Un journaliste du Toronto Star est parvenu à éviter de se faire kidnapper en Ukraine en prétendant être un Canadien francophone. Dans un franglais basique, il a réussi à calmer des insurgés en leur parlant du bilinguisme canadien.

Annabelle Blais LA PRESSE

Mitch Potter se trouvait à Slaviansk, mercredi, dans l'est de l'Ukraine, bastion des séparatistes prorusses où les tensions sont particulièrement vives.

Le journaliste aguerri arrivé en Ukraine il y a 10 jours se trouvait à un barrage avec son interprète lorsque quatre prorusses les ont forcés à descendre de leur taxi et ont exigé de voir leur passeport.

À la vue du passeport canadien, les hommes se sont énervés et le journaliste a su qu'il était dans le pétrin. La veille, un journaliste américain avait été enlevé par des prorusses (il a été libéré jeudi).

«Tout le monde criait et l'un d'eux a pris un téléphone, explique le journaliste dans un entretien téléphonique avec La Presse. C'était clair pour moi qu'il allait appeler des gens pour venir nous chercher et nous amener avec les autres journalistes arrêtés.»

Si les Américains ne sont pas les bienvenus à Slaviansk, c'est encore pire pour les Canadiens depuis que le premier ministre canadien Stephen Harper s'est rendu à Kiev en mars et a multiplié les appuis au gouvernement ukrainien pro-occidental, souligne M. Potter.

Le journaliste de 51 ans, qui a déjà été détenu au Congo et en Syrie, a tenté de rester calme. Dans le chaos, sans trop savoir pourquoi, il s'est mis à leur parler en français. «Je vous comprends, je suis un Canadien français», leur a-t-il dit. Une femme du groupe d'insurgés a retenu le bras de l'homme qui tenait le cellulaire.

Stupéfait, le groupe est devenu hésitant. «Ils ne savaient plus à qui ils avaient affaire. Dans la demi-heure qui a suivi, j'ai prétendu être un Canadien français, je leur disais: «Vous avez des droits, il y a des problèmes, je vous comprends " et mon interprète traduisait.»

«Chaque fois que je parle des lois sur le bilinguisme au Canada, les prorusses ukrainiens sont captivés», souligne le journaliste.

Les questions linguistiques sont une source de tensions en Ukraine. L'ancien président Viktor Ianoukovitch avait jeté les bases d'un statut bilingue avec une loi qui a permis à plusieurs régions de faire reconnaître le russe comme une langue officielle. À son arrivée en poste en février dernier, le nouveau président a manifesté son intention d'abroger cette loi ou de la modifier en profondeur.

À force de discuter, les insurgés se sont calmés et ont serré la main du journaliste avant de le laisser partir. M. Potter se trouve maintenant à Louhansk, à une centaine de kilomètres de Slaviansk.

«Je n'ai pas voulu «pousser ma chance» », dit-il. Il compte rester en Ukraine encore une semaine.

«Je voudrais remercier le Québec, c'est votre langue qui m'a sauvé», a-t-il dit avant de s'excuser de ne pas mieux la parler.