Confinement, déconfinement, reconfinement ? C’était à prévoir : le premier ministre François Legault nous implore à nouveau de limiter nos contacts. D’oublier la socialisation. Du moins pour 28 jours. Oui, encore. Comment diable y arriver, après avoir goûté à un semblant de liberté cet été ? Sept idées philosophiques, psychologiques ou pratico-pratiques pour y arriver, si possible en toute sérénité.

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Ceci n’est pas un retour à la case départ

Qu’on se le dise. Un monde nous sépare aujourd’hui du mois de mars dernier, où le confinement était soudain, inattendu, totalement inédit. Et surtout total. Certes, les nouvelles mesures annoncées lundi pour le Grand Montréal, certaines zones de la Capitale-Nationale et Chaudière-Appalaches (interdiction de recevoir des invités, fermeture des restaurants, des bars et des salles de spectacle, etc.) ont un je-ne-sais-quoi de décourageant, on s’entend. Parce qu’on a déjà donné. Mais justement : ce faisant, on a aussi appris. Appris à vivre différemment. Appris à vivre en se confinant. Pensez-y, la prochaine fois que vous vous désinfecterez les mains en entrant à l’épicerie. « Six mois plus tard, nous sommes beaucoup plus expérimentés […], nous ne sommes plus dans le bouleversement radical », confirme Bryn Williams-Jones, directeur des programmes de bioéthique au département de médecine sociale et préventive de l’Université de Montréal. Nous avons les moyens de garder nos vies les plus normales possible, même si nous avons besoin de nous replier sur nous-mêmes. » Pensons télétravail, marches quotidiennes et apéros de balcon, testés et éprouvés comme on sait.

Nous sommes prêts

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Sonia Lupien, directrice scientifique du Centre d’études sur le stress humain

Surtout : on s’y attendait. « On est déjà adaptés, notre cerveau s’est adapté, la moitié du chemin est fait ! », renchérit Sonia Lupien, directrice scientifique du Centre d’études sur le stress humain. Un argument à garder en tête si le découragement vous guette : notre cerveau est ainsi fait, il en a vu d’autres, il est même programmé pour s’adapter. Le saviez-vous ? « On a survécu aux mammouths, aux temps médiévaux, on est des machines créées pour survivre », dit-elle et répète-t-elle à ses étudiants. Si, en mars, nous étions comme des chevreuils figés devant les phares d’une auto qui fonçait vers nous, désormais, nous sommes des chevreuils aguerris, illustre-t-elle, qui vérifions des deux côtés de la route avant de traverser. Des chevreuils éduqués. En contrôle. Du moins, un peu. « On a l’impression d’avoir un peu plus le contrôle. »

De l’importance de bouger

« Un peu plus » de contrôle, mais pas totalement. D’où le stress, bien évidemment. À noter : ce reconfinement devrait aussi, poursuit Sonia Lupien, accentuer les inégalités entre les grands stressés (soulagés de devoir rester à nouveau encabanés) et les moins stressés (exaspérés de se voir à nouveau contraints dans leur socialisation). « Nous ne sommes pas tous égaux devant ce deuxième confinement… » Quoi qu’il en soit, si cette deuxième vague vous préoccupe, justement, il n’y a pas de secret : bougez ! Idéalement dehors, question de prendre l’air (et la lumière, minimalement une fois par jour !). Courez, dansez, respirez, en vue de réduire vos hormones de stress et de dépenser votre énergie ici mobilisée. Bonne nouvelle : « 15 minutes suffisent. Pas besoin d’aller 1 h 30 au gym ». Alors, n’hésitez pas. Si vous sentez la tension monter, sortez (ou promenez le chien, le chat, le bébé). C’est quasi magique, quoique scientifiquement démontré, vous verrez.

Et de rire !

Respirer profondément aide à réduire la réponse de stress. Chanter également. Mais pas seulement : rire ne fait pas de tort non plus, poursuit Sonia Lupien, qui publie le mois prochain une réédition améliorée et augmentée de son ouvrage Par amour du stress. Profitons-en. Oui, même en ces temps de pandémie. Dans l’adversité en général, en fait. « Il faut se donner le droit de rire. Il y a beaucoup de gens, quand la situation est dramatique, qui deviennent dramatiques ! » Et ils font fausse route. Car qui rit réduit aussi son stress. C’est prouvé, ça aussi. « On peut réduire ainsi sa production d’hormones de stress de 20 % ! C’est payant en tabarouette ! » glisse celle qui rit personnellement « à brailler » devant les vidéos de « fails » de toutes sortes (et elles sont légion) sur YouTube.

Se faire plaisir

Outre cela, que faire pour rester zen face à cette nouvelle alerte rouge, officiellement pour 28 jours, mais dont on ne sait trop quand ni comment on va pouvoir se débarrasser ? Il faut déterminer nos petits plaisirs, carrément « faire une liste », suggère à son tour la conférencière et psychologue Rose-Marie Charest. « On pense trop souvent que c’est automatique, dit-elle, mais il faut prendre le temps de les identifier. » Quoi lire, quoi regarder, à qui parler ? « Qu’est-ce qui me détend ? demande-t-elle. Est-ce le yoga, la marche, des tâches simples, ou rien du tout ? » Mettre le doigt dessus nous permet ici à nouveau de reprendre une certaine dose de contrôle sur une situation qui par ailleurs nous dépasse. « Il y a une partie où j’ai le contrôle et je vais l’exercer, résume-t-elle. Parmi ce qui me fait du bien, qu’est-ce qui est possible ? » Lire : dans la limite du confinement acceptable, il va sans dire. On oublie évidemment ici les soupers entre amis ou les sorties au ciné.

Impliquer les jeunes

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Rose-Marie Charest, psychologue et conférencière

Et les jeunes ? Comment les motiver à respecter les nouvelles consignes sans les voir virer fous à leur tour ? Mission impossible ? Rose-Marie Charest ne le croit pas. « Ils aiment ça sauver le monde, rappelle-t-elle. Ce sont eux qui nous ont sensibilisés à l’importance de protéger la planète, je ne peux pas croire qu’ils ne vont pas embarquer ! » Comment ? Impliquez-les, demandez-leur comment ils voient ce reconfinement, comment ils pourraient se protéger, nous protéger, convaincre leurs amis, « personnalisez les choses, faites-en un projet ! », suggère la psychologue. Tout en, parallèlement, lâchant un peu de lest sur la gestion des écrans, comme au printemps. Parce qu’eux aussi ont besoin de leurs petits plaisirs, rappelle-t-elle. « Il faut aussi leur donner des sources de plaisir qui vont combler leur principal besoin qui est de se rassembler. » Ne l’oublions pas.

Penser santé mentale

PHOTO ARCHIVES LA PRESSE

Daniel Weinstock

Enfin, et pour finir, bien sûr qu’individuellement, on peut tous se dire et se répéter que cette pandémie aura un jour une « fin ». Et pour se convaincre de l’intérêt de cet effort de 28 jours, se rappeler que cette « fin » arrivera probablement plus rapidement « si on donne des gros efforts maintenant, plutôt que si on cède à la tentation de tricher de temps en temps », avance le philosophe Daniel Weinstock, directeur de l’Institut de recherche sur les politiques sociales et de santé. N’empêche. Ça ne suffit pas. Car les solutions ne sont pas qu’individuelles. Mais aussi collectives. Plusieurs auront certainement besoin d’aide. Le professeur de l’Université McGill s’inquiète des problèmes de santé non pas seulement physique, mais aussi mentale, associés à ce virus, à la pandémie, et surtout au (re)confinement. « Parce que ce virus a des conséquences sur nos conditions de vie, qui sont loin d’être normales pour l’ensemble de la population, dit-il. Il va falloir un réel plan de match pour composer avec les problèmes de santé mentale […] De la même manière qu’on nous demande un effort collectif en nous confinant, il va falloir un effort collectif pour mettre à la portée des citoyens des ressources en santé mentale », conclut-il, en interpellant les gouvernements.