Les seiches sont les caméléons des mers. Elles peuvent changer de couleur pour échapper à un prédateur, pour s'approcher d'une proie, ou dans le cas des mâles pénétrer le harem d'un concurrent plus fort. Des chercheurs allemands viennent de percer le mystère des neurones contrôlant le mimétisme des seiches.

Mathieu Perreault LA PRESSE

La couleur d'une seiche dépend de millions de petits pigments de cinq couleurs : jaune, orange, rouge, brun et noir. Les biologistes de l'Institut Max-Planck et de l'Université Goethe à Francfort ont suivi avec des caméras plusieurs dizaines de milliers de ces « chromatophores » et les muscles minuscules qui les contrôlent, avec six seiches communes (sepia officinalis) dans un aquarium de 4000 litres.

« C'est l'un des systèmes de coordination motrice les plus complexes jamais observés », affirment deux neurobiologistes portugais, dans un commentaire publié avec l'étude allemande dans la revue Nature, mercredi le 17 octobre à 13 h. « Ces résultats suggèrent que les neurones moteurs sont organisés selon une hiérarchie : des modules de haut niveau contrôlent l'ensemble des patterns de la peau et des modules de plus bas niveau contrôlent des motifs locaux plus simples. Cette hiérarchie de contrôle moteur est depuis longtemps proposée pour expliquer le comportement de la plupart des animaux, y compris les humains. » Cette étude est particulièrement intéressante pour la compréhension des neurones humains parce que la seiche a le plus gros cerveau de tous les céphalopodes.

Au passage, les biologistes de Francfort ont découvert que chaque pigment -chaque chromatophore- change de couleur en vieillissant. Il commence par être jaune, puis devient plus foncé jusqu'à être noir. De plus, le rapport entre les différentes couleurs de chromatophores reste stable partout sur le corps de la seiche, ce qui implique qu'il est contrôlé par une naissance plus ou moins rapide de nouveaux pigments.