Anxiété, troubles de sommeil, sentiment de solitude, de tristesse et de frustration : après la publication, au printemps dernier, d’un sondage montrant une hausse de la détresse chez les jeunes, la Fondation Jasmin Roy Sophie Desmarais lance ce mercredi un « coffre à outils » pour prévenir les conséquences de la pandémie sur l’apprentissage scolaire. Ce projet, sur lequel une trentaine d’experts ont travaillé, offre aux parents et au personnel scolaire des pistes et des stratégies pour veiller au bien-être des enfants et des adolescents.

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

« On parlait beaucoup au printemps des personnes aînées et des milieux de travail, et moi, je voulais savoir comment les jeunes allaient », dit Jasmin Roy à propos du sondage CROP que sa fondation a commandé, en avril dernier, sur la santé mentale des Québécois.

Les résultats du sondage l’ont préoccupé. Pas moins de 56 % des parents observaient que l’état psychologique et émotionnel de leurs enfants s’était détérioré depuis le début de la pandémie ; 29 % des parents disaient avoir vu le sommeil de leurs enfants se détériorer alors que 42 % notaient un sentiment de solitude plus grand chez leurs enfants.

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À la suite de la publication de ces données, Jasmin Roy dit avoir reçu plusieurs appels de chercheurs universitaires et experts désireux d’agir. « Il y avait un besoin criant », souligne Julie Beaulieu, professeure en adaptation scolaire et sociale à l’Université du Québec à Rimouski (campus de Lévis), qui est l’une des membres du collectif d’experts. « On n’est pas habitués à être confinés de cette façon-là. Il y a un impact important chez nos jeunes et nos moins jeunes. De confiner les enfants chez eux, très peu de contacts au début… Ça a repris graduellement à partir du mois de mai, mais cela avait déjà engendré certains impacts. »

Il y avait donc une certaine urgence d’agir, selon celle qui est également présidente du Comité québécois pour les jeunes en difficulté de comportement. « Mais il fallait se donner le temps de le faire », ajoute-t-elle. Au terme de cinq mois de travail – « un tour de force », selon Jasmin Roy –, le collectif a élaboré, bénévolement, près de 70 fiches, accessibles gratuitement en anglais et en français sur le site internet de la fondation. On y retrouve notamment des conseils pour favoriser le sommeil de son enfant, accompagner les jeunes dans la gestion de leur anxiété et de leurs émotions, dans le deuil d’un proche ou d’une activité et les motiver dans un contexte d’école à distance. Josée Lavigueur propose aussi, en vidéo, des pauses actives au pupitre pour faire bouger les jeunes dans leur bulle-classe. Le coffre à outils est appelé à évoluer tout au long de la pandémie, de façon à s’adapter aux besoins qui se présenteront.

« Est-ce que depuis le retour en classe, les jeunes se portent mieux ? C’est difficile à dire parce que je n’ai pas de mesures qui nous permettent de le savoir, indique Julie Beaulieu. Est-ce que ça leur fait du bien ? Absolument. Ça leur fait du bien d’avoir ce semblant de vie normale, de poursuivre les apprentissages, d’avoir des pairs, des adultes bienveillants autour d’eux. »

Des adultes dont il faut aussi prendre soin, rappelle Jasmin Roy. Et à qui certaines fiches du coffre à outils sont consacrées.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Jasmin Roy

Si les adultes ne vont pas bien, les enfants ne vont pas bien. Il faut travailler sur une approche globale, systémique, et voir comment on va s’assurer du bien-être de tous pour s’assurer de la réussite des élèves.

Jasmin Roy

Le président et fondateur de la Fondation Jasmin Roy Sophie Desmarais exhorte le gouvernement du Québec et les responsables de la Santé publique à agir. Pour l’instant, son appel à la collaboration n’a pas été entendu, déplore-t-il. « Il faut que ce soit une priorité de la Santé publique, martèle-t-il. Je sais qu’il y a beaucoup de priorités. Je sais qu’il y a un manque d’effectifs en milieu éducatif. Mais quand tu as 30 experts qui ont fait leur devoir de citoyens, je pense que comme gouvernement, c’est un respect de leur dire : ‟on va travailler avec vous ». »

Les jeunes en zone rouge

Quel impact auront les mesures sanitaires annoncées lundi pour les jeunes qui résident en zone rouge ? L’interdiction de se rassembler et de recevoir des amis à la maison pourrait les affecter, selon Julie Beaulieu, et ce, même si les écoles demeurent ouvertes. « Il y a des amis parfois qui ne sont pas dans notre bulle-classe et qu’on aurait aimé voir en dehors des heures de classe, observe la professeure en adaptation scolaire et sociale à l’Université du Québec à Rimouski. Est-ce que cet impact sera un peu plus fort parce qu’ils ont vécu le confinement au printemps ? Il faudra garder un œil encore plus ouvert sur les petits signes qui pourraient nous faire croire que notre enfant ou nos élèves ont plus de difficulté avec les nouvelles mesures en place. » Des changements de comportement ou d’attitude, comme un repli sur soi ou une augmentation de la fréquence ou de l’intensité des crises, font partie des éléments à surveiller. « Il ne faut pas être alarmiste non plus. Ça peut être normal d’avoir une certaine réaction. Simplement de pouvoir en discuter, de mettre en place des interventions, d’aller chercher de l’aide extérieure, au besoin. »

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