C’est l’histoire d’une fille en peine d’amour, sans emploi, enfermée dans un minuscule appartement de Rosemont. Aujourd’hui ? Elle a quitté la ville, trouvé un nouveau job et, en prime, une maison à la campagne, avec un jardin, bientôt des poules, en voulez-vous, en voilà ! Cliché ? Vérité !

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Disons que la pandémie a étrangement servi Valérie Martin. Ou, à tout le moins, que le confinement a drôlement accéléré les changements dans sa vie. Pour une fille qui, de son propre aveu, « a du mal à choisir entre deux marques de yogourt », bref, « pas très impulsive » (c’est le moins qu’on puisse dire), mais plutôt « rationnelle et analytique », tous ces revirements ont de quoi surprendre. Elle la première. « Je suis encore un peu sous le choc ! Agréablement surprise ! »

Mais où est-elle, au juste ? « Vraiment creux, à Saint-Armand », répond-elle au bout du fil. On l’entend presque sourire, à nous décrire la vue, les arbres, les chevaux, de la fenêtre de son nouveau bureau. Où donc ? Dans un tout nouveau poste, à titre d’adjointe administrative, dans un vignoble (le vignoble du Domaine du Ridge, pour ne pas le nommer). Tout un revirement, sachant que la Montréalaise d’adoption ne travaillait pas depuis des mois. « Vraiment ! », confirme-t-elle, sans cacher son émerveillement.

Il faut dire qu’il y a quelques mois à peine, sa vie s’effondrait. D’abord, début janvier, elle se séparait. « Et ce n’était pas ma décision. » Envolés, ses rêves de partir en amoureux refaire sa vie en… Gaspésie. Pour retomber sur ses pattes, Valérie a d’abord déménagé dans un deux et demi dans Rosemont. « Un super petit appartement. » Le plus petit possible, question d’y passer le moins de temps possible, et de profiter du printemps, puis de l’été en ville, souligne l’amatrice de spectacles et autres festivals. Une excellente idée, prépandémie. Post ? Seule avec son chat, dans l’épicentre de la pandémie au pays ? « J’ai trouvé ça vraiment, vraiment difficile, dit-elle, sans rien nous cacher. C’était très anxiogène. » Pensez troubles du sommeil, isolement, et tout ce qui s’ensuit. « Je me sentais prise entre quatre murs. En deux semaines, j’avais fait le tour de l’internet, de Netflix, etc., illustre-t-elle. Je ne l’ai pas trouvé drôle du tout. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Changement de vie : Valérie Martin a quitté Montréal pour s’installer à Saint-Armand.

Alors adjointe administrative dans une boîte de scénographie et d’éclairage, elle a en prime perdu son emploi avec le confinement, comme beaucoup de ceux travaillant dans le milieu de la culture en général, et dans l’industrie du spectacle en particulier. « Ça s’est mis à trotter dans ma tête : est-ce que je vais même retrouver un emploi ? s’interrogeait-elle. Est-ce que je vais passer un an au chômage entre quatre murs ? » Pire :

Est-ce que j’ai vraiment envie de rester aussi longtemps dans une ville où je me sens en danger ?

Valérie Martin

Comme les hasards font parfois bien les choses, c’est à ce moment précis qu’un ami de longue date, qu’elle n’avait pas vu depuis des années (« ça faisait 18 ans qu’on ne s’était pas vus ! »), a repris contact avec elle.

Ce qu’il faut savoir, c’est que l’ami vient de Bromont. Tiens, tiens. Comme ça tombait bien. Valérie ? De Cowansville. « Ça trottait dans ma tête depuis longtemps, répète-t-elle. Je voulais revenir en région. » Le projet de la Gaspésie est tombé à l’eau, pour les raisons que l’on sait. Pourquoi pas l’Estrie ?, s’est-elle dit. « C’est ma région natale, je peux passer du temps avec ma sœur, ses enfants ! » Bref, vous l’aurez deviné, elle a donc fait ses valises et quitté son Rosemont confiné, pour se trouver une maison en région, avec un jardin, un poulailler et, sous peu, des poules. Le soir, elle se fait un feu. Comme dans sa belle jeunesse. « Ça a l’air cliché, le retour à la terre ! », dit-elle en riant.

Cliché, certes, mais assurément désiré. Précipité, peut-être ? « La réflexion était là, nuance-t-elle. Mais c’est officiel : la pandémie a été un accélérateur », reconnaît-elle.

Et Valérie a effectivement foncé à la vitesse grand V. Une fois la ville quittée, elle a cherché un travail. Second heureux hasard : 25 minutes après avoir envoyé son CV au vignoble, elle avait une entrevue. Et 24 heures plus tard, un emploi ! C’en est presque trop beau pour être vrai. « Ouais, un peu, concède-t-elle. Mais c’est vraiment beaucoup de travail. Par contre, c’est vraiment motivant. Et super valorisant ! »

Après avoir évolué dans les arts de la scène, la voilà qui gravite dans les arts de la table. Une foule de beaux défis en perspective. Ah oui, et si vous voulez tout savoir, depuis son changement de vie, elle n’a plus le moindre souci de sommeil…