Un jour ça va, on va s’en tirer. On a vu pire. Et on est surtout fait fort. Le lendemain ? Plus du tout. C’est une pandémie, la deuxième vague s’en vient, non, mais quel cauchemar. Ça ne finira jamais… Vous vous reconnaissez ? Nous aussi. Explications, analyses et conseils pour gérer ces hauts, et surtout ces bas. Parce que oui, ça se gère. Sachez-le !

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

« Fuck j’ai toussé ! Je tousse jamais d’habitude ! Ostie j’ai pogné la COVID ! […] Mais non, mais non, mais non, tu capotes… » Et ça, vous vous souvenez ? Ce sont les toutes premières réflexions d’Alexandre L’Heureux, le comédien à qui l’on doit plusieurs très éloquentes (et franchement drôles) capsules signées Louis-David Jutras, de ce gars tantôt parano, tantôt baveux, aux prises avec mille et un questionnements. Ce gars qui est aussi tantôt vous, tantôt nous, s’il faut en croire l’accueil retentissant reçu depuis ses débuts, vers la mi-avril (capsules faites avec les moyens du bord, gratuitement, pour tuer le temps, faut-il le souligner).

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Vous le reconnaissez ? C’est Alexandre L’Heureux, le comédien à qui l’on doit plusieurs très éloquentes (et franchement drôles) capsules signées Louis-David Jutras (à l’arrière), de ce gars tantôt parano, tantôt baveux, aux prises avec mille et un questionnements.

Chaque étape de la pandémie (les nouvelles règles de déconfinement, l’épicerie, et bien sûr, les masques, avec ce spontané et partagé : « C’est quoi, là, […] à partir du 13 mai, la fonction “sauve des vies” a été activée sur les masques ? »), est vue et relue avec humour, un brin d’irrévérence, oscillant entre hypocondrie et déni, et se concluant toujours sur une note de bienveillance (« attends, j’aime ça sauver des vies ! »). Bref : un texte criant de vérité, et de nos ambivalences quotidiennes et visiblement partagées.

Pour voir les capsules, rendez-vous sur la page Facebook du réalisateur.

Nous avons rencontré les deux collaborateurs au parc où a été tournée la capsule sur le jugement (et ce titre impayable attribué au coronajoggeur, expression désormais consacrée), pour jaser hauts et bas, comment et pourquoi.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Louis-David Jutras (à gauche) et Alexandre l’Heureux

On avait envie de dire tout haut ce qu’on pensait tout bas. On avait envie de tester, si on était tout seuls à paranoïer…

Alexandre L’Heureux, comédien

Les chiffres de « like » et de « partage » qui se comptent par centaines de milliers en témoignent : « Tout le monde se reconnaît », confirme le réalisateur, auteur et complice, Louis-David Jutras.

Ils voient en ces montagnes russes émotionnelles le fruit d’une « dualité » partagée par plusieurs : « On a peur de transgresser les règles, mais en même temps, on a envie de les transgresser, croit Alexandre L’Heureux. C’est cette dualité qui rend fou. » « Liberté » et « conformité » seraient en perpétuel conflit depuis le début du confinement, avance-t-il. « En même temps, personne ne veut faire de mal aux gens ! »

D’ailleurs, le réalisateur le précise (et vous l’aurez sans doute constaté) : « On essaye toujours d’être neutres », dit-il. Pas question de prendre position pour ou contre le masque, les BBQ à dix personnes, ou les fameux deux mètres. L’idée n’est pas là. Au contraire. « L’idée, c’est d’explorer les angoisses, c’est ça qu’on veut faire, résume-t-il. Explorer l’angoisse et l’absurdité de la patente. »

Et vous en conviendrez, en matière d’absurdité, ce n’est pas la matière qui manque… Absurdité alimentée par les médias, et la surabondance d’informations, ne se privent-ils pas de rappeler. « Un jour, il y a 150 000 morts aux États-Unis. Le lendemain, un spécialiste nous rappelle que c’est quand même bien juste une grippe. » Parenthèse, glisse d’ailleurs Louis-David Jutras, le sujet, jusqu’ici jamais exploité (contrairement aux relations de couple, par exemple) est du vrai bonbon d’auteur. « C’est complètement nouveau. Pour un writer, c’est fou. Personne n’a été là. Personne n’a joué dans cette eau-là. Et tout le monde le vit en même temps. »

Alors on fait quoi ? On avance ou on recule ? On panique ou on se calme ? « On fait rire, répond habilement Alexandre L’Heureux. On respire. Et on relativise… » « On partage nos angoisses, et on réalise qu’on n’est pas tout seuls… », rajoute Louis-David Jutras.

Suis-je normal, Docteur ?

Totalement normal, confirment les experts consultés. Comment est-ce que ce pourrait être autrement ? « C’est la toute première fois de l’humanité que tous les humains sont exposés à un même stresseur, sur une même période de temps », répond l’experte québécoise en matière de stress, Sonia Lupien. « Cette espèce de bipolarité, moi aussi je la vis. On la vit tous », renchérit-elle.

Et pourquoi ? La réponse de stress est ce qui a permis à l’humain de s’adapter, rappelle la fondatrice et directrice du Centre d’études sur le stress humain. S’adapter aux mammouths, mais aussi aux temps médiévaux. Et ces jours-ci : à la COVID-19. « Mais comment marche le stress ? Ça n’est pas constant. Ça s’active, puis ça se calme. On réagit, et on se repose. »

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Sonia Lupien, fondatrice et directrice du Centre d’études sur le stress humain

Le corps essaye de s’adapter. Parce qu’on s’adapte !

Sonia Lupien, fondatrice et directrice du Centre d’Études sur le stress humain

Ce serait bon signe, alors ? « Je pense que c’est une bonne chose, répond-elle. Mais pour que le stress fasse sa job, et nous aide à survivre face à l’adversité, il y a un prix à payer. » Vous l’aurez compris : le prix, ce sont ces fameuses montagnes russes émotionnelles, accompagnées de maux de ventre et de fatigue, chez certains, par moments, mais heureusement pas tout le temps. « C’est ce qui fait qu’on va s’adapter et passer au travers, assure-t-elle. Parce que le cerveau est capable de passer au travers de la COVID-19. Il en a vu d’autres ! »

Même son de cloche de la part de la psychologue Julie Ménard, directrice adjointe du département de psychologie de l’UQAM, qui a justement travaillé sur la question du stress pendant la pandémie. « C’est tout à fait normal. On est en adaptation constante depuis la mi-mars, renchérit-elle. C’est stressant, et surtout anxiogène ! », dit-elle, le stress faisant référence à une menace réelle, ici et maintenant, l’anxiété, à une menace plutôt « anticipée », nuance-t-elle. « Les attentes sont contradictoires, les consignes sont contradictoires, et on comprend pourquoi. Alors tout le monde est en adaptation, y compris les membres du gouvernement. Ces fluctuations d’émotions sont normales », insiste-t-elle.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Julie Ménard, psychologue et directrice adjointe du département de psychologie de l’UQAM

Bien évidemment, certains sont plus sujets aux montagnes russes que d’autres. Les gens au profil plus anxieux, notamment. Tandis qu’inversement, les gens faisant preuve d’une « stabilité émotionnelle » le sont moins, puisque par définition, ils ont une plus grande tolérance à l’incertitude.

Et cette tolérance à l’incertitude, est-ce que ça se cultive ? Plus ou moins. Une seule (et unique) solution, avance-t-elle : quand on sent une « vague » arriver (parce que ces hauts et ces bas sont effectivement des vagues, au sens psychologique du terme), « la meilleure chose à faire, c’est de se poser en position d’observateur » dit-elle, ou de « pleine conscience ». Parce que les émotions, ça ne s’évite pas. Ça se vit. Eh oui, vous le savez aussi : ça passe. « C’est ce qu’il faut se dire : c’est une vague, et ça va passer. »

« Aussi simple que ça, renchérit Sonia Lupien. On l’accepte et on attend que ça passe. » En attendant, souhaitons-nous… d’en rire à nouveau !