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Patsy Van Roost: renaître chaque décembre

Patsy Van Roost, « la fée du Mile End »... (Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse)

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Patsy Van Roost, « la fée du Mile End »

Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse

Chaque semaine, une personnalité nous offre ses réflexions sur cette période effervescente de l'année. Aujourd'hui, Pause rencontre la «fée du Mile End», Patsy Van Roost.

«Je suis devenue fée parce que je déteste Noël. Pour moi, cette fête souligne toutes les absences, tous les manques, et te les jette en pleine figure », lance Patsy Van Roost. Pourtant, c'est bien grâce à Noël que l'artiste s'est fait connaître: en semant la magie autour d'elle et dans tout son quartier.

«J'ai toujours eu envie de mourir en décembre. C'est vraiment grave pour moi, insiste-t-elle pour montrer qu'il ne s'agit pas d'une image. Trois mois avant, je commence à angoisser.» Il y a tout ce qu'on « doit » et qui pèse à Noël: la consommation, la course, les décorations... Et puis, il y a la pauvreté et la solitude, soudain mises en lumière par contraste.

Pour déjouer le spleen de l'avent, celle qu'on a surnommée «la fée du Mile End» s'est offert un Noël sur mesure, dont ont bénéficié, par la bande, les résidants de son quartier. En 2012, elle créait un premier projet collectif dans le Mile End afin de provoquer des rencontres entre voisins: un conte déployé en 25 morceaux, comme un calendrier de l'avent, et affiché chaque jour dans la fenêtre d'une maison de la rue Waverly.

Le fait qu'elle ait alors choisi d'illustrer La petite fille aux allumettes est révélateur. «Je me sentais moi-même comme ce personnage. C'était une période difficile où je n'arrivais pas à joindre les deux bouts. C'est d'ailleurs l'histoire de ma vie!» Ses projets rassembleurs ne lui rapportent rien, financièrement. Elle les fait par conviction, par générosité, parce qu'elle en a besoin et d'autres aussi.

Ouvrir sa porte

Depuis ce premier Noël, l'artiste a poussé le concept un peu plus loin chaque année, jusqu'à son aboutissement en décembre 2016. Vingt-trois familles de tous horizons - des bien nantis, d'autres moins - ont ouvert tour à tour les portes de leur maison pour y faire entrer des inconnus. Sans rien demander en retour. Sans discrimination. Simplement pour que les gens se rencontrent et se racontent.

«Cette année, j'ai eu l'impression d'arriver au bout de quelque chose. J'ai réussi à faire la démonstration que les gens sont intéressés à ouvrir leur porte. Et ce n'est pas qu'une histoire d'un soir! Ils se recroisent ensuite sur la rue, dans un commerce. La relation continue.»

Certains, comme une septuagénaire du quartier, en sont devenus accros. «[Cette dame] souffrait de son isolement. Elle a fait toutes les portes et est devenue la reine de l'événement. C'est ça, la vraie magie de Noël!» C'est celle qui met de la lumière dans le coeur et les yeux, et pas juste dans le sapin.

Le projet de L'arbre à palabres est exposé... (Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse) - image 2.0

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Le projet de L'arbre à palabres est exposé sur la clôture du parc Girouard, à l'intersection des rues Marcil et Sherbrooke.

Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse

De portes en arbres

Le projet a depuis fait des petits ailleurs, dans d'autres quartiers, d'autres villes. Dans le Mile End, certains en ont fait un rituel. La fée s'en est cependant allée répandre sa poésie ailleurs.

En août dernier, de violentes rafales ont décimé plusieurs arbres du quartier Notre-Dame-de-Grâce. L'artiste a voulu les faire revivre en les enveloppant dans des tableaux narratifs écrits par un jeune auteur, et laissés en partie vierges pour que la communauté puisse les alimenter.

L'histoire a connu quelques embûches. Le 6 décembre, l'artiste découvrait que les arbres avaient été coupés au ras du sol par la Ville, cela afin de les faire sécher et d'en faire éventuellement des sculptures, raconte-t-elle. Elle a toutefois réussi à réanimer le projet de L'arbre à palabres en l'exposant sur la clôture du parc Girouard, à l'intersection des rues Marcil et Sherbrooke.

«Moi, c'est ça qui me branche: je ne trippe que si je suis dans la création, explique l'artiste diplômée des beaux-arts à Concordia et en design d'événements à l'UQAM. Je ne peux pas refaire le même projet deux fois.» Pourtant, cette année, elle a l'impression d'avoir volé Noël. Son projet se déroule ailleurs, sans qu'elle soit témoin de sa magie. La fée du Mile End a l'impression d'avoir failli à sa mission d'apporter du bonheur dans le quartier qui lui a valu son surnom.

Et puis il y a ceci: après 20 ans au même endroit, elle se fait évincer de son logement, devenu trop cher pour ses moyens. Jamais, depuis cinq ans, ne s'était-elle encore sentie comme une petite fée aux allumettes...

Savoir offrir et demander

«J'ai beau être la fée du Mile End, ma survie dans ce quartier n'est pas assurée.» Elle n'a pas osé en parler aux gens qu'elle croise, à la communauté qu'elle a voulu tisser plus serré et à qui elle a ouvert sa porte la première. Offrir de l'aide, estime-t-elle, est parfois plus facile que d'en demander.

Cette semaine, elle osait enfin faire un appel de détresse sur sa page Facebook.

«Les gens présument que je suis très sollicitée. Mais je suis une solitaire, une timide. Si je ne vais pas au café, je peux passer 24 heures sans voir un humain. Mon monde est petit.» Cela, bien qu'elle ne puisse faire quelques pas sans se faire aborder dans la rue. Malgré ses 4700 amis Facebook. «Il n'est pas facile d'aller vers les autres, confie-t-elle. Les gens veulent pourtant donner, se rapprocher.»

Cette année, de la rue, la fée aux allumettes regarde de nouveau briller les lumières, scintiller les décorations et se préparer la dinde chez d'autres. Son grand coeur est en deuil, mais elle sait maintenant qu'elle n'est pas complètement seule. Elle continuera d'agiter sa baguette dans un autre quartier où il sera sûrement tout aussi porteur, se console-t-elle. Parce qu'il part d'un sentiment humain : le besoin de l'autre.




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