Ouvert depuis deux ans, l'hôtel La Ferme fait la part belle aux créateurs québécois. Il suffit de visiter l'établissement de Charlevoix pour constater que le design choisi perdurera. Portrait de deux créateurs qui y ont collaboré et morceaux de décoration choisis... histoire de s'inspirer.

Marie-Eve Morasse LA PRESSE

Dès qu'on y met les pieds, l'hôtel La Ferme fait son effet. Non seulement l'ensemble architectural conçu par le consortium Lemay Michaud, STGM et Hudon Julien Architectes est réussi, mais il règne à l'intérieur une unité qui étonne. On sent que chaque élément de la décoration a été choisi avec soin.«Chaque objet est unique», confirme Martin Lamothe, directeur général de l'établissement. «Quand on travaille avec des produits québécois, ça coûte un peu plus cher, mais c'est dans notre philosophie de travailler avec des gens de la région», poursuit-il.

Ainsi, au lieu d'opter pour un fauteuil italien, on a cherché un équivalent fait au Québec. Les draps ne sont pas «made in China», et celui qui a un oeil avisé ou l'épiderme sensible le remarquera. Comme sa cuisine, la décoration de La Ferme est résolument du terroir.

Du design et des racines

Le moins que l'on puisse dire du designer Félix Guyon, c'est qu'il est bien ancré. «Je suis bien dans mes racines», illustre ce petit-fils d'un fabricant de chaloupes, fils d'artistes, qui a rapidement vu les portes s'ouvrir devant lui après des études en design industriel.

Il aurait pu aller travailler partout dans le monde, mais c'est à Verchères qu'il a installé ses pénates et créé Les Ateliers Guyon. «C'est là que tout prend son sens», dit-il.

Assez rapidement, ses chaises, tables et lampes ont été remarquées. A suivi une commande spéciale de l'hôtel La Ferme. Dans le pavillon Le Clos, ses chaises suspendues occupent une place centrale, tandis que les lampes L'Allumeuse, fabriquées avec des contenants de propane usagés, volent la vedette au Café de la Gare.

Son approche porte ses fruits et a été reconnue à la fin du mois dernier lors de la remise des huitièmes Grands Prix du design, où Félix Guyon a remporté le Prix de la relève. Le jury s'est dit impressionné par le travail du designer, «porté par un souffle poétique peu commun».

Des créations «ludiques»

Bien qu'il reçoive des demandes de gens ayant vu ses créations et souhaitant se les procurer, Félix Guyon ne les produit pas en grande quantité.

«Ce que je fais est assez ludique et c'est cher à faire. La clientèle, elle n'existe pas ici. Les gens qui ont de l'argent veulent des choses dont l'originalité va être exprimée de manière plus élégante. On tombe dans un créneau trop drôle pour le prix», dit-il. Comment justifier un prix de vente de 500$ pour une chaise en contreplaqué russe? demande-t-il.

Félix Guyon réfléchit à voix haute: sur les meubles faits en Chine, les créateurs qui peinent à trouver une clientèle, mais aussi sur ses propres contradictions. Entre l'art, le design et la rentabilité, l'équilibre est difficile à trouver.

Avec sa copine, il conçoit présentement des objets «résidentiels» qui seront bientôt mis en vente en ligne. Ça va du luminaire aux miroirs en passant par des bols, pour mettre «de la fantaisie dans la vie de tous les jours». «On utilise des techniques contemporaines pour faire quelque chose de poétique», dit Félix Guyon.

La poésie, l'art, le mobilier, les racines: tout ce qui revient dans le discours de Félix Guyon s'est incarné l'été dernier dans les «Bancs Voiles», installés sur le bord du fleuve à Verchères, en hommage aux fondateurs de la municipalité. Ils sont nés sur la planche à dessin de Félix Guyon, aux racines mêmes du design.

http://www.lemassif.com/fr/hotel/

http://www.lesateliers-guyon.com/