La crise de la COVID-19 cause de nombreux maux de tête dans la population. Il y a la crainte d’avoir la maladie, le casse-tête lié à la fermeture des écoles et des garderies, sans compter le stress financier. Et les personnes les plus vulnérables sont les premières à être touchées. Mais des ressources existent pour leur venir en aide.

Catherine Handfield Catherine Handfield
La Presse

Vendredi matin, la supérieure de Mélissa Dupras, au travail, lui a demandé comment elle se sentait. Mélissa lui a dit la vérité : inquiète. Inquiète pour son fils Léo, 6 ans.

Mélissa est éducatrice auprès de jeunes dans le réseau de la santé. Si, par malheur, elle ramenait la COVID-19 à la maison, ça pourrait être grave pour Léo, qui a une maladie congénitale rare. Son hypophyse ne produit pas assez d’hormones. « Il est vulnérable à tous les virus », dit sa mère, qui a deux autres enfants de 4 ans.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Mélissa Dupras s’inquiète pour son fils Léo, 6 ans, aux prises avec une maladie rare qui le rend extrêmement vulnérable aux virus.

La gestionnaire de Mélissa, compréhensive, lui a dit qu’elle pouvait se passer d’elle pour deux semaines. Mais pour la suite, tant Mélissa que sa supérieure sont dans l’incertitude. La mère de famille pourra-t-elle faire des tâches de chez elle ? Devra-t-elle prendre un congé sans solde ? « Deux semaines sans solde, on est capables de s’organiser. Mais au-delà de ça, on a des factures à payer », dit Mélissa.

« C’est un stress qui va sur tout, résume-t-elle. La condition médicale de mon fils, les finances, combien de temps ça va durer… »

Des stress qui s’accumulent

La crise de la COVID-19 crée beaucoup d’inquiétude dans la population, voire d’anxiété et même de détresse, dans certains cas. Il y a la peur de contracter la maladie et de la transmettre à des gens vulnérables autour de soi. Il y a le casse-tête lié à la fermeture des écoles et des garderies. Et il y a bien sûr le stress financier.

Ottawa prévoit plusieurs mesures financières, dont des prestations d’assurance-emploi pour les gens mis en quarantaine et un programme d’aide bonifié pour les entreprises touchées par le ralentissement des activités. 

Le premier ministre Justin Trudeau a aussi promis dimanche de l’aide financière aux ménages et aux familles qui n’auront pas accès à l’assurance-emploi. Lundi, Québec a aussi annoncé le versement d’une compensation financière aux travailleurs qui doivent être en isolement et qui n’ont pas accès à l’assurance-emploi ou à un autre programme privé.

Le stress provoqué par la crise de la COVID-19 commence à se faire sentir sur le terrain et chez les organismes qui aident les plus vulnérables. Chez Tel-Aide, personne n’appelle encore directement pour cette raison, mais le coronavirus s’ajoute à l’anxiété, en toile de fond, indique la directrice générale, Anne Lagacé Dowson. Au centre de crise Le Transit, à Montréal, la demande a augmenté ces derniers temps.

« Je m’attends à ce que ce problème de santé publique amène d’autres problèmes de santé publique, par vagues », dit le directeur général du Transit, Guillaume Le Moigne, qui craint notamment une résurgence de la violence conjugale liée au confinement. Il plaide pour l’élaboration d’une stratégie en santé mentale pour assurer les services pendant l’épidémie de COVID-19.

La crise de la COVID-19 ne risque pas d’enrichir le commun des mortels, convient quant à lui Richard Daneau, directeur général de Moisson Montréal. Au contraire, dit-il, elle risque de l’appauvrir.

« Mais avant même de penser à la croissance de la demande pour les services alimentaires d’urgence, aujourd’hui, on en est plutôt à se demander comment on va garantir que les services de base soient maintenus », dit-il.

En effet, même si Moisson Montréal a mis en place plusieurs mesures de filtrage et de prévention pour assurer la sécurité de ses bénévoles, ces derniers manquent à l’appel. Il y en avait une trentaine hier. Il en faut 85 par jour pour bien fonctionner.

Insécurité omniprésente

Une grande insécurité persiste, encore plus chez ceux qui vivent déjà dans la précarité.

Au bout du fil, on sent l’anxiété dans la voix de Marie, qui préfère être citée sous un nom fictif de peur de perdre son emploi. Elle fait l’entretien ménager dans les chambres d’un hôtel à Montréal. Un employé d’une compagnie aérienne a quitté cet hôtel en ambulance la semaine dernière parce qu’il présentait des symptômes grippaux, dit-elle.

Depuis, Marie et ses collègues ont peur de retourner travailler. « J’ai prié le Bon Dieu pour que ça ne soit pas moi qui aie nettoyé cette chambre », nous dit Marie. Elle s’est mise à faire de la pelade ces derniers jours (perte de cheveux), qu’elle attribue au grand stress qu’elle vit. « Le niveau de stress est vraiment, vraiment intense. Je n’en dors plus, je n’en mange plus. »

Marie est chef de famille monoparentale de cinq enfants, dont deux souffrant de difficultés respiratoires. C’est habituellement sa mère qui les garde, mais Marie ne veut pas l’exposer au risque de contracter la maladie. « Si je refuse d’aller travailler, je ne sais pas comment l’assurance-chômage va le percevoir », dit-elle.

Entre-temps, les réserves financières de Marie s’épuisent. « Mon frigo est déjà presque vide, je n’ai pas de liquidités. En banque, je vis uniquement avec mes paies. » Elle voulait acheter du lait hier à l’épicerie, mais il n’y en avait plus. Pas d’œufs non plus. Ça l’a stressée encore plus.

Il y a aussi le cas de Cassandre, qui travaille dans un centre d’appels comptant des centaines d’employés. Elle a décidé de rester à la maison, d’abord pour garder ses deux enfants, mais aussi par crainte de contracter la maladie. « Je ne sais pas comment nous allons faire pour payer les factures », dit-elle.

Et il y a encore celui de Mélanie Tapp, qui fait du remplacement dans des garderies en milieu familial. Comme travailleuse autonome, elle ne pense pas avoir droit aux prestations d’assurance-emploi. L’épicerie qu’elle a faite ne durera pas deux semaines, dit-elle. Elle élève seule ses quatre enfants.

Vous avez besoin d’aide ?

Lignes d’écoute pour les gens en souffrance

> Regroupement des services d’intervention de crise au Québec

Offre des services 24/7 pour la population en détresse.

> Tel-Aide

Centre d’écoute offert 24/7 aux gens qui souffrent de solitude, de stress, de détresse ou qui ont besoin de se confier. 

514 935-1101 

> Écoute entraide

Organisme communautaire qui soutient les personnes aux prises avec de la souffrance émotionnelle. 

514 278-2130 ou 1 855 EN LIGNE

> Service d’intervention téléphonique 1 866 APPELLE (277-3553)

Ligne d’intervention visant à prévenir le suicide.

Site du gouvernement du Québec sur les troubles anxieux

Réseau Avant de craquer

Tel-Jeunes