(Milan) Un billard modulable en table à manger ou bureau, une bibliothèque de livres d’art qui se mue en meuble à dossiers, des panneaux antibruit pour faciliter le télétravail : les exposants du Salon du design à Milan rivalisent d’idées pour s’adapter au mode de vie post-pandémie.

Brigitte HAGEMANN Agence France-Presse

Au fil des longs mois de confinement, la maison s’est transformée peu à peu en bureau, école, gymnase, aire de jeux, voire restaurant, bouleversant le quotidien de ses habitants, pour lesquels les frontières entre sphère privée et professionnelle sont devenues floues.

« La maison est devenue un refuge pour ses habitants : un lieu accueillant qui reflète la personnalité de chacun et lui offre un confort douillet, mais aussi une certaine flexibilité », commente auprès de l’AFP Maria Porro, présidente du Salon du meuble.

« D’où la recherche de matériaux agréables au toucher, mais aussi de pièces multifonctionnelles qui permettent de moduler et personnaliser des espaces », a-t-elle poursuivi.

Billard modulable

Au détour d’une allée du salon, une table de billard en noyer canaletto, décorée de bougies entourant des assiettes, attire tous les regards, les visiteurs s’arrêtent, la touchent, prennent des photos avec leurs téléphones intelligents.

« La demande a bien augmenté avec la pandémie, car les gens ont redécouvert la maison et ont eu envie d’avoir un espace de jeu qui se transforme facilement en table à manger ou bureau », explique Guido Rossi, responsable commercial de MBM Biliardi.

Non loin de là, la société Ferrimobili propose du sur-mesure personnalisé, dont une étagère qui abrite un meuble secrétaire extensible, adapté aux besoins des télétravailleurs.

« C’est la solution idéale pour les petits espaces. Avec la pandémie, les clients veulent une maison plus fonctionnelle, mais élégante en même temps », souligne Domenico Tescione, agent commercial de l’entreprise qui a vu ses recettes grimper de 20 % l’an dernier.

L’ensemble du secteur italien de l’ameublement a cependant connu une année 2020 difficile, avec une baisse du chiffre d’affaires de 8,9 % à 21,2 milliards d’euros.

Au premier semestre 2021, les ventes ont rebondi, gagnant 51,7 % par rapport à la même période de 2020, et ont dépassé le niveau d’avant la pandémie de coronavirus avec une hausse de 14,3 % comparé à 2019.

Des couleurs vives

Le confort est de plus en plus recherché : « travailler pendant des heures sur une vieille table et des chaises inadaptées est insupportable », relève Andrea Bottoli, chef des ventes de Martex, une entreprise de mobilier de bureau.

Et les télétravailleurs, soumis au rythme effréné des visioconférences sur Teams ou Zoom, soignent de plus en plus leur image. « Ils se mettent en toile de fond le logo de l’entreprise, ils cherchent à montrer le coin le plus beau de leur maison et ils règlent la lumière pour ne pas avoir l’air trop fatigués », a noté M. Bottoli.

Avant la pandémie, « les clients cherchaient du mobilier de bureau en demandant que ce soit comme à la maison, maintenant c’est l’inverse, ils veulent un bureau à la maison, sans que celle-ci ressemble à un lieu de travail », commente auprès de l’AFP la designer India Mahdavi.

Autre tendance, « pendant le confinement, les gens avaient envie que leur maison soit très joyeuse, donc avec plus de couleurs et plus de verdure, grâce à des jardinières » sur le balcon, poursuit cette architecte venue à Milan pour présenter des chaises médaillon commandées par Dior.

La quête de matériaux durables, solides, et respectueux de l’environnement est omniprésente au Salon du meuble, où une « forêt urbaine » comptant une centaine d’érables, chênes, tilleuls, pommiers et pruniers accueille les visiteurs jusqu’à vendredi avant d’être replantés à travers la ville de Milan.

« La pandémie a montré un appétit énorme des particuliers pour la création, la rénovation de leur maison, car ils sont restés chez eux, ils ont moins voyagé », constate l’architecte d’intérieur français Pierre Yovanovitch.

Selon lui, « les gens ont envie de confort, de sensualité, les intérieurs trop froids, trop blancs » n’ont plus la cote. « Ils cherchent plus de gaieté, plus de couleurs, plus de bonheur ».