Pour éviter le gaspillage et la surconsommation, doit-on rejeter la mode, jugée trop éphémère ? Nous avons posé la question à deux experts.

Emmanuelle Mozayan-Verschaeve Emmanuelle Mozayan-Verschaeve
Collaboration spéciale

Écouter son cœur. Voilà le meilleur moyen de faire des choix durables, croit la styliste Geneviève Simard. « Il ne faut pas regarder la maison du voisin, mais suivre son cœur, y aller avec des choses qui nous font vibrer », recommande-t-elle. 

« Il ne faut pas se laisser influencer, y compris par un designer. Certaines personnes ne savent pas quoi faire avec leur intérieur. Elles me demandent quelles sont les tendances, mais je vais surtout aller chercher quels sont leurs goûts. Le principe est de valider ce qu’elles aiment, que ce soit tendance ou non, afin qu’elles ne se lassent pas de leur décor et qu’elles s’y sentent bien », ajoute-t-elle.

  • « De beaux designs émergent chaque décennie et deviennent des classiques. Ils vont dépasser la mode », croit Jean-Stéphane Beauchamp, qui cite en exemple les lampes de Serge Mouille, dont le plafonnier Araignée, créé au milieu du siècle dernier.

    PHOTO FOURNIE PAR LES ÉDITIONS SERGE MOUILLE

    « De beaux designs émergent chaque décennie et deviennent des classiques. Ils vont dépasser la mode », croit Jean-Stéphane Beauchamp, qui cite en exemple les lampes de Serge Mouille, dont le plafonnier Araignée, créé au milieu du siècle dernier.

  • La collection de tables Tulipe d’Eero Saarinen pour Knoll, imaginée en 1956, illustre bien les créations iconiques qui traversent les époques sans prendre une ride. Moult fois copiées, les pièces originales restent d’une qualité exceptionnelle.

    PHOTO FOURNIE PAR KNOLL

    La collection de tables Tulipe d’Eero Saarinen pour Knoll, imaginée en 1956, illustre bien les créations iconiques qui traversent les époques sans prendre une ride. Moult fois copiées, les pièces originales restent d’une qualité exceptionnelle.

  • « Il faut aimer le look et apprécier le confort d’un meuble pour le garder longtemps. Sinon, on ne l’utilisera pas », précise Jean-Stéphane Beauchamp, qui apprécie le canapé classique English Roll Arm. Décor de chez Restoration Hardware.

    PHOTO RESTORATION HARDWARE

    « Il faut aimer le look et apprécier le confort d’un meuble pour le garder longtemps. Sinon, on ne l’utilisera pas », précise Jean-Stéphane Beauchamp, qui apprécie le canapé classique English Roll Arm. Décor de chez Restoration Hardware.

  • Les cuisines équipées de portes-Shaker sont indémodables et il suffit d’en changer les poignées pour en modifier le style. La compagnie canadienne Swedish Door offre un excellent compromis pour satisfaire les petits budgets. Ses façades d’armoires s’adaptent sur les caissons Ikea, comme illustré ici. Designer, Kim Teron Design Studio.

    PHOTO MARTIN LIPMAN FOURNIE PAR SWEDISH DOOR

    Les cuisines équipées de portes-Shaker sont indémodables et il suffit d’en changer les poignées pour en modifier le style. La compagnie canadienne Swedish Door offre un excellent compromis pour satisfaire les petits budgets. Ses façades d’armoires s’adaptent sur les caissons Ikea, comme illustré ici. Designer, Kim Teron Design Studio.

  • « Le noir, le blanc et le bois blond sont pour moi des valeurs sûres qui se marient avec tout et le style scandinave d’une grande simplicité est clairement indémodable. J’aime particulièrement la table T110 de la marque montréalaise Kastella, en version pattes en bois et plateau en Fenix, une résine nouvelle génération ultra résistante et très douce au toucher », note la styliste Geneviève Simard.

    PHOTO ADRIEN WILLIAMS FOURNIE PAR KASTELLA

    « Le noir, le blanc et le bois blond sont pour moi des valeurs sûres qui se marient avec tout et le style scandinave d’une grande simplicité est clairement indémodable. J’aime particulièrement la table T110 de la marque montréalaise Kastella, en version pattes en bois et plateau en Fenix, une résine nouvelle génération ultra résistante et très douce au toucher », note la styliste Geneviève Simard.

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Le designer Jean-Stéphane Beauchamp a d’ailleurs souvent entendu des clients déclarer : « J’aime ce style, mais ce n’est pas à la mode. » « Peu importe ! lance-t-il. Ce qu’il faut, c’est que ça fasse partie de son esthétique personnelle et que ça réponde à son mode de vie. C’est la même chose pour un meuble ou un objet auquel on tient, il aura toujours sa place dans la maison ; il suffit de bien l’intégrer au décor. »

Pour le designer, qui compte près de 20 ans d’expérience, « une tendance, c’est quelque chose qu’on a sorti et dépoussiéré ». « J’attends qu’elle fasse ses preuves. Je pense qu’une sur dix survit », souligne-t-il.

J’ai toujours dit à mes clients de faire attention aux tendances. Ils sont beaucoup plus ouverts à miser sur l’intemporel aujourd’hui qu’à mes débuts, parce qu’ils préfèrent les valeurs sûres.

Jean-Stéphane Beauchamp, designer

Le designer remarque cependant que les gens ont des réflexions paradoxales : « Ils veulent du durable, mais pensent que c’est trop cher. Ils sont aussi très conditionnés par les médias sociaux, suivent le courant et achètent plein de trucs de mauvaise qualité. Et le fait d’être sous influence nuit à la durabilité. »

De la qualité à tout prix

Les deux experts s’entendent d’ailleurs pour dire que la qualité est indissociable de la pérennité, qu’il vaut mieux acheter moins, mais mieux.

« On peut aussi acheter un beau meuble de seconde main à un prix intéressant et le faire restaurer au besoin. Il faut prendre son temps pour choisir. On est toujours en mode de surconsommation, tout va très vite. Moi, je suis en mode slow. On a parlé de slow food, pourquoi ne pas parler de slow design ? » demande Jean-Stéphane Beauchamp, qui pense qu’il faut ralentir pour faire des choix qui nous combleront longtemps. 

« On n’est pas encore tout à fait dans l’antitendance, mais c’est en devenir, croit-il. On tend vers ça parce qu’on prend conscience qu’il faut s’écouter en intégrant ce qu’on aime. »