Richard Clavette a beau être mécanicien industriel de formation, ne lui parlez pas de moteurs rutilants, de grosses machines ou de chaînes de montage. Ce qui le branche, ce sont les machines à coudre.

Gabrielle Duchaine Gabrielle Duchaine
La Presse

Quand il était enfant, sa mère cousait des bas de nylon le soir après sa journée de travail pour gagner un peu plus d’argent. Il se souvient s’être piqué le doigt un jour en jouant avec la vieille Singer toute noire alors qu’elle avait le dos tourné. « C’est là que j’ai eu la piqûre », rigole-t-il.

De son propre aveu, il peut parler de machines à coudre durant des heures. Il en est « fanatique ». Il décrit en détail et avec animation ses modèles préférés. Il accumule les pièces chez lui.

Pendant le confinement, alors que la couture a connu un regain en popularité avec la fabrication artisanale de masques, l’homme de 58 ans a trouvé le moyen d’allier passion et altruisme. Il a réparé, gratuitement et à distance, les machines à coudre d’environ une centaine de personnes, dont certaines pour qui manier fil et aiguilles était devenue une question de vie ou de mort.

Trouver le moyen d’aider

Chaque matin, alors que le Québec était sur pause, Richard Clavette voyait son amoureuse partir travailler pour un service essentiel. « Elle était dans le feu de l’action, dit-il. Moi aussi, je voulais trouver un moyen d’aider. »

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Richard Clavette

C’est l’appel à l’aide d’une octogénaire qui lui a donné l’idée.

La femme, confinée seule à domicile, cousait des vêtements pour passer le temps. Quand sa machine a cessé de fonctionner, ç'a été pour elle une catastrophe, raconte M. Clavette. L’homme, qui travaillait jusqu’à la crise comme mécanicien dans une usine de la Rive-Sud de Montréal, répare aussi depuis des décennies des machines à coudre pendant ses temps libres. La dame avait entendu parler de lui.

« Elle habite au quatrième étage. Elle voulait me descendre la machine au deuxième palier pour que j’aille la chercher là. C’est très lourd. Et elle était à risque. Je lui ai dit : laissez-moi réfléchir. »

Il l’a rappelée avec une proposition : la guider au téléphone afin qu’elle répare elle-même l’appareil. Ils ont tenté le coup. Et ça a marché. « On a tout démonté. Tout remonté. Et on a eu tellement de fun. »

Autant la conversation que le résultat ont fait du bien aux deux.

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Richard Clavette

Pour elle, c’était son seul passe-temps, la couture. Elle s’ennuyait tellement qu’elle disait qu’elle était incarcérée. Et moi, ça m’a permis de faire partager ma passion à quelqu’un.

Richard Clavette

Après cette première expérience, il a voulu recommencer. Il s’est annoncé sur les réseaux sociaux. De fil en aiguille, les clientes se sont accumulées. « Ça commençait à 8 h le matin. J’en avais 7,8 par jour. J’arrêtais quand ma blonde revenait du travail et je recommençais quand elle se couchait le soir », raconte-t-il.

« Il y a des gens qui me disaient que j’étais leur sauveur. Ils étaient enfermés et ils voulaient coudre. Il y en a qui avaient des commandes de masques en attente. D’autres qui faisaient des pyjamas pour leurs petits-enfants. Quand c’était trop compliqué, je demandais des photos. J’ai aidé des gens de l’Ontario, de Rimouski, de Terre-Neuve, du Lac-Saint-Jean. »

Une machine à coudre brisée, ça paraît anodin. Mais Richard Clavette est convaincu d’avoir véritablement changé la donne dans la vie de celles qu’il a aidées. « Il y en a beaucoup qui étaient désespérées. Il y avait de la détresse. Les gens avaient besoin de se changer les idées. Dès que tu allumais la télévision, c’était toujours la COVID-19. Et tous les commerces étaient fermés. alors les gens ne trouvaient personne pour réparer leur machine. »

Et M. Clavette, lui, a tellement aimé l’expérience qu’il a décidé de laisser son emploi pour se consacrer à temps plein à son entreprise de réparation de machines à coudre. « Ça m’a permis de me découvrir dans ma passion. »