Avec des milliers de voyageurs en isolement et des centaines de milliers d’aînés barricadés, les livreurs de repas et d’épicerie permettent aux Québécois en quarantaine de garder un lien avec l’extérieur.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Dans les porte-gobelets de la petite voiture jaune de Jimmy Cuellar, pas de café : une bouteille d’alcool à friction à gauche, une bouteille de mousse désinfectante à gauche.

Le livreur de la Rôtisserie St-Hubert du métro Cadillac, dans l’est de Montréal, suit les instructions de ses patrons afin de s’assurer qu’il ne livre pas le coronavirus en même temps qu’un quart-cuisse. M. Cuellar porte des gants qu’il change à chaque livraison, a emballé sa machine à paiement dans un sac jetable et se lave les mains à chaque retour en rôtisserie. L’argent comptant est refusé, le paiement sans contact est privilégié.

« Il y a du monde qui ne peut pas sortir », a souligné M. Cuellar, qui saisit bien l’utilité de son travail en ce moment. La salle à manger de la rôtisserie avait été fermée la veille, conformément à une consigne de la chaîne pour tout le Québec. Options restantes : les repas pour emporter et la livraison. Elle « devrait rester ouverte », espère M. Cuellar.

Le livreur file à travers les rues de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve vers un complexe de condos à l’ombre du mât du Stade olympique. Sabrina et Jonathan, dans la vingtaine, mangeront leur poulet rôti à la maison, vêtus de leur coton ouaté.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Jimmy Cuellar a emballé sa machine à paiement dans un sac jetable.

« On est rentrés de New York hier soir. On a fait très attention, mais on fait la quarantaine quand même », a indiqué le jeune homme en payant son repas. Son amie a bien tenté de faire son marché en ligne, mais la prochaine plage de livraison disponible était quatre jours plus tard. « Mais j’ai des choses de base », répond Sabrina quand on lui demande si elle devra se faire livrer des repas de restaurant jusque-là.

Les épiceries très sollicitées

Les chaînes de supermarchés comme IGA et Metro confirment que leurs services d’épicerie en ligne sont très sollicités. Les clients doivent faire preuve de patience avant de recevoir ce qu’ils ont commandé.

« Il y a une immense augmentation de volume » qui « ralentit le rythme des livraisons », a affirmé Jean François Belleau, du Conseil canadien du commerce de détail, qui parle au nom de l’industrie. « Trois jours de délai, ce n’est pas si mal » en ce moment, a-t-il dit.

Les trois grandes chaînes nationales ont annoncé aujourd’hui qu’elles réduiraient leurs heures d’ouverture, permettant à leurs employés de remplir les tablettes et de monter les commandes destinées à être livrées, a continué M. Belleau.

Aux supermarchés P.A., une entreprise qui exploite quatre épiceries dans la région de Montréal, on ne suffit plus à la demande. Le système de commandes en ligne a été suspendu pour être réactivé la nuit dernière. Et le délai minimal de livraison est de trois jours. « La livraison, les commandes, tout est surchargé, a expliqué le gérant Marco Moscato. On tente de s’arranger avec les employés qu’on a. »