(Londres) L’accord annoncé mardi entre le prince Andrew et Virginia Giuffre, l’Américaine qui l’accuse d’agressions sexuelles, permet à la famille royale britannique de « passer à autre chose » et de préserver l’image de la monarchie, en cette année où Élisabeth II célèbre ses 70 ans de règne.

Publié le 15 février
Pauline FROISSART Agence France-Presse

Son deuxième fils, âgé de 61 ans, était menacé de procès civil à New York (États-Unis). Mais un accord à l’amiable a été annoncé entre le duc d’York et l’Américaine de 38 ans, ancienne victime du multimillionnaire américain Jeffrey Epstein, qui poursuivait le prince pour abus sexuels quand elle avait 17 ans, des faits qu’il a toujours contestés.

Lisez notre article sur le règlement à l'amiable entre le prince Andrew et Virginia Giuffre.

Selon Penny Junor, spécialiste de la famille royale britannique, cette dernière va pouvoir tourner la page.

PHOTO ALBERTO PEZZALI, ASSOCIATED PRESS

Des souvenirs du 70e anniversaire de l’accession au trône de la reine Elizabeth de Grande-Bretagne, dans la vitrine d’un magasin de Londres. Le règlement entre le prince Andrew et Virginia Giuffre, aux États-Unis, signifie qu’il n’y aura pas de procès et que sera préservée l’image de la monarchie, en cette année où Élisabeth II célèbre ses 70 ans de règne.

« Je pense que si Andrew n’est plus sous le feu des projecteurs, que son nom n’est plus mentionné dans les journaux […] alors je pense que la famille peut passer à autre chose. Tout le monde peut passer à autre chose », a-t-elle dit à l’AFP.

Pour protéger la monarchie, Élisabeth II avait déjà pris des mesures, privant le mois dernier Andrew, longtemps décrit comme son fils préféré, de tout rôle officiel.

Sous la pression de militaires, le duc d’York, qui ne peut plus utiliser son titre d’Altesse royale, avait en outre été privé de ses titres militaires, une humiliation supplémentaire.

Il n’avait déjà plus aucune activité publique depuis une interview télévisée calamiteuse en 2019, où il avait été interrogé sur les accusations le visant. Il avait catégoriquement démenti, sans la moindre empathie pour les victimes et sans regret pour ses liens avec Jeffrey Epstein.

« Bien pour la famille »

Si Penny Junor estime que l’accord annoncé mardi est « bien pour la famille », elle note que « cela signifie, bien sûr, que nous ne saurons jamais si Andrew était innocent ou coupable ».  

« Et cela signifie à mon avis qu’il ne pourra jamais retourner à aucune sorte de travail royal », estime-t-elle.

La menace d’un procès écarté, la famille royale peut espérer détourner l’attention des médias sur ce qu’elle considère comme l’évènement de l’année : les 70 ans de règne d’Élisabeth II, son jubilé de platine.

Des festivités en l’honneur de la reine de 95 ans sont prévues dans tout le pays pendant quatre jours début juin, avec défilé militaire, concert à Londres, concours de puddings, pique-nique entre voisins, etc.

Une année cruciale pour raviver l’amour des Britanniques pour la famille royale, ébranlée récemment par plusieurs scandales, comme le départ du prince Harry et de son épouse Meghan, exilés aux États-Unis, d’où ils ont lancé des accusations de racisme.

La reine, qui a eu des soucis de santé en octobre, passe de plus en plus le relais à son fils Charles, 73 ans. Préparant sa succession, elle a récemment émis le souhait que l’épouse du prince héritier, Camilla, devienne reine consort après sa mort.  

Élisabeth II est montée sur le trône à 25 ans, le 6 février 1952, le jour même de la mort de son père, le roi George VI, auquel elle était très attachée, d’un cancer du poumon à 56 ans. Elle a depuis traversé, imperturbable, les époques et les crises et reste très populaire.

Elle n’est cependant pas à l’abri d’un nouveau scandale qui pourrait gâcher la fête. Dans un livre à paraître cette année, le prince Harry, fils de Charles et Diana, pourrait bien lancer de nouvelles critiques envers l’institution, parfois surnommée « la firme ».

Le tabloïd The Mirror a récemment affirmé, citant un ami anonyme de Harry, que cet ouvrage « ébranlera la monarchie ».

Penny Junor espère quant à elle que « cette année, l’accent (soit) mis sur la reine et ses réussites et non sur les autres membres de la famille. […] J’espère qu’Harry et Meghan se tairont en Amérique et ne feront rien de controversé ou qui perturbe cette année de célébrations de la reine ».