Roxanne Arsenault et Pascal Desjardins ont réussi l'impossible: marier l'art contemporain à un décor résolument kitsch sans dénaturer ces deux mondes.

Mis à jour le 20 févr. 2019
MARIO GIRARD LA PRESSE

Le secret de ces deux passionnés repose sur de longues réflexions et un sens créatif aiguisé. Sans oublier de nombreuses heures consacrées aux ventes-débarras et au site Kijiji. Quand une lampe de style espagnol côtoie un tableau de Nicolas Baier, ça donne ceci!

Un sweatshop devenu musée

On arrive à l'adresse indiquée et on se dit: «Évidemment!» Parmi les triplex typiques de Rosemont, le «shoe box» devant lequel on se retrouve ne peut être que la demeure de Roxanne Arsenault et Pascal Desjardins. «J'ai eu un coup de coeur pour cette maison il y a 14 ans, raconte Roxanne. Elle a longtemps servi de sweatshop. Il y avait des machines partout.» C'est dans cette maisonnette que la passionnée du kitsch a installé son imposante collection d'objets des années 60, 70 et 80. Mais c'est au moment où Pascal a emménagé avec elle, il y a trois ans, que la véritable transformation s'est amorcée. «Je suis arrivé avec ma collection d'oeuvres d'art, dit-il. Et j'ai hérité de sa maladie.»

Faire la patate avec les amis

Avant l'arrivée de Pascal, Roxanne avait créé des pièces thématiques. «J'avais une salle de bains tiki, une cuisine décorée de flamants roses et de toréadors, le corridor était catho-kitsch, le salon reprenait l'idée du chalet. Avec Pascal, on a eu envie d'aller plus loin.» Le couple a passé de nombreuses heures à regarder les sites de vente d'objets et à discuter d'idées. La pièce principale de la maison, le salon, a fait l'objet d'une refonte majeure. Un mur a été érigé, des arches ont été créées et de fausses pierres ont été ajoutées. Alors que beaucoup de gens s'évertuent à retirer le stuc des plafonds, le couple en a fait mettre. C'est dans ce cadre qu'on a installé la pièce de résistance: un authentique «divan patate» Roche Bobois datant de 1973. «On veut que les gens se sentent accueillis chez nous», dit Pascal.

Photo Olivier PontBriand, La Presse

Au sous-sol, deux autoportraits
de Kim Dorland et une oeuvre
de Caroline Monnet aiguisent
le regard.

Des rénos qui soudent un couple

Il est impressionnant de voir le travail accompli par le couple en trois ans. Ingéniosité et créativité ont guidé leurs décisions. Pour la cuisine, des armoires achetées chez IKEA ont trouvé le chemin des années 50 grâce à l'ajout de poignées et d'une frise. Un comptoir en stratifié au look rétro assure une coupure avec la salle à manger. Quant à la salle de bains, une baignoire-tourbillon, la toilette et le lavabo de couleur «Sea Foam» ont été placés dans un écrin de petites céramiques. Dès que l'on referme la porte derrière soi, une douce musique se fait entendre. «Pour l'une des rares fois, on peut dire que ce sont des rénovations qui ont soudé le couple, plutôt que le contraire, dit Pascal. On a tellement ri.»

Photo Olivier PontBriand, La Presse

Les carreaux de céramique combinés aux éléments de toilette couleur «Sea Foam» nous transportent dans une autre époque. 

À la recherche d'aubaines

Pascal et Roxanne ne s'en cachent pas, l'objectif de l'aubaine accompagne leur quête d'objets et de meubles. «C'est clair que ça fait partie du plaisir», dit Roxanne. Dans l'imposante bibliothèque qui rassemble les champs d'intérêt du couple (l'art contemporain, l'histoire du kitsch, l'architecture, la mode, le patrimoine montréalais, etc.), un véritable bestiaire a pris place. Chaque bibelot a été acquis pour environ 5 $. «Le Cooley géant qui est dans le salon a coûté 50 $, dit Pascal. C'est un cas absolument unique.» Le Marché St-Michel, les ventes-débarras, les sites comme Kijiji ou Facebook Marketplace, le magasin Renaissance, toutes ces sources sont précieuses et fascinantes pour nos chasseurs.

Photo Olivier PontBriand, La Presse

Devant le lit «encastré» dans un bloc couvert de tapis fuchsia, une oeuvre d'Alex McLeod. Juste au-dessous, une sculpture de Trisha Middleton.

Rêver dans le tapis

Alors que le rez-de-chaussée rassemble la cuisine, le salon, deux chambres à coucher (une pour la fille de Roxanne et l'autre pour la ménagerie composée de deux lapins et de deux serpents), une partie du sous-sol est consacrée à la chambre principale. Roxanne et Pascal ont eu l'idée d'installer un matelas dans une base entièrement recouverte de tapis. La même moquette fuchsia couvre également le sol faisant écho à l'une des règles du kitsch: «Too much is never enough!» Les murs ont été couverts d'un des vieux papiers peints dénichés par Roxanne au fil des ans. Trouvées sur Kijiji pour 60 $, deux tables de chevet et une commode de forme pyramidale des années 80 couronnent le tout. «J'ai vu cela et j'ai eu un coup de coeur, raconte Pascal. La femme qui les vendait m'a dit qu'une cliente insistait pour les avoir. J'ai immédiatement su que c'était Roxanne.» Une chaise Panton, achetée pour 2 $ dans une vente-débarras, et un bar capitonné ont complété la décoration.

Photo Olivier PontBriand, La Presse

Autour de l'escalier menant au sous-sol, on a construit des bibliothèques pour y mettre tous les livres. Les bibelots kitsch trouvés dans des brocantes côtoient une photographie grand format de Michelle Lacombe et une sculpture de Karen Tan.

Pour vous, mesdames!

Même si Roxanne a vendu plusieurs objets de sa collection ces dernières années, elle en a quand même conservé un nombre impressionnant. Une pièce du sous-sol sert à les mettre en valeur. «Ça, c'est mon woman's den», dit-elle en poussant une porte. Et paf! On retourne plusieurs décennies en arrière grâce à un décor rétro-kitsch résolument féminin. Une immense garde-robe est utilisée pour l'entreposage de nombreux costumes de scène (Roxanne Arsenault est également rappeuse). La salle de bains n'est pas en reste. La jeune femme y a installé sa collection de verres de style tiki. Du coup, notre envie de pipi cède la place au plaisir d'admirer ces objets.

Photo Olivier PontBriand, La Presse

Un mur, fait de fausses pierres et d'arches, a été ajouté dans le salon. Au-dessus d'un meuble-stéréo trouvé «dans les vidanges», on aperçoit un tableau de Nathascha Niedertrass.

Un mariage tout à fait réussi

Pascal et Roxanne aiment l'art. Et ils aiment aussi les artistes. On le sent bien. Leur collection réunit de jeunes artistes de partout au pays. «On cherche à créer un équilibre, explique Roxanne. On vise la parité et la diversité.» Dans chacune des pièces (ou presque) de la maison, on retrouve des tableaux, des photographies, des oeuvres tridimensionnelles et même une installation vidéographique d'artistes comme Valérie Blass, Nicolas Baier, Caroline Monnet, Michelle Lacombe, Nicolas Grenier, Julie Tremble, Kim Dorland, Alex McLeod et d'autres. «Cette idée de construire des environnements fantaisistes dans chacune des pièces grâce à l'art et à la déco kitsch, ça nous sort du côté aride de notre milieu de travail», dit Roxanne. «On rentre à la maison et ça fait du bien», ajoute Pascal.

Photo Olivier PontBriand, La Presse

La salle de bains située au sous-sol regorge de bibelots tiki faisant partie de la collection créée par Roxanne Arsenault.