(New York) Plus de 20 ans après les faits présumés, Virginia Giuffre a conclu un accord à l’amiable avec le prince Andrew, qu’elle accusait d’agressions sexuelles et voulait voir jugé lors d’un procès civil à New York fin 2022.

Mis à jour le 15 février
Andréa BAMBINO Agence France-Presse

L’Américaine de 38 ans, née Virginia Roberts, est également l’une des voix les plus connues parmi les victimes des crimes sexuels commis par le financier américain et ami du prince Andrew, Jeffrey Epstein.  

Son nom est ainsi souvent revenu dans les débats du procès de Ghislaine Maxwell, la partenaire d’Epstein reconnue coupable fin décembre de trafic sexuel de mineures.

« Victime parfaite »

Selon Virginia Giuffre, sa rencontre avec Ghislaine Maxwell a lieu à l’été 2000, à l’âge de 16 ans, pendant un job d’été à la résidence Mar-a-Lago, propriété de Donald Trump en Floride.  

Mme Maxwell l’aurait appâtée en lui parlant d’un homme riche qui cherchait une masseuse. Mais une fois à la résidence de Jeffrey Epstein, toujours en Floride, les massages prennent un tour sexuel.  

PHOTO DÉPOSÉE AU PROCÈS DE GHISLAINE MAXWELL, VIA ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le prince Andrew, Virginia Giuffre et Ghislaine Maxwell posant pour une photo déposée par la justice américaine au dossier d'accusation pour crimes sexuels de Ghislaine Maxwell le 9 août 2021.

Dans un récit similaire à d’autres victimes, Virginia Giuffre explique qu’elle était trop fragile pour s’opposer, elle qui avait déjà été victime d’abus sexuels et avait fugué plusieurs fois dans son enfance.

« J’avais été maltraitée tellement de fois avant qu’Epstein me fasse ce qu’il m’a fait. Je n’avais aucun amour-propre […]. J’étais la victime parfaite pour eux », raconte-t-elle, 20 ans plus tard, dans un documentaire de Netflix (« Jeffrey Epstein, Pouvoir, argent et perversion »).  

Désormais, Virginia Giuffre vit en Australie où elle a fondé une famille ainsi qu’une association de soutien à la parole des victimes d’agression et de trafic sexuels appelée Speak out, Act, Reclaim.

PHOTO STEVE PARSONS BEN GABBE, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le prince Andrew et Virginia Giuffre.

Accord de 2009

L’examen de sa plainte contre le prince Andrew avait fait ressortir un accord de 2009, dans lequel elle transigeait avec Epstein pour ne poursuivre ni lui ni « d’autres accusés potentiels » en échange de 500 000 dollars.

Virginia Giuffre sort de l’ombre pour la première fois en mars 2011. Elle raconte au journal britannique Daily Mail avoir été exploitée sexuellement par le couple Epstein-Maxwell, en évoquant pour la première fois le prince Andrew sans l’accuser d’agression sexuelle ou de viol.  

En 2015, le deuxième fils de la reine Élisabeth II et Buckingham Palace doivent cette fois démentir qu’il ait eu des relations sexuelles avec une femme qui apparaît anonymement dans une procédure judiciaire, et qui s’avère être Virginia Giuffre.  

À l’été 2019, un juge américain ordonne la publication de milliers de documents judiciaires en marge d’une action en diffamation intentée par la jeune femme contre Ghislaine Maxwell.  

L’Américaine y accuse notamment Epstein et Maxwell de l’avoir livrée à certains de leurs puissants amis pour profiter d’elle sexuellement.  

Elle y nomme plusieurs personnalités, dont le prince Andrew, qui démentent toutes vigoureusement.  

Le lendemain de la publication des documents, Jeffrey Epstein est retrouvé mort pendu dans la cellule de la prison fédérale de Manhattan où il est incarcéré. L’enquête officielle a conclu à un suicide, mais la concomitance des évènements a nourri les théories selon lesquelles Epstein est mort pour qu’il ne parle pas.

Carnets de vol

Virginia Giuffre dépose plainte, au civil, devant un tribunal de New York, à l’été 2021, pour demander réparation. Elle y accuse le prince d’agressions sexuelles quand elle avait 17 ans, à Londres, New York, et sur l’île privée de Jeffrey Epstein, aux îles Vierges américaines.

Ainsi au procès de Ghislaine Maxwell fin 2021, lorsque les carnets de bord du chef de la flotte d’avions privés d’Epstein ont été épluchés, il est apparu que la jeune femme avait pris 32 fois l’avion avec Epstein ou avec Epstein et Maxwell, entre la fin des années 1990 et le début des années 2000.  

Dont un vol Tanger-Luton en mars 2001, là où elle situe sa première rencontre avec le prince Andrew.

Quant à l’une des victimes, qui a témoigné sous le prénom « Carolyn », elle a raconté qu’elle n’avait que 14 ans quand une de ses amies, Virginia Giuffre, l’a emmenée pour la première fois à la résidence d’Epstein à Palm Beach.

 « Virginia m’a demandé si je voulais me faire de l’argent », a-t-elle expliqué, disant toucher 300 dollars pour chaque massage, qui se terminait toujours par un acte sexuel.  

Le 7 janvier, « Carolyn » est sortie de l’anonymat dans le tabloïd londonien Daily Mail, et a confié sous son nom Carolyn Andriano que Virginia Giuffre lui avait confié avoir » couché avec « le prince Andrew en 2001.