(Montréal) Chassés des hôpitaux et des centres pour aînés par le coronavirus et les mesures de confinement, les artistes de Dr Clown se tournent vers le monde virtuel pour continuer à divertir petits et grands.

Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne

« On appelle ça les rendez-vous Nez à Nez, a expliqué en entrevue le directeur général de l’organisation, Martin Goyette. On a même commencé à l’offrir dans les centres d’hébergement. »

Pandémie oblige, tout se fait donc maintenant en ligne.

Une fois le rendez-vous pris par ses parents, l’enfant passera une quinzaine de minutes devant sa caméra en compagnie de deux artistes de Dr Clown.

Dans le cas des aînés, les rendez-vous sont pris par les responsables du centre, qui doivent aussi gérer toute la logistique de la chose puisque des personnes âgées en perte d’autonomie en sont souvent incapables.

« Le travail est un peu plus complexe virtuellement, le défi artistique est un peu plus relevé, a admis M. Goyette. Comme je dis souvent, le clown thérapeutique carbure à la réaction de son public, donc là c’est beaucoup plus difficile. »

Toute une adaptation

C’est à la mi-mars que la cinquantaine d’artistes de Dr Clown ont été informés de l’arrêt de leurs activités.

« On a rapidement mis en place un service où les artistes travaillent de la maison, a dit M. Goyette. C’est une plateforme un peu comme Zoom, donc qui permet d’avoir les deux artistes qui rencontrent les enfants pendant une période de 15 minutes. »

Dr Clown avait tout d’abord espéré que deux artistes puissent travailler ensemble dans son studio de Montréal, mais les mesures de distanciation sociale ont mis ce plan en échec.

Les artistes travaillent donc individuellement chez eux, ce qui leur demande une grande adaptation.

« Les artistes font beaucoup ce qu’on appelle le slapstick : ils font des cabrioles, ils foncent dans une porte, dans un cadre de porte, ils glissent... Donc ça, c’est un peu plus difficile à la maison, a dit M. Goyette.

« Et les artistes ont aussi des formes de communication entre eux qui sont très subtiles. Alors quand ils sont ensemble dans une chambre, c’est très fluide, évidemment. À l’écran c’est un peu différent. »

Leur présence dans une chambre d’hôpital permet aussi aux artistes de lire l’ambiance qui y règne et de s’adapter en conséquence, voire d’interagir avec les parents ou avec le personnel médical.

Dans ce cas-ci, a dit M. Goyette, « l’écran est sur l’enfant seulement, donc on a moins une vision globale ».

PHOTO FOURNIE PAR LA FONDATION DR CLOWN

Martin Goyette, directeur général de Dr Clown

« Les artistes sont des maîtres dans l’art de l’adaptation, ce qui fait qu’ils peuvent passer d’une chambre où la nouvelle est bonne à une chambre où la nouvelle est moins bonne et réagir rapidement, a-t-il ajouté. Je ne suis donc pas étonné qu’ils aient su s’adapter à la réalité virtuelle. »

Un service là pour rester ?

La crise a amené Dr Clown « ailleurs », a reconnu M. Goyette, mais la situation pourrait porter des fruits pendant encore plusieurs années.

« Ce sera peut-être un service qui va rester dans le futur parce qu’on a beaucoup d’enfants qui retournent à la maison après de longues hospitalisations et qu’on perdait de vue », a-t-il expliqué.

Le monde virtuel est aussi intéressant pour solutionner un problème de distance qui se fait de plus en plus criant, surtout au niveau de la gériatrie, a précisé M. Goyette.

Si la pédiatrie est essentiellement concentrée dans les grands centres, les résidences pour aînés sont éparpillées aux quatre coins de la province et Dr Clown peine à répondre à la demande.

Des artistes ont aussi commencé à produire chez eux des capsules qui pourront combler l’espace entre deux visites en personne.

« L’enfant pourra aller sur YouTube et retrouver son docteur Clown préféré, a dit M. Goyette. On va essayer de faire perdurer l’effet thérapeutique de cette façon-là. Donc la crise stimule notre créativité, si on veut. »

Malgré le succès de cette présence virtuelle et les commentaires positifs que cela génère, les artistes de Dr Clown piaffent d’impatience de pouvoir retourner sur le terrain. M. Goyette assure qu’ils seront prêts dès que le feu vert sera donné.

En attendant, l’organisme tire le meilleur parti possible de la situation actuelle.

« On est convaincus maintenant que ça vaut la peine de continuer dans cette avenue-là, même si au départ on pensait que ça prenait absolument la présence physique, a conclu M. Goyette. La crise nous a amenés là et on va continuer. »