« On nous traite souvent comme des enfants de 5, 6 ans. On se sent mal. Il y a beaucoup de préjugés sur la déficience intellectuelle. Regardez-moi : je suis rendue à 31 ans et je fais des projets exceptionnels ! »

Catherine Handfield Catherine Handfield
La Presse

Sept ans après la sortie du film Gabrielle, dont elle tenait le rôle-titre, la comédienne Gabrielle Marion-Rivard n’a pas changé. Mêmes yeux rieurs, même sourire contagieux, même énergie.

Cette année encore, Gabrielle est co-porte-parole de la Semaine québécoise de la déficience intellectuelle, qui a lieu du 17 au 23 mars. Qu’aimerait-elle qu’on sache à propos de la déficience intellectuelle ? Nous lui avons posé la question. Elle en avait long à dire.

« On est capables ! »

Nous avons rencontré Gabrielle Marion-Rivard à l’école Champagnat, près du métro Laurier. C’est là que se trouve l’école Les Muses, qui offre une formation professionnelle en arts de la scène à des personnes vivant une situation de handicap.

Gabrielle, qui a le syndrome de Williams, y étudie depuis l’âge de 18 ans.

Car oui, souligne-t-elle, les gens ayant une déficience intellectuelle peuvent très bien avoir un beau parcours scolaire. Gabrielle fait l’aller-retour Belœil-Montréal chaque jour, seule (« transport adapté, autobus, métro, école, métro, autobus, transport adapté, merci, bonsoir ! », résume-t-elle en riant).

Il y a souvent des gens qui disent : « Ah, ils ne sont pas capables de faire grand-chose. » Ils pensent qu’on reste chez nous à ne rien faire. C’est faux ! Moi, je travaille très, très fort.

Gabrielle Marion-Rivard

« Je vais m’entraîner aussi, souligne Gabrielle. Je fais de la danse, de la gigue, je fais du théâtre. Ça demande une grande discipline ! On est tous capables de faire quelque chose. »

Son visage s’illumine lorsqu’elle aborde l’étape majeure qu’elle s’apprête à franchir : partir en appartement pour y vivre seule.

« Je me sens un peu excitée parce que c’est un de mes rêves, s’enthousiasme-t-elle. Maman et moi, on s’est beaucoup parlé de comment je vais vivre en appartement. C’est sûr qu’il y aura des hauts et des bas. J’ai beaucoup à apprendre : faire mon ménage et mon lavage toute seule, aller à l’épicerie toute seule… C’est un grand cheminement ! »

Gabrielle suit en ce moment une formation dans un appartement-école avec Isabelle, son éducatrice spécialisée.

Autre point : les personnes ayant une déficience intellectuelle sont capables de répondre pour elles-mêmes. Une question ? Posez-la donc à elles plutôt qu’à l’accompagnateur ou au parent à côté.

« Les parents sont vraiment importants, ça, je suis d’accord, dit Gabrielle. C’est grâce aux parents qu’on peut atteindre des rêves, atteindre de grands cheminements. Mais parfois, les gens ne nous parlent pas beaucoup ! »

Capables de travailler, aussi

La Société québécoise de la déficience intellectuelle veille à mettre de l’avant le plein potentiel des gens ayant une déficience intellectuelle, souligne sa directrice adjointe et des communications, Anick Viau, qui était aux côtés de Gabrielle pendant l’entrevue.

« Au lieu de partir d’emblée en disant que cette personne est incapable, on fait l’inverse : elle est capable. Capable de travailler, capable d’avoir une vie amoureuse, capable d’aller en appartement. Il faut juste bien l’encadrer. »

Le milieu de travail demeure un enjeu, convient Anick Viau. Gabrielle a un beau parcours professionnel (elle a des contrats de télé, de théâtre et fait des tournées dans les écoles avec la compagnie de gigue contemporaine Mai(g)wenn et les orteils). Mais pour d’autres, c’est plus difficile.

Anick Viau évoque l’affaire Walmart, en 2018. Le géant américain avait mis fin à son programme au Québec permettant d’intégrer des personnes ayant une déficience intellectuelle. Pas moins de 19 personnes avaient perdu leur emploi.

Gabrielle s’enflamme quand on lui remémore cet épisode. « J’étais tellement triste ! lance-t-elle. J’étais vraiment triste. J’étais déçue, vraiment déçue. Ils travaillaient là et ils se sont fait virer… »

N’empêche, cet événement a provoqué une prise de conscience collective, selon Anick Viau. La mobilisation citoyenne a permis à ces gens de retrouver un emploi dans leur région, dit-elle.

« Surtout en contexte de pénurie d’emploi comme en ce moment, il y a tellement de travail qui demande de la répétition. Les personnes qui ont une déficience intellectuelle aiment ce genre de travail », dit Anick Viau, qui souligne qu’elles ont simplement besoin d’un bon encadrement au départ et de plus de temps pour s’adapter.

Choisir les bons mots

Autre sujet qui titille Gabrielle : le choix des mots quand on parle de déficience intellectuelle. Cet enjeu préoccupe beaucoup les principaux intéressés. Voilà pourquoi la SQDI a diffusé cette année un outil linguistique pour les acteurs du milieu des communications. Gabrielle le présente dans cette vidéo.

Le mot d’ordre ? La déficience intellectuelle est un état, et non une maladie. On évite donc de dire « atteint de » ou « souffrant de », par exemple.

« Je sais que j’ai sacré dans la vidéo, dit Gabrielle en riant. C’était pour dire qu’on est tannés, qu’on est un peu écœurés. Les journalistes pensent qu’on souffre… Ben non ! On est capables de faire des grandes choses ! »

> Consultez le site de la Société québécoise de la déficience intellectuelle

Annulation

En raison de l’actuelle pandémie de COVID-19, les activités physiques liées à la Semaine québécoise de la déficience intellectuelle sont annulées. Toutefois, plusieurs initiatives ont été ou seront déployées sur le web à travers les réseaux sociaux d’organismes et associations qui travaillent en déficience intellectuelle.

> Consultez la page de la Semaine québécoise de la déficience intellectuelle