Transformé par le designer d'intérieur René Desjardins, le bungalow des années 50 d'une famille de la Rive-Sud affiche maintenant un chic minimaliste et graphique. Ce qui n'empêche pas les effets de surprise.

Lucie Lavigne
Lucie Lavigne LA PRESSE

Transformé par le designer d'intérieur René Desjardins, le bungalow des années 50 d'une famille de la Rive-Sud affiche maintenant un chic minimaliste et graphique. Ce qui n'empêche pas les effets de surprise.

 Dès l'entrée, les invités sont impressionnés par une énorme cheminée couverte de baguettes d'ardoise et percée des deux côtés. Il leur suffit de se pencher pour apercevoir le grand canapé du salon et même le petit bois au fond du jardin. En clair, l'âtre encadre la pièce de réception dont le mur complètement vitré donne sur une cour gazonnée rehaussée de géraniums rouge éclatant.

 Résultat? Un point de vue saisissant. Dans la foulée des travaux, une longue piscine contemporaine de type couloir de nage a été aménagée.

Style minimal pour effet maximal

 Un jeune couple avec deux enfants a modernisé et agrandi son bungalow datant de 1955, situé sur la Rive-Sud de Montréal. Aujourd'hui, la famille profite d'une vaste résidence (10 000 pieds carrés) dotée de deux ailes latérales. Rénovée dans un esprit minimaliste et graphique, cette maison n'est toutefois pas dépourvue de surprises. Dès l'entrée, les invités sont impressionnés: ils tombent nez à nez avec une énorme... cheminée trouée des deux côtés!

 «Je ne voulais pas que les gens se retrouvent directement face au jardin, ça aurait manqué de charme et de mystère», justifie le designer d'intérieur René Desjardins. L'âtre situé à 0,61 m du plancher fait office de fenêtre. Les visiteurs curieux n'ont qu'à se pencher pour entrevoir le salon et la cour intérieure. «Ainsi, tout n'est pas dévoilé du premier coup», ajoute le designer.

«Bien que calculée par le concepteur, la percée visuelle est souvent inattendue et surprend le visiteur», explique Georges Adamczyk, professeur titulaire à l'École d'architecture de l'Université de Montréal. Et pourquoi étonne-t-elle? «Parce qu'elle est située à une hauteur peu familière et permet de voir un détail qu'on n'aurait pu contempler dans une fenêtre conventionnelle.»

 L'ouverture dans la cheminée, positionnée dans l'axe de la porte d'entrée, crée un effet instantané. «Dès qu'on ouvre la porte, on est à la fois arrêté par la masse de maçonnerie et projeté vers le jardin», résume le professeur.

 D'une largeur de trois mètres, cette cheminée rappelle celles des anciens châteaux. «J'aimais l'idée d'avoir un foyer à l'entrée. C'est très fort d'un point de vue symbolique», dit René Desjardins.

 Détail: ce foyer est couvert d'un matériau traditionnel traité d'une manière contemporaine: de l'ardoise du Québec sciée en fines baguettes oscillant entre 13 et 60 cm de longueur. Autre élément actuel: l'âtre est étroit et large (1,96 m).

Moderne et minimaliste

 Deux courants d'architecture cohabitent dans cette maison: le modernisme des années 30 et le minimalisme, très coté depuis les années 90. Mais comment les repère-t-on?

 «La géométrie des volumes, la simplicité des formes et l'utilisation de très grandes fenêtres correspondent au langage moderne qui met en valeur l'espace plutôt que la décoration», explique Georges Adamczyk.

 La géométrie de la résidence est d'ailleurs amplifiée par l'enfilade des meneaux des fenêtres en aluminium noir. Ces derniers semblent «découper» le paysage. En prime, une harmonie graphique est donnée.

 Autre caractéristique: le designer des lieux a laissé «parler» les matériaux. Dans ce cas-ci, la tension produite par le rapprochement de la pierre de la cheminée et le bois (de l'ipé) du plancher donne toute la richesse à l'intérieur.

 «Mais les architectes modernes n'allaient pas aussi loin dans l'expérience des matières, mis à part Alvar Aalto et Adolf Loos», fait remarquer M. Adamczyk.

 La forte présence «sensuelle» des matériaux qu'on aurait envie de toucher découle plutôt du courant minimaliste. La pureté des lignes et des masses constitue un autre signe typique du style minimal.

 Dedans-dehors

 L'effet de la percée visuelle serait tombé à plat sans un aménagement approprié de la cour intérieure. Ce jardin à la pelouse très disciplinée est contenu entre les deux ailes en brique grise ajoutées au bâtiment existant.

 «Je me suis inspiré de l'architecture de la maison et j'ai appliqué le less is more, un principe que je privilégie», affirme Jean-Luc Charbonneau, designer spécialisé en aménagement paysager.

 Comme pour son collègue René Desjardins, l'ornement superflu et la «bébelle» sont exclus des plans. Ici, le jardin n'a qu'une fonction: mettre en valeur les ouvertures - fort nombreuses - de l'habitation. Des cèdres fastigiés (longilignes) ont été plantés du côté de l'aile contenant les chambres, devant les portions de mur aveugle. «Entre les cèdres, on voit les fenêtres. Donc la vue n'est jamais obstruée», précise M. Charbonneau. Quant aux trois énormes pots de plastique conçus en Italie (Serralunga) et garnis de géraniums rouges, ils ont été intentionnellement décentrés par rapport au mur vitré du salon.

«Je ne voulais pas qu'ils deviennent le point focal du paysage. Leur rôle est plutôt d'apporter une touche de couleur vive dans un environnent rigoureux», indique Jean-Luc Charbonneau. De couleur grise, les pots s'harmonisent avec la pierre Saint-Marc formant le trottoir longeant le salon et l'autre aile de l'habitation comportant notamment un petit gym et un espace réservé au squash. Aussi, leur forme actuelle correspond à l'architecture de la résidence.

 Enfin, en contrebas, une autre surprise attend le visiteur: une piscine... toute minimaliste derrière laquelle se trouve une bande de terrain récemment boisé.

 

Photo André Doyon fournie par Volume2

Outre la cheminée, deux éléments saisissants meublent le salon: le lampadaire Arco d'Achille et Pier Giacomo Castiglioni, un classique du design des années 60, ainsi qu'une fourche d'arbre ou plutôt une «échelle Dogon» sculptée provenant du Mali.