Sortir tous les jours à 18 h sur son balcon ou dans sa cour pour danser ? C’est la bonne idée des initiatrices du groupe Danse la vie/Reste chez toi, qui réunissait déjà plus de 1800 membres sur Facebook vendredi.

Émilie Côté Émilie Côté
La Presse

> Consultez le groupe Facebook Danse ta vie / Reste chez toi

C’est une activité physique, mais c’est surtout « une belle parenthèse solidaire au confinement » et un moyen d’être « seul ensemble ».

Inspirées par les Italiens qui chantent sur leur balcon, Karine Cloutier, Joëlle Arseneau et Déborah Chaveron invitent les gens à danser sur leur balcon, dans leur cour ou devant leur fenêtre tous les soirs à 18 h.

Elles ont créé le groupe Facebook Danse ta vie/Reste chez toi, où les membres mettent en ligne des vidéos de leurs performances dansantes. On y voit des voisins danser dans leur cour respective. D’autres en pyjama dans leur salon. D’autres encore dans le bois à la campagne. Ou dans leur résidence pour aînés.

Joëlle Arseneau habite à Terrebonne (avec ses trois adolescents et son bébé de 15 mois), Karine Cloutier dans Hochelaga-Maisonneuve, alors que Déborah Chaveron vit dans Ahuntsic. Cette dernière est l’instigatrice du projet.

Si Karine Cloutier et Joëlle Arseneau communiquent ensemble chaque jour par l’entremise du groupe qu’elles administrent sur Facebook, elles ne se connaissaient pas avant. Elles dansent maintenant ensemble — virtuellement, on s’entend — grâce à l’application Zoom.

Elles sont la preuve que de nouvelles amitiés peuvent naître en pleine crise du coronavirus. Même à distance.

« J’ai hâte de rencontrer Karine en personne. On se connaît virtuellement seulement depuis le début du confinement et c’est une femme rassembleuse qui a le cœur sur la main, dit Joëlle Arseneau. Ce sera une belle rencontre. J’ai la certitude que l’amitié qui se crée entre nous trois à travers Danse la vie va perdurer bien au-delà de la crise. »

Garder le moral

Karine Cloutier est professeure de yoga et de danse. « Mon conjoint est américain donc je suis seule à la maison et c’est difficile… C’est bon pour mon moral de savoir que des gens m’attendent à 18 h. »

« Tout le monde vit des tensions », souligne-t-elle. Les couples et les familles en confinement qui n’en peuvent plus d’être à huis clos dans leur maison, comme les gens seuls qui souffrent de solitude. « On s’écrit, on se soutient, et on sait que, chacun de notre côté, nous allons tous sortir danser à 18 h. »

Danser relâche les tensions, rappelle-t-elle. « Les gens ont besoin de lâcher leur fou. »

PHOTO TIRÉE DE SA PAGE FACEBOOK

Joëlle Arseneau

Cela fait tellement du bien de décrocher de tout ce qui se passe tous les jours à 18 h. Il y a de la peur en nous, mais encore une joie de vivre et c’est bon de l’exprimer.

Joëlle Arseneau

Chaque jour, le groupe Danse ta vie/Reste chez toi crée de nouvelles ramifications de l’Abitibi au Saguenay jusqu’à Sept-Îles, en passant par Drummondville… Il y a même des membres en France.

« Nous sommes dans une situation où nous sommes obligés d’être en isolement, mais nous pouvons nous regrouper virtuellement », dit Joëlle Arseneau.

Les voisins de Karine Cloutier sortent danser avec elle — mais chacun devant chez soi — dans Hochelaga-Maisonneuve. « Cela nous permet de nous voir. »

« Le premier soir, le couple de gens âgés qui vivent devant chez moi me regardait de leur fenêtre. Le deuxième soir, ils ont mis leur manteau. Le troisième, ils ont ouvert la porte. Le lendemain, ils sont sortis faire une marche. Eh bien, le soir d’après, ils m’attendaient et ils ont dansé ! raconte-t-elle. Je n’avais jamais parlé à mon autre voisine et nous avons jasé 30 minutes, hier soir. C’est beau. »

La crise du coronavirus nous force à être créatifs, souligne Karine Cloutier, qui donne maintenant en ligne ses cours de danse.

Le groupe Danse ta vie/Reste à la maison lui permet de « ne pas être en boule dans [s]on lit » pendant la crise du coronavirus. « Alors que je suis seule à la maison, c’est pour moi un réseau et un projet rassembleur. »