Pour dénoncer la pression sociale qui pèse sur les femmes, liée entre autres à leur habillement, et envoyer un message de tolérance et d’ouverture, des garçons de plusieurs écoles secondaires de la Rive-Sud de Montréal portent la jupe à l’école ces jours-ci. Le mouvement, devenu viral sur les réseaux sociaux, semble pousser d’autres adolescents, à Montréal entre autres, à s’organiser et à suivre l’élan.

maude goyer
collaboration spéciale

À l’école internationale Lucille-Teasdale de Brossard, Simon Lefebvre-Gagnon s’est présenté au bureau de la directrice mardi matin afin de lui faire part d’une idée : encourager les garçons à porter la jupe le lendemain (soit mercredi).

« J’ai vu le mouvement sur Instagram, explique Simon, 16 ans, en cinquième secondaire. Plusieurs gars portaient la jupe et j’ai trouvé ça inspirant. »

Ce qu’on veut, c’est dénoncer la pression sociale qu’on met sur les femmes avec leur tenue vestimentaire et dénoncer le harcèlement et les agressions sexuelles dont elles sont victimes.

Simon Lefebvre-Gagnon, 16 ans

La directrice Christine Nadeau dit avoir accueilli favorablement la suggestion illico. « C’est directement en lien avec les valeurs de l’école comme l’ouverture, l’altruisme et l’esprit de communauté, indique-t-elle. On veut rappeler que la pression sur les femmes et le harcèlement, c’est l’affaire de tous. Il faut dénoncer… tous ensemble. »

Mercredi, 50 garçons ont donc porté la jupe… appuyés par quelques enseignants masculins, qui ont aussi mis une jupe. « Et le mouvement va se transformer en projet et il va se poursuivre toute l’année », confirme Mme Nadeau.

PHOTO FOURNIE PAR L’ÉCOLE INTERNATIONALE LUCILLE-TEASDALE DE BROSSARD

Simon Lefebvre-Gagnon

À l’École d’éducation internationale de McMasterville, Liko Péloquin et quelques-uns de ses camarades de classe ont emboîté le pas au mouvement « Je porte la jupe ». « Depuis plusieurs années, on constate dans certaines écoles que les filles reçoivent des manquements un peu ridicules, dit l’adolescent de 14 ans, par exemple pour une épaule dénudée. On trouve exagéré de sexualiser une épaule ! »

Il note que si certaines de ses collègues féminines se sont fait réprimander pour une tenue jugée « incorrecte », ses amis et lui n’ont reçu aucun commentaire de la part des enseignants ou de la direction pour le port de la jupe. « Tant mieux, mais… il y a comme deux poids, deux mesures, il me semble ? »

PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM @KRANE_MOV

Liko Péloquin et Tom Ducret-Hillman

La mère de Liko, Juli Boyer, était très fière de son fils. « On l’a élevé dans des valeurs de respect et d’empathie, souligne-t-elle, en lui disant que peu importe la couleur, le sexe, le genre, la religion ou l’allégeance politique, on peut être ce qu’on veut être. Et ça inclut la tenue vestimentaire. »

Elle voit le geste fait par son fils et ses copains comme « un petit pas dans la bonne direction » pour régler la question du sexisme et de la pression indue exercée sur les filles.

« Réveil collectif »

Au collège Charles-Lemoyne, à Longueuil, une quarantaine de garçons ont revêtu la jupe de l’uniforme scolaire, mercredi. « On veut lutter contre l’hypersexualisation des filles, dit Xan Godin, 16 ans, en cinquième secondaire. On veut normaliser le fait de porter une jupe, et dire à tout le monde que non, ça ne dérange pas les garçons. Il faut que les filles cessent d’avoir des conséquences pour ça. La pression sociale est trop grande ! »

Pour Guillaume Déry, 15 ans, le mouvement doit servir de « réveil collectif ». « Je pense que les gars commencent à se réveiller ! », lance-t-il.

On veut lutter contre le sexisme et soutenir les filles. On comprend ce qu’elles vivent.

Guillaume Déry, 15 ans

Selon lui, sa génération est particulièrement attachée aux valeurs d’ouverture et d’égalité. « Je pense qu’on se soucie plus des autres, qu’on a moins de jugements et qu’on n’accepte plus les jugements », glisse-t-il.

Le mouvement ne semble pas sur le point de s’essouffler, à en croire les publications de nombreux élèves du secondaire sur les réseaux sociaux. « Vendredi, les garçons vont porter la jupe et les filles, la cravate », a confirmé une élève du collège Jean-Eudes de Montréal.

Uniforme non genré

Dans d’autres écoles, l’uniforme non genré est déjà chose établie. « À l’école de mes enfants, le Collège de Montréal, ma fille peut porter les grands polos et les pantalons amples, qui font initialement partie de la collection ‟masculine” », explique Solène Bourque, mère de deux adolescents. Et mon garçon a gardé les jupes de sa sœur et il se rend à l’école en jupe au moins une fois par semaine. »

La directrice du Collège de Montréal, Patricia Steben, confirme que cela fait partie du droit des élèves de l’établissement. « Depuis quatre ans déjà, garçons et filles peuvent piger dans la collection comme bon leur semble, dit-elle. À la suite de discussions avec le personnel et les étudiants, on a changé le code de vie. On s’est dit : ‟Qui sommes-nous pour dire aux élèves ce qu’ils devraient porter ?” »

Un changement qui fait réfléchir la directrice Christine Nadeau. « Je ne sais pas si on est rendus là, mais… je pense que c’est une très belle réflexion à avoir. »