La démarche Rêver pour créer est aussi singulière qu’inédite. L’objectif : récolter, en 2020, les rêves des Québécois pour 2040. Diffuser ces rêves dans la population et en débattre à travers des activités et des œuvres artistiques. Et, ultimement, influencer les décideurs publics pour qu’ils s’en inspirent et fassent d’une partie de ces rêves des réalités.

Catherine Handfield Catherine Handfield
La Presse

L’initiative provient de l’Institut du Nouveau Monde et de la Fondation Lucie et André Chagnon. Le poète et romancier David Goudreault en est le porte-parole.

Et il en parle avec passion.

« Pour moi, il y a cette intention-là de contribuer à ce que les gens rêvent pour vrai, qu’ils donnent des idées originales pour vrai, nous dit David Goudreault, qui a offert un atelier de récoltes de rêves à des élèves, vendredi matin, à la Bibliothèque nationale du Québec, lors du lancement officiel de Rêver pour créer. Et qu’ils n’aient pas peur de rêver fort et de rêver grand. Et qu’ils rêvent tellement fort et tellement grand que ça n’aura pas le choix de donner quelque chose au bout du compte. Qu’on rêve puissamment. »

À partir d’aujourd’hui, tout le monde est invité à partager ses rêves sous forme de textes, de vidéos, d’enregistrements audio, de photos ou même de dessins sur la plateforme reverpourcreer.ca. Les idées doivent permettre de faire du Québec une société plus juste, plus solidaire.

Tous sont invités, donc, mais en particulier la jeunesse.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Iliass Bouhsane

Mon rêve, ce serait de voir des écoles plus modernes et qu’on s’attarde plus aux générations actuelles. Je rêve aussi de transports en commun plus accessibles.

Iliass Bouhsane, 16 ans

« On ne les entend pas, les jeunes », fait remarquer David Goudreault. Pourtant, dit-il, les enfants ont deux choses en moins que les adultes : le cynisme et la désillusion. « L’enfant, il ne le sait pas que c’est difficile de faire bouger un gouvernement et que la société, ça peut être rigide et extrêmement gris et figée dans ses vieilles habitudes. Pour l’enfant, tout est possible pour vrai. »

Si David Goudreault a accepté de s’associer au projet lorsqu’il a été approché par la Fondation Chagnon, c’est pour deux chapeaux pour lesquels on le connaît moins : celui de père d’enfants de jeunes enfants (les siens ont 3 et 5 ans), et celui de travailleur social.

Le Sherbrookois anime depuis de nombreuses années des ateliers d’expression dans les écoles et les centres de détention. Il entend donc consacrer une portion de ces rencontres pour débusquer les rêves de ceux qu’on n’entend pas, des rêves parfois « trop originaux pour être entendus ailleurs ».

5000 idées originales

David Goudreault voit dans son rôle de porte-parole l’occasion de devenir une courroie entre la population qu’il côtoie et des gens qui ont un réel pouvoir politique et financier. Soulignons que la Fondation Chagnon, fondée par André Chagnon (qui a aussi fondé Vidéotron), est la plus importante fondation familiale au Canada.

« En même temps, enchaîne David Goudreault, je ne suis pas complètement fou non plus. Je sais que c’est du long terme, que ça va demander des efforts. »

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Leah Gustave

J’aimerais que tous les endroits soient adaptés pour les gens qui ont une limitation physique. Et j’aimerais aussi que les gens ne jugent pas trop vite les autres.

Leah Gustave, 13 ans

Si l’initiative ne va pas plus loin que la récolte des idées, il sera le « premier déçu », dit-il.

« Par contre, ce que j’entends et ce que je vois, c’est qu’il y a aussi des moyens qui sont mis pour qu’il y ait vraiment une appropriation collective et une diffusion de ces idées-là », ajoute David Goudreault, qui espère que les rêves seront entendus des politiciens et des philanthropes et que le réseautage permettra d’en concrétiser plusieurs. La fondation Chagnon, dit-il, a le pouvoir de porter le message longtemps.

Le but est de récolter 5000 idées originales (« on veut sortir de la paix dans le monde ») et d’en débattre.

« Est-ce qu’on va en retenir 4000, 400 ou 44 ? Si ça permet d’avoir 44 idées originales qui se concrétisent, si ça permet d’avoir des parcs dans des milieux où il y avait juste de la grisaille, si ça permet d’avoir des professionnels pour des enfants vulnérables dans tel quartier ou dans tel réseau de CPE, déjà, ça va être énorme. »

Participer à un tel exercice permet de se positionner par rapport au monde. Et ce positionnement est déjà un gage d’engagement, note David Goudreault, qui fait le parallèle avec le Pacte pour la transition.

Quelques rêves déjà récoltés sur la plateforme reverpourcreer.ca

• Que les gens arrêtent de dire des méchancetés sur les gens à cause de leur religion ou leurs croyances. - Hélèna, 12 ans

• Conserver la biodiversité - Lyna, 13 ans

• Arrêter le plastique, le pétrole, la pollution. Faire des voitures électriques. Tout doit devenir électrique. - George, 12 ans

• Que l’homophobie cesse, car tout le monde est pareil - Marylou, 12 ans

• Un centre-ville sans voitures, plus de pistes cyclables protégées - Anonyme

• Reconnaître les droits des femmes sans se poser de questions - Karine, 34 ans