À l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement, Espace pour la vie et le Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique de l’ONU organisent un évènement virtuel sur le thème de la biodiversité, qui est lancé vendredi à Montréal par la mairesse Valérie Plante.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Le directeur d’Espace pour la vie, Charles-Mathieu Brunelle, devait organiser une conférence le 22 mai dans le cadre de la Journée de la biodiversité. Même liste d’invités, « présents physiquement », même objectif : réfléchir à notre engagement sur la biodiversité et jeter les bases de projets qui pourraient être réalisés dans nos villes.

Mais voilà, la COVID-19 a changé les plans, la conférence est devenue virtuelle et organisée plutôt pour la Journée de l’environnement, avec le Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique de l’ONU, dont le siège est à Montréal. Elle se tient ce vendredi.

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« On a réuni des gens d’affaires, des artistes, des ONG, des écologistes, des scientifiques et des citoyens de quatre continents différents », se réjouit Charles-Mathieu Brunelle, qui semble avoir appliqué le principe de la biodiversité aux 250 participants de l’évènement.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Charles-Mathieu Brunelle, directeur d’Espace pour la vie

On connaît bien les quatre complexes de science de la nature d’Espace pour la vie — le Biodôme, l’Insectarium, le Planétarium et le Jardin botanique — mais moins sa participation aux débats des grands enjeux environnementaux de notre temps.

« Pour moi, c’est important de se manifester hors nos murs, précise Charles-Mathieu Brunelle. Par exemple, on a des projets de science participative sur les monarques, qui consistent à observer des populations de monarques en Amérique du Nord, les sentinelles du Nunavik, où des jeunes étudient les populations entomologiques et ses fluctuations provoquées par les changements climatiques, etc. »

Charles-Mathieu Brunelle estime que la biodiversité a toujours été un sujet important, mais qu’aujourd’hui, il peut être considéré comme « urgent ».

Comment on peut cohabiter harmonieusement avec la nature, puisque nous en dépendons, pour assurer notre avenir ? C’est à cette question que nous sommes confrontés, et on tarde à y répondre.

Charles-Mathieu Brunelle, directeur d’Espace pour la vie

« Il faut trouver une manière de travailler collectivement à créer des projets qui vont donner une impulsion aux différents acteurs de la société pour qu’il y ait une véritable transition écologique. »

À la fin de cette journée de discussions, il y aura des « pépinières de travaux », précise le directeur d’Espace pour la vie, où les participants pourront mettre de l’avant des projets, qui seront suivis au cours des prochains mois.

Charles-Mathieu Brunelle évoque le projet d’une « Voie verte ». « On parle d’une sorte de traverse dans une ville, qui passe d’un point A à un point B, faite avec les citoyens et les pouvoirs publics. Comment on va se déplacer ? Comment on va y vivre ? Faire du développement ? Donc, on a un projet macro, dans lequel il peut y avoir des initiatives micro, qui peuvent être variées. Ça peut être une façon d’aborder nos villes. »

Penser aux générations à venir

L’évènement tenu à l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement se déroule sous le thème « Activer le potentiel humain en faveur de la biodiversité ». Nous avons parlé à deux des conférenciers qui y participeront.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Le moine bouddhiste Matthieu Ricard lors de son dernier passage au Québec, en 2017

Matthieu Ricard

Le moine bouddhiste Matthieu Ricard, interprète français du dalaï-lama, est aussi un auteur prolifique (Plaidoyer pour le bonheur, La Citadelle de neiges, L’esprit du Tibet) et un scientifique de formation — il a un doctorat en génétique cellulaire. Dans une entrevue accordée à La Presse à l’automne 2017, il exprimait des inquiétudes par rapport à l’environnement. « C’est le défi ultime de l’altruisme, avait-il dit. Se préoccuper des générations futures. » Trois ans plus tard, dans la tourmente de la COVID-19, Matthieu Ricard constate que peu de choses ont changé. « On est au même point aujourd’hui, regrette-t-il. La peur a fait en sorte que face à une menace immédiate, le gouvernement a pris des mesures drastiques qu’on n’aurait jamais imaginées et la majorité des gens ont accepté leurs directives, donc on peut se réjouir du fait qu’on est capables de se mobiliser et aussi qu’on écoute un peu plus les scientifiques. Mais malheureusement, c’est toujours une réaction dans l’immédiateté, à cause de la peur. Si seulement on pouvait utiliser une fraction de cette détermination pour remédier à des problèmes climatiques qui pourraient créer des souffrances encore plus graves et plus durables. Ça demande une certaine sagesse. » Par rapport à la biodiversité, Matthieu Ricard estime qu’il s’agit effectivement d’un défi énorme. « J’ai publié un livre de photos sur l’Himalaya qui s’intitule Émerveillement. Je pense que l’émerveillement mène au respect. On ne veut pas saccager ce qui nous émerveille, et en ce moment on manque d’émerveillement… » Matthieu Ricard croit que nous devons tirer des leçons d’humilité de la COVID-19. « La vie s’est faite sur Terre sans nous pendant 99,9 % du temps. L’arrogance du monde qui domine la nature, c’est du bla-bla, on le voit avec ce virus. Qu’est-ce que ce sera avec les bouleversements des changements climatiques ? Il faut être optimiste, parce qu’on commence à être à l’écoute des scientifiques, les solutions sont là, il faut avoir de la considération pour les générations à venir. »

PHOTO FOURNIE PAR VANDANA SHIVA

La militante écologiste Vandana Shiva

Vandana Shiva

Militante écologiste indienne établie à Delhi où elle a fondé l’Université de la Terre, Vandana Shiva croit que la protection de la biodiversité est directement liée aux questions de santé publique. « Les épidémies découlent de l’affaiblissement de la vitalité de nos forêts et de nos écosystèmes, croit-elle. Lorsqu’on envahit ces environnements, les virus des animaux qui habitaient ces forêts se rendent à nous sous forme de maladies contagieuses. C’est comme ça que l’Ebola a commencé, le Zika… La biodiversité est aussi essentielle pour notre alimentation. Sans elle, il n’y a pas de développement durable et pas d’aliments sains. Il y a un lien très clair entre la biodiversité de nos terres et biodiversité de notre microbiote. » Selon cette scientifique, qui a obtenu son doctorat ici même au Canada à l’Université Western Ontario, sur les fondements de la physique quantique, le plus grand obstacle à cette protection de la biodiversité est le « concept de colonialisme », et encore l’idée toujours aussi répandue de « domination de l’environnement » par l’homme, qui a entraîné une « extermination progressive » de la biodiversité, « au nom du progrès ». « Il faut abandonner cette idée de domination et de contrôle sur la nature, nous dit-il. Il faut devenir des co-créateurs plutôt que des maîtres et mettre fin aux monocultures. L’agriculture biologique est un bon début, elle entraîne une biodiversité des pollinisateurs, des insectes, des oiseaux, et en fin de compte, une alimentation plus saine. »