon Côté, coordonnateur général d’Arbre-Évolution et instigateur du projet

Un morceau qui, croit-il, est souvent manquant dans le parcours scolaire d’un élève. Bien que, selon Sylvain Caron, l’environnement puisse être abordé dans les cours d’éthique et de culture religieuse et d’univers social (éducation à la citoyenneté), Simon Côté croit que le sujet devrait être la trame de fond des apprentissages, dans toutes les matières. « Dans un exercice de mathématiques, au lieu de prendre deux verres de jus, tu peux prendre deux véhicules pour calculer leurs émissions de CO2, cite-t-il en exemple. Peu importe la matière, ça devrait être la trame narrative de l’éducation au Québec. Tout devrait reposer là-dessus. Il faut augmenter la cadence. »

Augmenter la cadence, c’est aussi ce que Le Semoir souhaite faire l’an prochain en accueillant jusqu’à 20 groupes dans la deuxième cohorte du Verger de l’Évolution. Aux écoles, il en coûte 750 $, par classe, pour trois ans, pour y participer. Or, les coûts étant évalués à 2750 $ pour chaque classe, la coopérative mise sur les subventions et les entreprises de la région pour son financement.

* Sept écoles, toutes situées en zone orange selon le code d’alerte mis en place par le gouvernement du Québec en lien avec la COVID-19, devaient faire partie de la première cohorte du Verger de l’Évolution. Or, le Centre de services scolaire de Kamouraska–Rivière-du-Loup n’ayant pas donné son accord pour la participation de l’école située sur son territoire, celle-ci a été reportée à l’an prochain.

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