Jadis mouton noir de son quartier, la résidence de Danielle Paulin et d'Alexandre Loubier est aujourd'hui un fleuron de la rue Fraser, à Lévis. De l'ancien bureau des permis municipaux, du bordel, puis de la sinistre maison de chambres, il ne reste que la distinguée façade art déco et les poutres de béton, au plafond, qui ont inspiré à ses propriétaires l'ouverture de tous les espaces intérieurs.

Michèle LaFerrière
Michèle LaFerrière LE SOLEIL

Jadis mouton noir de son quartier, la résidence de Danielle Paulin et d'Alexandre Loubier est aujourd'hui un fleuron de la rue Fraser, à Lévis. De l'ancien bureau des permis municipaux, du bordel, puis de la sinistre maison de chambres, il ne reste que la distinguée façade art déco et les poutres de béton, au plafond, qui ont inspiré à ses propriétaires l'ouverture de tous les espaces intérieurs.

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Avant d'emménager sur la rive-sud de Québec, Danielle et Alexandre avaient l'habitude de se payer des «croisières» sur le traversier afin d'arpenter Lévis. Un jour, juste en haut de l'escalier rouge qui conduit à l'une des plus belles rues de la ville, Danielle aperçoit cet édifice avec ses «fenêtres trouées».

Compte tenu de son âge, 85 ans, et de son ancienne vocation de bureau des permis, la maison est classée «patrimoniale». Pas question, par exemple, de la doter de n'importe quelles fenêtres. «Il a fallu installer des fenêtres à petits carreaux», précise Alexandre, maçon de son métier.

L'arrière de la bâtisse donne sur le fleuve. Mais le mur était aveugle, puisqu'une voûte occupait encore le fond. Au terme de longues discussions avec les voisins, Alexandre et Danielle obtiennent la permission de percer deux immenses fenêtres - à petits carreaux - , entre lesquelles ils érigent un foyer.

Danielle, agente de bord, a étudié en arts. Elle sait ce qu'elle veut. Le magasinage et la déco, c'est son rayon. Le chum, lui, concrétise les idées qu'ils développent en duo. «Il a fait 60 % des travaux», résume sa blonde. La mise à nu de l'intérieur, la réfection de la façade, les fondations, les comptoirs de béton dans la cuisine et une salle de bains, le mur de brique dans la salle à manger, tous ces travaux et plus encore, il les a réalisés lui-même, entre janvier 2004 et maintenant.

Le plancher du rez-de-chaussée s'accorde avec les poutres de béton et les fenêtres d'inspiration industrielle. «Ce sont des tuiles de Betflex (NDLR : béton) qu'on a finalement trouvées à Sherbrooke, dans le fond de cour d'une shop de métal», racontent-ils. Une affaire de bouche à oreille pour ce couple dont le défi est de dénicher des matériaux peu dispendieux.

Tout est à la vue dans les espaces de rangement de la cuisine. Ils doivent donc être à l'ordre et jolis jusque dans leurs structures. C'est ainsi que le comptoir de béton est soutenu par des colonnes de briques écossaises, pareilles à celles de certaines maisons de la rue Fraser. Une autre idée de Danielle... Une autre année de recherche...

«Les briques viennent du motel Louise, sur le boulevard Sainte-Anne», mentionne-t-elle, en glissant que le propriétaire en connaissait très bien la valeur.

Et dans cet espace immense, où se trouve la chambre? Sur le toit, dans une nouvelle pièce à laquelle le couple a annexé une terrasse fabuleuse d'où rien ne leur a échappé du 400e de Québec. Chaque soir, à 22h26, Alexandre se reconnaissait dans le Moulin à images de Robert Lepage, figurant anonyme au pied d'un monument de Québec.

Et cette fois, que désirait Danielle? «Une chambre d'adulte avec un look d'hôtel.» Épurée, vaste et lumineuse, elle se prend pour un somptueux salon privé. Noire et blanche, elle distille un esprit shabby chic qui se déploie dans la salle de bains camouflée derrière un muret recouvert de carrés de porcelaine. Là, il y a des coussins par terre, trois miroirs dépareillés, un grand tapis, deux lustres à candélabres et une baignoire sur pattes conçue pour deux.

L'escalier qui mène à cette chambre s'interrompt, à mi-chemin, par une mezzanine qui sert de bureau-boudoir. En dessous, Alexandre a aménagé la salle de bains du rez-de-chaussée, ingénieuse idée. Des touches de vert la vivifient et créent un lien avec la cuisine.

Cette maison est une ode à l'éclectisme et à la fantaisie. Danielle et Alexandre y ont artistiquement saupoudré des éléments exotiques, un chandelier Spoutnik des années 60, une chaise de barbier, des vieux téléphones, des peaux de vache, des meubles contemporains.

Mais ils l'ont fait avec mesure, dans un intérieur très vaste qui pouvait accueillir cette bimbeloterie, tout en demeurant aéré.